Affichage des articles dont le libellé est couleurs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est couleurs. Afficher tous les articles

mardi 23 avril 2019

Question

"Comment s'appelle la fleur qui vole d'oiseau en oiseau ?"
Pablo Neruda, Le Livre des questions

lundi 1 avril 2019

Parenthèse (2) - Animal et végétal


The little Daisy family

Tarte aux abricots maison en devenir

There's a new kid in town.

La reine Claude fut d'abord une jolie princesse.

Ami m'écriras-tu romans noirs et mots bleus ?

"Et les fruits passeront la promesse des fleurs"
écrivait François de Malherbe.
Mais celle-ci, immaculée au coeur rose, à devenir amande préféra le plaisir d'un bain de soleil sur l'herbe chaude...

lundi 25 février 2019

L'ultime destination



"Je me rappelle comme si c'était hier le moment où j'ai refermé la porte. Le souvenir de Baba et mon sac étaient mes seuls bagages. Je n'avais aucun endroit où aller. Je me souviens m'être demandé s'il était possible qu'une route ne finisse jamais. Alors j'ai décidé de commencer ainsi. Voir jusqu'où la route irait. Cela me semblait un bon début."


"Nous marchons pendant des heures et des heures, frappés par le couvercle en fonte du ciel. Et puis, au détour d'un chemin, nous la voyons. La mer a son manteau de cobalt et le soleil fait rôtir sa cuirasse étoilée. Nous savons que notre voyage s'arrêtera là, au milieu des étoiles du jour, là où finissent de brûler les amours impossibles.
Ni Igor ni moi ne prononçons le moindre mot, nos yeux fixés sur cet horizon tracé par sa propre infinité, sans arbre ni montagne pour le circonscrire. Nos yeux aimantés à cette ligne infinie, par-delà le ciel, la terre et la mer, ruban de couleur mouvante, tantôt bleu, gris ou orangé, confins des nuages, du jour et de la nuit, qui se révèle à nous comme l'ultime destination, celle du dernier voyage. Celui que l'on fait seul."

* * * 

Une immense sensation de calme de Laurine Roux est un conte hors du temps d'une somptueuse beauté, porté par une écriture lumineuse.

dimanche 2 décembre 2018

Apprentissage



Tu fixeras le temps sur la toile, et laisseras l'automne étendre les couleurs.




mercredi 5 septembre 2018

Les trois maisons du poète (1) - La Sebastiana



A « La Sebastiana » 

C'est moi qui ai construit la maison.

Je l'ai faite d’abord d'air. 
Puis dans l'air j'ai hissé le drapeau
et je l'ai laissé suspendu
au firmament, à l'étoile, à
la clarté et à l'obscurité. 

Ciment, fer, verre
étaient la fable,
plus précieux que le blé et comme l'or,
il fallait les chercher et les vendre,
et ainsi vint un camion :
ils déchargèrent des sacs 
et encore des sacs,
la tour s'agrippa à la terre dure,
- mais pas assez, dit le constructeur,
elle manque de ciment, de verre, de fer, de portes -,
et je n'ai pas dormi de la nuit. 

Mais elle grandissait, 
grandissaient les fenêtres, 
et sous peu, 
en lui collant le papier, en travaillant, 
en s'y attaquant du genou et de l'épaule, 
elle allait grandir jusqu'à exister, 
jusqu'à ce qu’on puisse regarder par la fenêtre, 
et avec autant de sacs, il semblait
qu'elle pourrait soutenir un toit et s'élèverait, 
et elle s'accrocherait finalement au drapeau
qui suspendait encore au ciel ses couleurs. 

J’ai rassemblé les portes les moins chères, 
celles qui étaient mortes
et qu'on avait jetées de chez elles,
des portes sans murs, cassées, 
débris entassés, 
des portes sans mémoire, 
sans souvenir de clé,
et j'ai dit: « Venez
à moi, portes perdues :
je vous donnerai une maison et un mur
et une main qui frappe, 
vous battrez de nouveau en ouvrant l’âme,
vous veillerez sur le sommeil de Matilde 
avec vos ailes qui volèrent tant ». 

