vendredi 30 mai 2014

Une effraction dans les clôtures du temps (La Croix-de-Pierre)


Juillet 2011

"On quitte le parking du CHR et on regagne le centre par la place Saint-Hilaire et la rue de la Croix-de-Pierre. C'est le Rouen qui m'a tout de suite plu quand je suis arrivée là au début de l'été et que j'essayais d'oublier tout ce qui c'était passé. L'impression d'être dans un décor de film de cape et d'épée, avec les maisons à encorbellement, les colombages, les têtes de monstre sculptées dans le linteau des portes." 
Jérôme Leroy, La grande môme

 
"C'est moi que l'on voit, planté sur les trottoirs de Vincennes, comparant de vieilles cartes postales avec les endroits qui leur ont succédé. Plutôt suspect, et semblant préparer une effraction - en fait, c'en est bien d'une qu'il s'agit, mais pratiquée dans les clôtures du temps. J'aurais bonne mine si quelque policier curieux s'intriguait de mon manège et me posait des questions ! Comment lui expliquer ce que je m'explique si malaisément moi-même ? Comme preuves de mon innocence (y compris le sens de simplicité d'esprit, de douce manie), je ne pourrais que lui tendre mes cartes postales timbrées d'une semeuse pâlie et porteuses d'un message dont les destinataires ont rejoint les vieilles lunes."
André Hardellet, Donnez-moi le temps 

* * *

En un siècle, les voitures ont bien sûr remplacé les piétons… Mais regardez, sur la photo récente, le chien couché à droite. Il pourrait bien s'agir de celui de la carte postale, centenaire donc un peu fatigué quand même, qui se serait faufilé par une brèche dans les clôtures du temps. Ou alors son fantôme serein et bienveillant…

lundi 26 mai 2014

samedi 24 mai 2014

Pauline et M. Vinteuil chez les Hellènes

On remarquera que les coquilles savent se faufiler même au plus haut niveau...


mercredi 21 mai 2014

Ils nous a dotés

Paysage, Antibes - 1955
Une des toutes dernières œuvres de Nicolas de Staël

"Le "printemps" de Nicolas de Staël n'est pas de ceux qu'on aborde et qu'on quitte, après quelques éloges, parce qu'on en connaît le rapide passage, l'averse tôt chassée.
Les années 1950-1954 apparaîtront plus tard, grâce à cette œuvre, comme des années de "ressaisissement" et d'accomplissement par un seul à qui il échut d'exécuter sans respirer, en quatre mouvements, une recherche voulue. Staël a peint. Et s'il a gagné de plein gré son dur repos, ils nous a dotés, nous, de l'inespéré, qui ne doit rien à l'espoir."

René Char, texte publié en mars 1965 dans le Nouvel Observateur pour le dixième anniversaire de la mort du peintre. Initialement intitulé Témoignage, il a été ensuite renommé par son auteur Il nous a dotés.

mardi 20 mai 2014

24 fois par seconde

Michel Subor et Anna Karina - Le Petit Soldat

"La photographie, c’est la vérité. Et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde."

lundi 19 mai 2014

Une heure encore pour savourer l'angoisse du hasard

Jean L. - Quelque part à Rome

"Quoique la campagne fût chaude encore de tout le soleil de l'après-midi, Albert s'engagea sur la longue route qui conduisait à Argol. Il s'abrita à l'ombre déjà grandie des aubépines et se mit en chemin.
Il voulait se donner une heure encore pour savourer l'angoisse du hasard. Il avait acheté un mois plus tôt le manoir d'Argol, ses bois, ses champs, ses dépendances, sans le visiter, sur les recommandations enthousiastes - mystérieuses plutôt - Albert se rappelait cet accent insolite, guttural de la voix qui l'avait décidé - d'un ami très cher, mais, un peu plus qu'il n'est convenable, amateur de Balzac, d'histoires de la chouannerie et aussi de romans noirs. Et, sans plus délibérer, il avait signé ce recours en grâce insensé à la chance."


Parce que Jean, ça fait aujourd'hui deux ans, si peu mais si long
Parce que Jean, Au Château d'Argol est le dernier cadeau que tu as eu le temps de me faire, en souvenir aussi de ce Louis Poirier qui avait été ton professeur
Parce que Jean, tu nous avais si vite et si naturellement, gentiment, généreusement adoptés
Parce que Jean, ta famille est devenue la nôtre
Parce que Jean, on aurait eu encore tant de choses à partager
Parce que Jean, tu nous manques
Parce que surtout, Jean, je sais que celle qui m'est chère a pu dire de ces trois trop brèves années "C'était bien".

