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mercredi 5 février 2014

Pour saluer Melvil



Melvil Poupaud, ou d'un conte l'autre.
En 1996, il est de Dinard à Saint-Lunaire le charmant et indécis Gaspard du Conte d'été, d'Eric Rohmer - Léna, Solène, Margot, comment choisir, quand justement, on n'a pas tellement envie de choisir, quitte à n'en avoir finalement aucune ?   


Quelque dix ans plus tard, changement de saison et de région, il joue Ivan, le plus jeune fils d'une famille roubaisienne qui tout à la fois se retrouve et se déchire dans l'élégant, cruel et émouvant Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin.


Mais c'est dès l'enfance que le conte, l'aventure, la carrière du petit Melvil commencent, grâce à Raoul Ruiz, dont il fut un des acteurs fétiches, et qui a été pour lui un peu ce que François Truffaut a été pour Jean-Pierre Léaud ou Maurice Pialat pour Sandrine Bonnaire. Enfant de la balle comme Léaud, il a côtoyé celui-ci plusieurs fois à l'écran, notamment dans L'Ile au Trésor de Ruiz - tourné en 1985, même s'il ne sort qu'en 1991. Jouer avec Jean-Pierre Léaud et Anna Karina quand on n'a que douze ans, on fait pire comme débuts au cinéma... (en fait, L'Ile au trésor était le deuxième film de Melvil Poupaud, précédé deux ans plus tôt par La Ville des pirates, de Raoul Ruiz déjà).


"Ma mère m'a toujours dit qu'elle m'avait prénommé Melvil à cause d'Herman Melville, auteur de Moby Dick, mais que, pour en faire un prénom plus masculin, elle avait choisi d'en changer l'orthographe, opérant l'ablation du "le" final, jugé trop féminin.
Ce n'est que récemment que mon père m'a livré sa version des faits : d'après lui, Melvil est la fusion de deux prénoms entre lesquels ils hésitaient avant ma naissance : Melchior et Virgile."

mercredi 16 octobre 2013

Promenades



"Puis nous reprîmes notre chemin. Je repense aujourd'hui très précisément à cela, à ce simple fait d'être deux et de marcher l'un avec l'autre. [...] Comme nous avons marché ensemble ! Ce fut pendant quelques années l’ordinaire de notre vie, de la mienne en tous cas ! L'un un peu plus en avant de l'autre ou un peu en arrière, le plus fréquemment côte à côte et du même pas, ô compagnon ! Évoquant des progressions pareilles et si diverses en tant de lieux différents, tant de paysages, tant de rues, la nuit, le jour, sous la pluie, dans la boue, au soleil, au grand soleil, à Paris - Paris -, à Versailles, à Dieppe, au Moulin d'Andé, à Rome, à Londres, à Luxembourg, à Bangkok, à Séoul, au Philippines, à Bombay, à Paris encore et encore, il me vient l'émotion de Verlaine rappelant dans "Laeti et errabundi" ces jours nombreux, éternels, passés avec Rimbaud :

Nous allions -, vous en souvient-il,
Voyageur où ça disparu ? -
Filant légers dans l'air subtil,
Deux spectres joyeux, on eût cru !

Des paysages, des cités
Posaient pour nos yeux jamais las ;
nos belles curiosités
Eussent mangé tous les atlas.
"

Dominique Noguez, Une année qui commence bien


"Nous promenions notre visage
(Nous fûmes deux, je le maintiens)
Sur maints charmes de paysage,
Ô sœur, y comparant les tiens."

Stéphane Mallarmé, Prose pour des Esseintes