Alors la peinture
arriva aussi en léchant les murs, 
les parant de bleu ciel et de rose 
pour qu'ils se mettent à danser. 
Ainsi la tour danse, 
chantent les escaliers et les portes, 
et la maison grimpe jusqu'à toucher le mât, 
mais l'argent manque, 
les clous manquent, les serrures, le marbre. 
Cependant, la maison 
continue de grimper 
et quelque chose se passe, un battement 
parcourt ses veines :
c'est peut-être une scie qui navigue
comme un poisson dans l'eau des rêves, 
ou un marteau qui pique
comme un fourbe condor charpentier 
les tables de la pinède que nous piétinerons. 

Quelque chose se passe et la vie continue. 

La maison grandit et parle, 
elle se maintient debout, 
des vêtements sont suspendus à un échafaudage, 
et comme en mer, le printemps 
nageant comme une naïade marine
embrasse le sable de Valparaiso, 

cessons d'imaginer : voici la maison : 

tout ce qui manque sera bleu, 

il ne lui reste plus qu'à fleurir. 

Ce sera le travail du printemps. 

Pablo Neruda, in Plenos poderes, 1962
(traduction François M., 2018) 





C'est en 1959 que Pablo Neruda (alors âgé de 55 ans), décide d'acquérir une maison à Valparaiso. Il fait alors à ses amies Sara Vial et Marie Martner la demande suivante :

 « Je ressens la fatigue de Santiago. Je veux trouver à Valparaiso une petite maison où vivre et écrire tranquille. Elle devra répondre à certaines conditions. Elle ne doit être située ni trop haut ni trop bas. Elle doit être solitaire, mais pas trop. Avec des voisins qu’on peut espérer invisibles. Il ne faudrait ni les voir ni les entendre. Originale, mais non dénuée de confort. Avec de nombreuses ailes, mais solide. Ni trop grosse, ni trop petite. Loin de tout, mais proche des transports publics. Indépendante, mais proche des commerces. De plus, elle doit être très bon marché. Pensez-vous que je peux trouver une maison comme ça à Valparaiso? »

Elles découvrent alors sur le mont Florida, une des collines de Valparaiso, le chantier d'une grande maison, dont le propriétaire, un architecte prénommé Sebastián, est mort plusieurs années auparavant sans pouvoir achever les travaux. Pablo Neruda la trouve à son goût, mais trop grande pour lui seul ; il l'achète donc en commun avec son amie sculptrice Marie Martner et son mari le docteur Francisco Velasco.

La maison, baptisée La Sebastiana en l’honneur du propriétaire précédent, fut inaugurée en 1961 lors d’une fête mémorable, et à cette occasion Neruda écrivit le poème ci-dessus.

Pillée après le coup d’état de 1973, La Sebastiana a été restaurée à partir de 1991. Charme et originalité de la structure tout en escaliers, terrasses et fenêtres, vue sublime sur la baie de Valparaiso, décoration foisonnante d'un goût exquis (Neruda était un grand collectionneur, notamment de cartes anciennes, de peintures, d'instruments de navigation), c'est peu de dire que, comme les autres maisons chiliennes du poète (Isla Negra, et, à Santiago, La Chascona), La Sebastiana semble avoir une âme... Elle méritait bien un poème.




