Affichage des articles dont le libellé est nicolas de staël. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nicolas de staël. Afficher tous les articles

lundi 25 février 2019

L'ultime destination



"Je me rappelle comme si c'était hier le moment où j'ai refermé la porte. Le souvenir de Baba et mon sac étaient mes seuls bagages. Je n'avais aucun endroit où aller. Je me souviens m'être demandé s'il était possible qu'une route ne finisse jamais. Alors j'ai décidé de commencer ainsi. Voir jusqu'où la route irait. Cela me semblait un bon début."


"Nous marchons pendant des heures et des heures, frappés par le couvercle en fonte du ciel. Et puis, au détour d'un chemin, nous la voyons. La mer a son manteau de cobalt et le soleil fait rôtir sa cuirasse étoilée. Nous savons que notre voyage s'arrêtera là, au milieu des étoiles du jour, là où finissent de brûler les amours impossibles.
Ni Igor ni moi ne prononçons le moindre mot, nos yeux fixés sur cet horizon tracé par sa propre infinité, sans arbre ni montagne pour le circonscrire. Nos yeux aimantés à cette ligne infinie, par-delà le ciel, la terre et la mer, ruban de couleur mouvante, tantôt bleu, gris ou orangé, confins des nuages, du jour et de la nuit, qui se révèle à nous comme l'ultime destination, celle du dernier voyage. Celui que l'on fait seul."

* * * 

Une immense sensation de calme de Laurine Roux est un conte hors du temps d'une somptueuse beauté, porté par une écriture lumineuse.

samedi 11 août 2018

L'entrée en lumière


Nicolas de Staël, Arbres (1953)

"Les arbres fantomalement formaient comme une forêt sous-marine, où les ondes, douces et longues, de cette clarté, glissaient entre les branches, telles des nappes d'eau faiblement colorées par de fugitives phosphorescences. Pas un souffle, pas un contour qui ne fût entré en lumière. Elle était l'unique substance. Les corps en devenaient clairs et subtils. J'allais sous l'enchevêtrement des branches magnétiques qu'une étrange végétation de lueurs impalpables formait au-dessus de ma tête où le monde des vents gardait le silence. Nulle bête des bois, nulle feuille échappée ne troublait la paix merveilleuse de cette fragile illumination."

Henri Bosco, Malicroix (1948)

jeudi 8 juin 2017

Promenades (11) - Au Sud de l'Ouest (3)


Légère brise

Nicolas, peignez-moi la mer...

Quand il pleuvait sur le golfe


Et là, impression subite, comme une évidence, que je pourrais croiser ici Gaspard, en avance de quelques jours sur l'été, attendant que Margot ait fini son service à la Crêperie de la Lune pour aller avec elle se promener et converser dans les dunes...

jeudi 26 janvier 2017

Rien, pas un poème



« Je suis tellement fatigué.
Par la fenêtre passe le mauve du ciel lourd. Les arbres à de rares moments s’ébouriffent. Qu'est-ce que cela peut me faire ? Le paysage, je l'abandonne à lui-même comme je m'abandonne à l'absence. On entend soudain un coup de vent brutal.
Et je m'enfonce dans un brouillard d'angoisse diffuse. Pour y échapper, le "moyen" serait d'écrire des poèmes. Or, depuis notre retour ici, et en attendant le départ, rien, pas un poème. »

Nicolas de Staël, Arbres (1953)

« Je pense à Dhôtel pour qui le roman, la vie (c'est pareil), c'est "d'aller de proche en proche", et à de Staël qui, lui, déclare "aller d'accident en accident". »



dimanche 11 décembre 2016

Je demande la plage




Je demande la plage de sable infinie
Et pour mon horizon le bandeau de la mer
Et le bruit de la mer comme bible.


Marcel Thiry, in Usine à penser des choses tristes
 

lundi 5 décembre 2016

Les neuf mots du bleu



"Mais Lilia, elle, était emballée par le sujet, elle dansait avec lui, elle avait une aventure avec lui. Elle comprenait la poésie de la multiplicité, de l'aliénation, des concepts inconciliables de la géographie : dans l'une des langues mayas, il existe neuf mots différents pour désigner la couleur bleue. (Cela, il le savait depuis des années, mais ce fut grâce à elle qu'il se demanda à quoi pouvaient ressembler ces intraduisibles nuances de bleu.)"

Emily St. John Mandel, Dernière nuit à Montréal (Rivages/Noir)

Le bleu de Klein est-il une de ces nuances, et quel mot maya pour le désigner ?

