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mercredi 8 mai 2019

Coquelicots



Près de Vétheuil
Près de Manosque
Vers 1879
En avril 2019
Les chants de coquelicots
Pulsent absurdement dans ma tête
Gentil coquelicot Mesdames
Comme un p’tit coqu’licot, mon âme
Les champs de coquelicots
Impriment mon cœur de rouge
Notes obsédantes printemps malade
Couleur intense saison trop pâle
Je me laisse doucement rêver
Avec Claude le Peintre
Avec Marcel le Troubadour
Infini pouvoir
Du pavot écarlate.

FM, mai 2019


jeudi 11 avril 2019

Hors-saison (3) - Le manteau



J'ai mis aujourd'hui le manteau que tu aimais
C’est comme si tu me regardais
Mais ça n'a pas suffi
Ça n'a pas suffi

Le vent m'a envolée
Le froid t'a effacé

Je t'ai écrit des mots sur ce papier
Que nous avions choisi
Mais tu étais parti
Tu étais parti

Les temps t'ont englouti
La pluie m'a évanouie

Quand nous reverrons-nous
Quand nous rêverons-nous
Encore
Ailleurs

Avant que la brume ne t'estompe
À jamais
Avant que je ne disparaisse
Éclipsée


FM, avril 2019
 

dimanche 7 avril 2019

54


Tout peut arriver dans un train. On ferme les yeux, on les ouvre (on croit les ouvrir ?), et c'est la chute à grande vitesse. Atterrir ou ne pas atterrir, telle n'est pas la question, tant est grand le bonheur d'être au monde.

lundi 11 février 2019

C'est un signe



"Springsteen, que nous aimions tant, est venu en Europe jouer son disque The River. Le marin s'est débrouillé pour trouver des billets et m'a entraînée à Brighton, le jour de mon anniversaire. Springsteen avait joué mes préférées, Fire, Stolen Car, Point Blank et Candy’s Room à la suite, comme un cadeau, comme s'il était au courant. Je n'en revenais pas. C'est un signe, lâcha mon jules. Il m'avait hissé sur ses épaules et je l'avais aperçu. Il était petit, agité, secoué de mille tics, guitare et mâchoire en avant, mais mignon. Il débarquait du pays des espoirs et des rêves."

C'est noir, rapide, vif, tranchant. Court et intense. Et émouvant. Deux voix de femmes dont les destins douloureux vont se rejoindre dans un final violent mais lumineux.



vendredi 8 février 2019

nous parlerons peu



demain c'est à nous deux Paris
mais pas Rastignac pour un sou
j'irai voir mon ami Kani
avec qui je fus parfois saoul

nous parlerons peu nous aurons
de longs silences mémorables
dans des bistrots nous rêverons
à des fortunes improbables

vous qui me lirez dans cent ans
(si vous avez le droit de lire)
songez que mon fantôme a tant
et tant de choses à vous dire

en dépit de sa maladresse
et de son mutisme contraint
cartes postales sans adresse
et toujours le Diable et son train

Jean-Claude Pirotte, La vallée de Misère (Editions Le temps qu'il fait)

vendredi 21 décembre 2018

Paris, décembre



Ils ont tendrement entouré la belle
Branches bras écrin soyeux
Et Séléné put s'endormir enfin
Illumination rêves bleus


FM, décembre 2018

samedi 21 juillet 2018

lundi 21 mai 2018

Pensons à toute la terre


Patagonie, mars 2018

"Je prends congé, je rentre
chez moi, dedans mes rêves,
je retourne à cette Patagonie
où le vent frappe les étables
et où l'Océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là, oui, que je veux mourir,
si je devais naître cent fois,
c'est là aussi que je veux naître,
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du Sud,
des cloches depuis peu acquises.
Qu’aucun ne pense à moi. Pensons
à toute la terre, frappons
amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
que nous allions au cinéma, que nous sortions
    boire le plus rouge des vins.


    Je ne viens rien solutionner.

    Je suis venu ici chanter, je suis venu
    afin que tu chantes avec moi."
 