Jean L.

samedi 17 mai 2014

Promenades (5)


"Plus que tout m'attiraient les terrains insidieusement vagues que la végétation, l'habitat misérable et des murs en ruine se disputaient, les demeures aux grilles rouillées que condamne une mystérieuse quarantaine depuis le départ de leurs locataires. Je me plantais devant elles, et la machine à produire l'imaginaire se mettait en marche. Toute la famille avait dû s'en aller inopinément, un jour qu'aucun signe funeste n'avait marqué en apparence. Eux aussi avaient eu l'intention de se promener, sans doute, puis un événement était survenu qui les avait inexplicablement retardés, au Pré Catelan ou dans les vergers de Montreuil. Peut-être même avaient-ils pénétré à leur insu dans un univers calqué sur le nôtre mais où le temps s'écoulait autrement, et y poursuivaient-ils leur journée de loisir ; puis, par mégarde, ils franchiraient la ligne de démarcation en sens inverse. Ils allaient revenir, sous leurs vêtements d'autrefois, n'ayant vieilli que de quelques heures pendant cette absence on ne peut plus illégale. Qui sait si je n'assisterais pas à leur surprise devant le changement de décor et la difficulté à faire tourner les portes sur leurs gonds ?..."

André Hardellet, La promenade imaginaire

jeudi 15 mai 2014

Pleine lune


14 mai, rue Claude-Bernard

Rue des Feuillantines

mercredi 14 mai 2014

Comme des trains dans la nuit


"Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse, il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps mort, les films avancent comme des trains tu comprends, comme des trains dans la nuit."

mardi 13 mai 2014

Le poète, la vie, la mort



"Un poète mort n'écrit plus. D'où l'importance de rester vivant."

lundi 12 mai 2014

samedi 10 mai 2014

Solitude (5) - Françoise et les trois saisons

La Peau douce (1964)
"Un jour que je traînais à Orly, j'ai vu brusquement Françoise Dorléac en uniforme d'hôtesse de l'air. Elle tournait un film avec François Truffaut, sur le parking devant l'aéroport. J'ai d'abord été surpris par cette coïncidence mais aujourd'hui je me dis que cela était dans l'ordre des choses.

J'ai tout oublié de la tristesse et de la pesanteur de l'hiver 1963. Seule demeure la voix de Françoise Dorléac que l'on entend, à travers le grand hall d'Orly, appeler un certain M. Lachenay. Elle marche, le visage enveloppé d'un foulard léger, et je retrouve au cœur du film La Peau douce, l'air que je respirais, les nuages, le gris du ciel, la neige sur le parking, tout un morceau du passé saisi par la caméra et qui sera pour toujours au présent. [...]

Je me souviens particulièrement du mois de juin 1967. C'est le samedi 24 que j'ai reçu une lettre m'annonçant que l'on acceptait de publier mon premier livre. Il faisait beau. J'étais dans le quartier du parc Monsouris et de la place des Peupliers. Je me sentais léger, heureux pour la première fois depuis longtemps, comme si je débouchais à l'air libre, en plein soleil après avoir marché pendant dix ans dans un tunnel. Mais deux jours plus tard, j'ai appris l’accident. C'était, de nouveau, un rappel à l'ordre, me confirmant d'une manière définitive, la cruauté de la vie.

En ce mois de juin 1996, on se demande ce qu'on a bien pu faire pendant ces trente dernières années, qui se mêlent aux années précédentes, quelquefois par un phénomène de surimpression.
Je me retourne vers ma jeunesse sans trop de mélancolie. Est-ce une illusion ? Il me semble que le temps devient transparent, que les saisons, celles d'hier et d'aujourd'hui, achèvent de se confondre dans une sorte de présent éternel.
Je me souviens qu'à ceux qui lui demandaient la date de sa naissance, Françoise Dorléac disait : "Le 21 mars, le premier jour du printemps..." Voilà la saison qu'elle évoquera toujours pour moi.

L'hiver de La Peau douce et la neige sur le parking d'Orly s'effacent pour laisser arriver le printemps. Un printemps intemporel, aussi fort, aussi déchirant que les printemps londoniens, quand les arbres blancs et roses fleurissaient le long des avenues du quartier de Notting Hill et dans le vert tendre des squares."

Patrick Modiano, Le 21 mars, le premier jour du printemps



"Françoise, Framboise, la mort en été. Je savais que c'était douloureux. La solitude, c'est quoi ? Ce qui est intolérable."
François Truffaut

jeudi 8 mai 2014

Le tremplin et le saut



"La recherche de certains lieux et celle du temps non pas perdu, mais suspendu, sont si bien entremêlées dans ma mémoire qu'elles se confondent. L'une est un tremplin, l’autre le saut : les séparer serait tricherie."

André Hardellet, Donnez-moi le temps