Et le cassé-bleu de Nicolas de Staël ?  (expression inventée par son ami René Char)

Le "cassé-bleu", c'est absolument merveilleux, au bout d'un moment la mer est rouge, le ciel jaune et les sables violets, et puis cela revient à la carte postale de bazar, mais ce bazar-là et cette carte, je veux bien m'en imprégner jusqu'au jour de ma mort. Sans blague, c'est unique René. Il y a tout là. Après on est différent.
(Lettre de Nicolas de Staël à René Char, 23 juin 1952)

Peut-être "bleudeklein" et "cassébleu" sont-ils finalement des mots mayas.
 

jeudi 3 novembre 2016

Ostende (1) - Ton nom




"Si je savais parler d'Ostende
Moi, je lui donnerais ton nom
Je dirais à qui veut l'entendre
Que tu mérites une chanson.

Ostende, tu me l'as faite si jolie
Personne jamais ne m'a changé Paris.
Et de mémoire de vague
S'il en faut en croire les vagues
Et de mémoire d'algue
Si l'on veut croire les algues.

Il n'y a pas eu avant
D'amants plus beaux que nous
Et même que Tristan
Dormait à nos genoux.

Si je savais parler d'Ostende
Je lui en demanderais pardon
Car je jure à qui veut l'entendre
Qu'elle a toujours porté ton nom.

Ostende qui faisait taire ses navires
Je sais, c'était pour mieux t'entendre rire
Et nous étions debout
Sans savoir qu'il pleuvait
En buvant cet orage
Pour Dieu que je t'aimais !

Les mots que tu m'as dits
Ils ne s'écrivent pas
Les plumes et les poètes
Se taisent quelquefois.

Si je savais parler d'Ostende
Je ne dirais rien de la mer
Mais dirais à qui veut l'entendre
Que l'amour te fait les yeux verts.

Je ne sais pas parler d'Ostende
Je ne sais faire qu'une chanson
Il n'y aura que toi pour comprendre
Que tout au long, j'ai dit ton nom."

Gribouille (1968)





mercredi 5 octobre 2016

mardi 4 octobre 2016

Tribute - Nord - [Ostende (0)]



Ce pourrait être la Manche. Ou la Mer du Nord. Le Havre ou Ostende.

jeudi 4 août 2016

Souvenir paisible



"Et il y a les mâts qui s'obstinent
à mesurer les étoiles
avec le secours du souvenir paisible
- une gerbe de mouettes dans la sérénité de l'aube."

Yannis Ritsos, La Marche de l'océan (Editions Bruno Doucey)



jeudi 3 mars 2016

Et tout, même la couleur noire...


Paris la nuit (1954)

"Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.

Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d'un feu personnel !

Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l'œil, rien pour les oreilles !)
Un silence d'éternité."

Charles Baudelaire, extrait de Rêve parisien (Les Fleurs du mal)


jeudi 24 décembre 2015

A minuit embrassez-vous sans fin


L'Arbre rouge, 1953

Cher Ted,

Je vous ai expédié le petit Jésus par bateau Queen Mary sous la forme d'un poète surréaliste. Il vous apportera de mes nouvelles avec une petite fleur pour vous souhaiter la bonne année et Noël Noël Noël, une faite avec ma main pour vous et Lucile dans le genre habituel. Ce messager est aussi expert, amateur, commissaire-priseur, et marchand de peinture, plutôt ancienne. C'est un ami de Breton, Duchamp et Cie, vous verrez.
Je vous embrasse bien tous deux, à minuit embrassez-vous sans fin, je vous aime bien.


Nicolas

Lettre à Theodore Schempp, 21 décembre 1949

* * *

De Noël 49 à Noël 69, de Noël 1915 (où il y eu aussi sur le front, quoique dans une moindre mesure que lors de la trêve de Noël 1914, des épisodes de fraternisation) à Noël 2015 (où en ce début d'hiver les raisons de désespérer ne manquent hélas pas), où que vous soyez, à Clermont-Ferrand ou ailleurs, chers amis, chers lecteurs, à minuit embrassez-vous sans fin, sous le sapin, sous l'arbre rouge. Je vous souhaite un bon réveillon et un joyeux Noël.

Émouvante boîte de peinture de Nicolas de Staël, au Musée des Beaux-Arts de Dijon. Est-ce celle qui lui a servi à peindre l'Arbre rouge ?

lundi 26 octobre 2015

mercredi 14 octobre 2015

Cette promesse de sel




"Si ce n'est pas ce soir que nous allons partir,
Quelle est dans le brouillard cette promesse de sel ?"