Pablo Neruda, Chant général (Poésie/Gallimard, traduction Claude Couffon)


Patagonie, mars 2018
 

samedi 7 avril 2018

La tentation mauve (8) - 7 avril 2048


Là-bas aussi (Bellavista, Santiago)

"7 avril 2048(*)
Le calme semble être revenu
Le niveau d'oxygène est maintenant acceptable
Hier avec Marie et les enfants
Nous nous sommes rendus devant les grilles de la forêt tropicale
Où il y avait une distribution de gingembre
Nous avons rencontré des amis d'amis restés sur terre
Marie en avait les larmes aux yeux
Mais cela nous a tous fait du bien je crois
Je me demande souvent comment les autres s'en sortent
Je veux dire ceux qui sont restés
J'espère qu'ils sont en vie
Qu'ils ont pu quitter la terre"




Écoutez cette chanson de Florent Marchet. Le texte est beau comme une Chronique martienne. Y aura-t-il encore, dans trente ans, sur terre ou ailleurs, des fleurs mauves pour embellir nos sourires et accrocher nos souvenirs ? Bienvenue dans un futur pas si lointain.

(*) Le jour où j'aurai, peut-être, 83 ans...

mercredi 28 février 2018

La maison du docteur




« Je rendis ma carte magnétique à la réception, payai cette chambre où je n'avais même pas passé une nuit, et je me mis à marcher dans les rues du Santiago nocturne. Heureusement, la chaleur s'était atténuée et les arbres verdoyants du quartier de Providencia offraient une fraîcheur stimulante. Le restaurant n'étant pas loin, je décidai de rejoindre à pied la rue Guardia Vieja.
"Près de la maison du docteur", avait précisé Eladio, et, me déplaçant d'un pas lent comme un riverain sorti faire une promenade pour pouvoir trouver le sommeil, je cherchai le numéro 392 de la rue Guardia Vieja, la maison du docteur, la maison de Salvador Allende.
Elle était pareille à mon souvenir. Nous autres, les membres du GAP, le Groupe des amis personnels, l'escorte d'Allende, avions pris l'habitude de le désigner comme "le docteur", moins en référence à sa profession de médecin que parce que le respect et l'admiration que nous lui portions nous empêchaient de lui donner du camarade ou du président.
Je m'approchai de la grille d'acier noire, et comme je scrutais le petit jardin qui donnait sur la rue, la lumière de la rue projeta mon ombre presque jusqu'à la porte. L'ombre de ce que j'avais été entrait dans cette demeure quarante ans après que mon corps de jeune homme l'avait fait, à vingt ans à peine, décidé à risquer ma peau pour cet homme, "le docteur", qui incarnait le meilleur rêve possible.»





lundi 26 février 2018

Intermède breton (2) - Janelas verdes (3)


Sortir du golfe, ne pas songer au retour

Ces fenêtres sur l'ouest,
les (tes) yeux verts

La lumineuse ambiguïté des rêves

Contemplation

mardi 14 novembre 2017

Rue Erasme



"Nous avions débouché sur cette rue très large qui borde les bâtiments modernes de l’École normale supérieure et de l’École de physique et chimie et qui vous donne l'impression d'être perdu dans une ville étrangère – Berlin, Lausanne, ou même Rome, dans le quartier du Parioli – au point que vous vous demandez si vous ne marchez pas dans un rêve, et que vous finissez par douter de votre propre identité."

Patrick Modiano, Souvenirs dormants (Gallimard, 2017)

lundi 10 juillet 2017

Ruptures de réalité et brèches magnifiques



"Le monde est une branloire pérenne : toutes choses y branlent sans cesse, écrivait Montaigne il y a quelques siècles, et cette idée d'un monde en mouvement permanent est très belle, mais Montaigne n'avait pas idée de ce que ça allait devenir, qu'il faudrait désormais se battre pour retrouver un certain droit au calme, à la solitude, au repos et à tout ce qui va avec, la lecture, la pensée, la rêverie, mais on n'a plus le temps."


"C'est étonnant comme, parfois, on se met à vivre plus vite, beaucoup plus vite, à cause d'un rien, de quelques mots, d'un regard ou d'un air entendu. Recevoir un message, le lire, se dire pourquoi pas, et hop, partir.
[...]

Un coup de fil à Kamel qui, oui, bien sûr, s’occupera des enfants, et la voici sur la route, avec sa vieille voiture grise, son sac sur la banquette arrière. Boulogne-sur-Mer – Saint-Jean-de-Luz : mille quarante kilomètres, trajet estimé à neuf heures trente en passant par Abbeville, Rouen, Le Mans, Tours, Poitiers, Bordeaux et Biarritz. C'est long, c'est une expédition, on n'en fait plus tellement à une époque où l'on se rend en un clin d'œil à l'autre bout du globe, à peine le temps de rentrer dans l'avion et vous voilà sur un autre continent, sans même avoir pu réaliser que vous voyagiez. On a perdu cela, la durée du voyage, ce temps hors du temps avec ses temps morts, ses rencontres, ses rêves. Il faut, pour retrouver ces sensations délectables, savoir aller un peu moins loin, bizarrement, prendre sa voiture et non pas l'avion, rouler et ne surtout pas voler, le voyage aérien stoppe net bien des tentatives d'évasion, Icare l'a appris à ses dépens il y a déjà bien longtemps."