dimanche 12 août 2018

La tentation mauve (9) - L'acte créateur



"Deux semaines après avoir repris ses allers-retours en métro à Brooklyn, ses œuvres complètes parurent chez Tumult Books. Après un été si pénible, Prolusions jaillit du sol de manière aussi inattendue que le premier crocus au début du printemps, un éclair pourpre sortant de la boue et de la neige noircie, une pointe de couleur magnifique dans un monde par ailleurs totalement incolore, et justement la jaquette de Prolusions était pourpre, cette nuance de pourpre qu'on appelle mauve, la couleur que Ron et Ferguson avaient choisie parmi de nombreuses couleurs disponibles, une couverture à la typographie austère avec le nom de l'auteur et le titre en noir entourés d'un mince rectangle blanc – clin d'œil au couverture de Gallimard en France – que Ferguson trouvait élégante, si élégante, et quand il tint pour la première fois à la main un exemplaire de son livre, il éprouva un sentiment auquel il ne s'attendait pas : un éclair d'exaltation. Pas très différente de l'exaltation qu'il avait ressentie après avoir obtenu la bourse Walt-Whitman, se dit-il, mais à la différence près que la bourse lui avait été retirée mais que ce livre serait toujours le sien, même s'il ne trouvait que dix-sept lecteurs."

Paul Auster, 4 3 2 1 (Actes Sud)


mercredi 25 juillet 2018

Collection Printemps-Eté 2018 (3)


True colors, ou Les Quatre Filles du docteur July

Et les quatre Miss sous les feux de la rampe,
à la régie Mister Sun

lundi 25 juin 2018

Collection Printemps-Eté 2018 (2)


Le peuple rouge des talus

Un bel ailleurs

Pour aller au bal, les jumelles avaient
revêtu leurs robes citron-framboise.

Douce et discrète, toutes ses joues rosies
à la chaleur des pierres

lundi 11 juin 2018

Collection Printemps-Eté 2018


Quand le bouton est plus beau
que tous les manteaux d'or

"Observez les fleurs des champs, regardez comment elles poussent ! Elles ne filent pas et elles ne tissent pas. Pourtant, je vous le dis : même Salomon, avec toute sa richesse, n'a jamais eu de vêtements aussi beaux qu'une seule de ces fleurs."
Luc 12:27
 
Un cœur simple

La tentation mauve - Noces champêtres :
joli mai, l'Ange n'a pas résisté
.


Pavot, hypnose


La petite avait gardé en son cœur une étoile,
nostalgie de temps marins révolus.

mardi 8 mai 2018

Promenades (14) - Tout au fond du XIIIe arrondissement (3)



Il y a quelque temps, sur les traces de Nestor Burma dans Brouillard au Pont de Tolbiac de Léo Malet, en particulier dans son adaptation par Tardi, j'avais cherché en vain le passage des Hautes-Formes, où habitaient son ancien camarade anarchiste Lenantais avant qu'il ne soit assassiné, ainsi que la belle gitane Bélita.



Déception ! Le passage des Hautes-Formes, reliant la rue Nationale à la rue Baudricourt, n'est plus, englouti à la fin des années 70 par un programme de constructions modernes. Ironie du sort, lui qui tirait son nom de quelques maisons édifiées au Moyen Age se distinguant par leur hauteur supérieure à la moyenne de l'époque, a aujourd'hui disparu au profit de tours et immeubles élevés comme on en trouve beaucoup dans le XIIIe arrondissement.


Cependant, au détour d'un billet sur un autre vagabondage dans le treizième arrondissement, Matthieu de Missa Sine Nomine (que je remercie vivement !) me mit récemment sur la piste du passage Bourgoin cher au Sniper de Frédéric H. Fajardie. Quelques rapides recherches plus loin, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce passage Bourgoin (situé entre la rue Nationale et la rue du Château-des-Rentiers), distant d'à peine quelques encablures de l'ancien passage des Hautes-Formes, avait en fait servi de modèle à Tardi pour dessiner ce dernier dans Brouillard au Pont de Tolbiac !

Une nouvelle promenade, idéale en un radieux dimanche de printemps - dans une atmosphère certes assez éloignée du brouillard et de la pluie hivernaux associés au passage aussi bien chez Tardi que chez Fajardie -, s’imposait donc. 