Marcel Thiry, Statue de la fatigue (1934)



jeudi 8 octobre 2015

Ciels florentins


Fiesole (1953)

Très cher Jean,

Toutes les gorges
D’oiseaux voudraient
Avoir ce bleu malade
De neige à ciels
Florentins
Mais que faire ?
Moi j’en ai marre
Et vais rentrer

Nicolas de Staël, Lettre à Jean Bauret, écrite d’Antibes fin décembre 1954

mercredi 30 septembre 2015

Solitude (8) - "Etre peintre"


Le Lavandou, 1952

"Son orgueil – qu'on lui avait tant de fois reproché – ne provenait pas de ce qu'il s'était choisi comme centre de l'univers pictural. Être lui-même (tel qu'il était, au centre de sa solitude) n'avait qu'une seule signification : être peintre. A cet orgueil et à cette solitude, Nicolas de Staël avait tout sacrifié. Les êtres les plus chers, la gloire, l'argent paraissaient autant d'obstacles qu'il devait vaincre après avoir vaincu la misère et l'incompréhension."
Guy Dumur, article paru dans Combat, avril 1955

Le Lavandou, 1952

Il y a des moments où c'est merveilleux la solitude on se jette d'une chose à l'autre comme les gens du désert rangent en hâte leur bien avant le grand vent. Quel silence tout autour de la rue close.
Et d'autres moments où l'on attend une lettre aussi impatiemment que si tu devais venir sur le dos du facteur.
Nicolas de Staël, Lettre à Françoise de Staël, septembre 1952

* * *

Et aussi atroce que soit la solitude, je la tiendrai parce qu'il ne s'agit pas de me guérir de quoi que ce soit, mais simplement prendre une distance que je n'ai plus à Paris aujourd'hui et que je veux pour demain.
Je n'entraînerai jamais l'admiration de tous, pas question de cela, rien que d'y penser m’écœure, mais j'arriverai peu à peu peut-être à me regarder dans une glace sans voir ma gueule de travers.
Lettre à Jacques Dubourg, octobre 1953 


lundi 16 mars 2015

Derniers, dernières



Soixante ans aujourd'hui que Nicolas de Staël a rejoint les étoiles. Le Concert (ou Le Grand Concert ; L'Orchestre), peint en trois jours du 14 au 16 mars et resté inachevé, est son dernier tableau.

* * *

Ce 16 mars, il écrit deux dernières lettres.

L'une à son marchand Jacques Dubourg :
Jacques,
J'ai commandé chez un petit menuisier ébéniste près des remparts deux chaises longues en bois dont j'ai payé une, cela pour Ménerbes.
Au soin de la douane il reste toujours, les papiers sont à la compagnie générale qui transporta mes tableaux la dernière fois, tous les papiers concernant des petites chaises et tabourets que j'ai achetés en Espagne, aussi pour Ménerbes.
Je n'ai pas la force de parachever mes tableaux.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.
De tout cœur.
Nicolas

L'autre à son ami Jean Bauret :
Cher Jean, 
Si vous avez le temps, voulez-vous au cas où l'on organise quelque exposition que ce soit de mes tableaux, dire ce qu'il faut faire pour qu'on les voie ?
Merci pour tout.
Nicolas

* * * 

C'est de mai 1954, soit un peu moins d'un an auparavant, que date sa dernière lettre à René Char, où il évoque en filigrane son dernier amour, sa passion ardente, violente, désespérée, fatale pour Jeanne :

Bonjour vieux frère,
Donne-moi des nouvelles de ta santé, tant que tu es à Paris je suis inquiet. Tout le monde va bien ici, sauf Urbain qui m'a envoyé un ultimatum d'apothicaire. Il pleut tous les jours. On se reverra à l'Isle avec autant d'eau que la dernière fois, séparés de notre reine par le déluge.
Il y a des femmes qui ne se montrent que tels les astres, seuls avec tout le firmament intime au ciel.
Je l'aime à crever.
t'embrasse bien fort.
Nicolas.

* * * 

Derniers lieux :

Antibes, sur les remparts, la maison Ardouin

mercredi 31 décembre 2014

Tout ce que tu veux

Arbres (1953)
A Ciska Grillet
Ménerbes, fin décembre 1953

Ciska,

Merci pour cet amour de petite lettre droite.
Je te souhaite tout ce que tu veux, surtout dans la mesure où je puis consciemment ou pas y jeter un peu de feu vif.

Nicolas

* * *

Voilà, c'est exactement ça, pour 2015 je vous souhaite tout ce que vous voulez, chers amis et lecteurs, et si, en plus, Noël 69 à Clermont Ferrand peut y ajouter quelques étincelles...

Et en attendant, pour terminer 2014 en douceur, la magie des notes de ce Tokyo encore...


vendredi 12 décembre 2014

Grand écran


"En été, quand la mode douce des bras nus
Donne aux yeux la fraîcheur de son aumône égale,
Au fond d'un cinéma de faubourg inconnu
Aller s'asseoir parmi ces bras blancs dans la salle
Obscure, et seul et se livrant dans la noirceur
A l'art d'aimer ces nudités mélancoliques,
Pendant qu'un piano fait des accords danseurs
Voir passer sur l'écran les grands transatlantiques."

Marcel Thiry, L'Enfant prodigue (1927)

Forcalquier

"Nous irons nous aimer dans les grands cinémas."

Marcel Thiry, Plongeantes proues (1925)