"Il a repris le volant et Lucia s'étonne de la facilité avec laquelle elle se laisse conduire sans même s'inquiéter de leur destination. Elle s'en fout, en fait. Elle est bien, là, aux côtés de cet homme qui est botaniste comme elle est épistolière. Un vieux rêve, ça, d'ailleurs. Troquer les mails du service clients contre des lettres, des vraies, écrire aux vieilles dames solitaires nichées dans les grandes villes, écrire aux ados torturés, écrire aux petits qui croient encore au Père Noël, écrire à ceux qui disent que c'est triste, de nos jours, le facteur n'apporte plus que des factures, écrire à ceux qui ont oublié ce que c'est qu'une lettre, écrire sur du papier bleu, rose ou vert, écrire à l'autre bout du monde ou à la voisine de palier. Écrire."




"Une cicatrice céleste qui s'atténuera peut-être, au fil du temps.
Ou subsistera.
Les cicatrices disparaissent-elles jamais complètement ?"


* * *

De ruptures de réalité en brèches magnifiques, le dernier roman de Nathalie Peyrebonne est un véritable enchantement. En exergue du livre, cette citation de Claude Roy : « Il faudrait essayer de ne pas accorder trop de réalité à la réalité. Le monde a grand besoin que nous doutions un peu de son existence. » Joli programme, non ?

mardi 16 mai 2017

Papillons



Parfois, les papillons sont géants.
Ils ignorent avec une superbe indifférence le grondement de la tempête imminente, et les battements de leurs grandes ailes exaltent, dans un bruissement doux, le temps et la mémoire.


mardi 29 novembre 2016

Dans ce taxi-train



Au crépuscule
Quand tu es parti vers les rêves
Est-ce un train que tu as pris
Ou un taxi ?
Dans ce taxi
Ou dans ce train
Qu'importe ce que c'était
Puisque j'étais dans tes rêves
J'ai pris ta main
Pour la serrer
Pour la garder
Dans ce taxi-train
Qui glissait loin



mercredi 17 août 2016

Reprise



Après une journée de reprise cauchemardesque, prendre quelques instants pour rêver à cette matière étrange dont sont, peut-être, faits les anges.

samedi 23 juillet 2016

Le soleil des loups



"Conrad Mur est coutumier de telles rêveries qui ne laissent en lui nuls ou d'insignifiants vestiges, dès qu'il a fini de s'y abandonner. Des fois, il a même observé que son esprit s'y reposait, en sortait avec une disponibilité beaucoup plus grande que celle qu'il y avait apportée. Pâlit donc et puis s'efface entièrement dans sa mémoire le détail de tout ce que lui a fait contempler sa plongée imaginaire, mais parce que l'heure a tourné pendant qu'il était absent, parce que le soleil s'est rapproché du bleu énorme qui va bientôt l'engouffrer, parce que les rochers gris ont pris des nuances d'iris et de violettes, parce que les ombres des poteaux télégraphiques s'allongent en travers de la route et sabrent le flanc de la montagne, parce que les pics jaillissent entre tourterelle et feuille de rose sur le ciel fouetté de petites mouchetures, Conrad ameute autour de lui des souvenirs pour se défendre contre la mélancolie qui est près de l'assaillir et à laquelle il ne veut pas céder."


"La lune, un peu au-delà de son troisième quartier, cernait d'un feu étrange les bords de quelques vapeurs soufflées en queues de renard sur le brillant du ciel, et sa lumière ruisselait sur les coteaux de Blanchemont qui font entre les deux lacs une presqu'île calcaire, où s'étagent, avec de petits bois chétifs, des carrés de vigne autour de chalets tout seuls et d'abris pointus comme les paillotes d'un village malais. Nous fussions-nous retournés que nous aurions pu voir, mais à très grande distance, errer des points obscurs : couples ainsi que le nôtre blasés de presse et de vacarme. Devant nous, aussi loin que portât le regard, il n'y avait personne."

André Pieyre de Mandiargues, L'Archéologue, in Soleil des loups

19 juillet 2016 - En attendant le soleil des loups