
"On sait jamais le poids d'un rais de soleil. Tous
les matins - je parle de dans le temps - tous les matins le soleil sortait. En
face de lui, il y avait le plateau. Tous les matins, le soleil jetait là-dessus son premier rayon. Ça n'était pas de méchanceté ; c'était pour jouer. Tu
n'as jamais vu ce premier rayon, si ? Eh bien alors tu sauras si ce que je
dis est vrai. On l'attend, on le prévoit ; il monte. On dit : le voilà. Il est
parti, il a tapé quelque part. Généralement, après on regarde le reste du lever
du soleil. Mais si on guette ce que j'ai guetté, on ferme tout de suite les
yeux et on écoute. Alors, on entend une chose sourde qui roule comme une source
de tombereau et c'est le bruit du rayon qui a frappé sur la terre, ou bien une
esclapade d'eau, et c'est qu'il est tombé dans quelque mer, ou bien alors un
sifflement long, long, long, et qui s'éloigne, et c'est que le rayon a frappé
en plein ciel. Là, alors, d'habitude, ça a fait un trou et on peut s'attendre à
du vent dans l'après-midi. Donc, c'est pour te dire la force de ce premier
rayon."
Jean Giono,
Manosque-des-Plateaux