"Chose
infiniment rare et touchante, le film est entré en nous de partout, pas
comme un tableau, même sublime, mais comme un effet de vie, son
souvenir est autour et dedans, pas seulement devant le regard. Il me
semble aussi que l'habituel "resserrage" réservé aux films trop longs
reste ici du vrai montage, comme une ultime répétition d'orchestre ; pas
une longueur à enlever, mais le vrai rythme atteint.
Heureusement que vous êtes entré plus tard que les autres dans l'ordre,
puisque vous entrez plus tôt dans le beau, le calme et le voluptueux.
Mon cher Maurice, votre film est étonnant, tout à fait étonnant ; bien
au-delà de l'horizon cinématographique couvert jusqu'ici par notre
misérable regard. Votre œil est un grand cœur qui envoie la caméra
courir les filles, les garçons, les espaces, les temps et les couleurs,
comme d'enfantines bouffées de sang. L'ensemble est prodigieux ; les
détails, des éclairs dans ce prodige ; on voit le grand ciel tomber et
s'élever de cette pauvre et simple terre. Soyez remerciés, vous et les
vôtres, de cette réussite, chaude, incomparable, frémissante.
Cordialement à vous. Jean-Luc Godard"
Cette magnifique
lettre d'un maître à l'autre, adressée à Maurice Pialat en 1991 lors de la sortie de son "Van
Gogh", était présentée dans la belle exposition que la Cinémathèque
vient de consacrer à Pialat.