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vendredi 22 novembre 2013
Promenades (2)
"J'avais enfin une vie ! Les promenades dans les livres se doublaient de promenades délicieuses avec des êtres réels.
Les villes, dès lors, surtout à l'automne et au printemps, sont comme un seul chemin prolongé ou un portique immense. On y marche sans fatigue pendant des heures. L'un raccompagne l'autre puis l'autre l'un. Les avenues, les rues, les allées n'ont d'autre fonction que de servir de décor à des discussions passionnées, interminables et tendres. Les passants, les voitures, les arbres, les carrefours, le soleil sont profusément là, à titre gracieux, pour une figuration bon enfant. Sans le savoir vraiment, on est dans un futur souvenir que rien n'effacera. On ne le sait pas parce qu'on se croit à jamais dans le présent."
Dominique Noguez, Dans le bonheur des villes : Rouen, Bordeaux, Lille
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mercredi 16 octobre 2013
Promenades
"Puis nous reprîmes notre chemin. Je repense aujourd'hui très précisément à cela, à ce simple fait d'être deux et de marcher l'un avec l'autre. [...] Comme nous avons marché ensemble ! Ce fut pendant quelques années l’ordinaire de notre vie, de la mienne en tous cas ! L'un un peu plus en avant de l'autre ou un peu en arrière, le plus fréquemment côte à côte et du même pas, ô compagnon ! Évoquant des progressions pareilles et si diverses en tant de lieux différents, tant de paysages, tant de rues, la nuit, le jour, sous la pluie, dans la boue, au soleil, au grand soleil, à Paris - Paris -, à Versailles, à Dieppe, au Moulin d'Andé, à Rome, à Londres, à Luxembourg, à Bangkok, à Séoul, au Philippines, à Bombay, à Paris encore et encore, il me vient l'émotion de Verlaine rappelant dans "Laeti et errabundi" ces jours nombreux, éternels, passés avec Rimbaud :
Nous allions -, vous en souvient-il,
Voyageur où ça disparu ? -
Filant légers dans l'air subtil,
Deux spectres joyeux, on eût cru !
Des paysages, des cités
Posaient pour nos yeux jamais las ;
nos belles curiosités
Eussent mangé tous les atlas."
Dominique Noguez, Une année qui commence bien
(Nous fûmes deux, je le maintiens)
Sur maints charmes de paysage,
Ô sœur, y comparant les tiens."
Stéphane Mallarmé, Prose pour des Esseintes
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