"Alain Sigualéa gara la Méhari rue Nationale et, l'attaché-case dans une main, une gerbe de roses rouges dans l'autre, pénétra dans le passage Bourgoin.
Une fois de plus, et bien qu'il y habitât depuis trois ans, il s'immobilisa pour contempler la ruelle, trop peu large pour livrer passage à une voiture.
Ça ne ressemblait à aucun autre endroit de Paris. Un petit défilé bordé de minuscules pavillons. De loin en loin, d'antiques réverbères distribuaient une lumière parcimonieuse en délicats halos, corolles frissonnantes dans l'épaisse brume d'hiver.
Bien qu'il n'eût jamais vu ni l'un ni l'autre, ça lui évoquait un décor de maison de poupées, ou encore ces ruelles irlandaises, à Dublin, et ce type, le "Mouchard", dans le roman d'O'Flaherty. Manquait plus, à l'entrée, qu'un Fish and Chips enveloppant de papier journal les rations fumantes.
Alain Sigualéa savoura son bonheur quelques secondes encore et, comme tombaient les premières gouttes, obliques et froides, d'une petite pluie, il se remit en route.
Il s'arrêta trente mètres plus loin devant une porte peinte en vert qu'il ouvrit. Puis, sans un regard pour les quelques mètres carrés du jardin floral et potager, extraordinairement soignés, il gravit l'escalier de bois et entra directement au premier étage."

Frédéric H. Fajardie, Sniper
 

Le passage Bourgoin tient son nom du propriétaire des parcelles (initialement agricoles) sur lequel il a été ouvert vers 1880. Etienne Bourgoin possédait également les terrains de son voisin jumeau le passage National. Plus chanceux que le passage des Hautes-Formes, ils ont tous deux échappé au début des années 1980 à une destruction programmée, et sont maintenant protégés. Comme souvent dans le XIIIe, charme de province paisible et contrastes ancien / moderne sont au rendez-vous.






"Le Sniper habitait dans le coin. Ça, il le sentait.
Un coin… intéressant. Compliqué, certes, parce que ce mélange de taudis et d'immeubles hyper-modernes, ces migrants et ces cadres, ça formait un cocktail bizarre.
Mais indéniablement intéressant.
Il songea, le cœur léger, qu'il allait lui falloir beaucoup lire et beaucoup se balader avant de bien connaître le XIIIe arrondissement. 
Justement, deux choses qu'il aimait."

Frédéric H. Fajardie, Sniper

* * *

En rentrant par la Butte-aux-Cailles, on croisera un poète...


... un autre charmant passage endormi, le passage Boiton ...


... encore des glycines, ici dans le passage du Moulinet...


... et, rue du Moulin-des-Prés, Michel et Patricia s'embrassant pour l'éternité comme dans la rue Xavier Privas.


samedi 7 avril 2018

La tentation mauve (8) - 7 avril 2048


Là-bas aussi (Bellavista, Santiago)

"7 avril 2048(*)
Le calme semble être revenu
Le niveau d'oxygène est maintenant acceptable
Hier avec Marie et les enfants
Nous nous sommes rendus devant les grilles de la forêt tropicale
Où il y avait une distribution de gingembre
Nous avons rencontré des amis d'amis restés sur terre
Marie en avait les larmes aux yeux
Mais cela nous a tous fait du bien je crois
Je me demande souvent comment les autres s'en sortent
Je veux dire ceux qui sont restés
J'espère qu'ils sont en vie
Qu'ils ont pu quitter la terre"




Écoutez cette chanson de Florent Marchet. Le texte est beau comme une Chronique martienne. Y aura-t-il encore, dans trente ans, sur terre ou ailleurs, des fleurs mauves pour embellir nos sourires et accrocher nos souvenirs ? Bienvenue dans un futur pas si lointain.

(*) Le jour où j'aurai, peut-être, 83 ans...