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jeudi 21 janvier 2021

Le jour où...(20)

 Le jour de neige où je me suis rendu compte que le nouvel appartement de J. se situait juste en face de l'entrée du Passage Bourgoin, je me suis dit que le hasard faisait bien joliment les choses.

* * *

De sa fenêtre, Paris, tout blanc tout gris, penche.

mardi 30 octobre 2018

Le jour où...(19)



Le jou où un Fajardie que je n'avais pas lu (comment est-ce possible ?) m'a interpellée sans crier gare boulevard de Port-Royal : "Salut, achète-moi!", je n'ai pu que m'exécuter, bien sûr.

mardi 8 mai 2018

Promenades (14) - Tout au fond du XIIIe arrondissement (3)



Il y a quelque temps, sur les traces de Nestor Burma dans Brouillard au Pont de Tolbiac de Léo Malet, en particulier dans son adaptation par Tardi, j'avais cherché en vain le passage des Hautes-Formes, où habitaient son ancien camarade anarchiste Lenantais avant qu'il ne soit assassiné, ainsi que la belle gitane Bélita.



Déception ! Le passage des Hautes-Formes, reliant la rue Nationale à la rue Baudricourt, n'est plus, englouti à la fin des années 70 par un programme de constructions modernes. Ironie du sort, lui qui tirait son nom de quelques maisons édifiées au Moyen Age se distinguant par leur hauteur supérieure à la moyenne de l'époque, a aujourd'hui disparu au profit de tours et immeubles élevés comme on en trouve beaucoup dans le XIIIe arrondissement.


Cependant, au détour d'un billet sur un autre vagabondage dans le treizième arrondissement, Matthieu de Missa Sine Nomine (que je remercie vivement !) me mit récemment sur la piste du passage Bourgoin cher au Sniper de Frédéric H. Fajardie. Quelques rapides recherches plus loin, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce passage Bourgoin (situé entre la rue Nationale et la rue du Château-des-Rentiers), distant d'à peine quelques encablures de l'ancien passage des Hautes-Formes, avait en fait servi de modèle à Tardi pour dessiner ce dernier dans Brouillard au Pont de Tolbiac !

Une nouvelle promenade, idéale en un radieux dimanche de printemps - dans une atmosphère certes assez éloignée du brouillard et de la pluie hivernaux associés au passage aussi bien chez Tardi que chez Fajardie -, s’imposait donc. 


"Alain Sigualéa gara la Méhari rue Nationale et, l'attaché-case dans une main, une gerbe de roses rouges dans l'autre, pénétra dans le passage Bourgoin.
Une fois de plus, et bien qu'il y habitât depuis trois ans, il s'immobilisa pour contempler la ruelle, trop peu large pour livrer passage à une voiture.
Ça ne ressemblait à aucun autre endroit de Paris. Un petit défilé bordé de minuscules pavillons. De loin en loin, d'antiques réverbères distribuaient une lumière parcimonieuse en délicats halos, corolles frissonnantes dans l'épaisse brume d'hiver.
Bien qu'il n'eût jamais vu ni l'un ni l'autre, ça lui évoquait un décor de maison de poupées, ou encore ces ruelles irlandaises, à Dublin, et ce type, le "Mouchard", dans le roman d'O'Flaherty. Manquait plus, à l'entrée, qu'un Fish and Chips enveloppant de papier journal les rations fumantes.
Alain Sigualéa savoura son bonheur quelques secondes encore et, comme tombaient les premières gouttes, obliques et froides, d'une petite pluie, il se remit en route.
Il s'arrêta trente mètres plus loin devant une porte peinte en vert qu'il ouvrit. Puis, sans un regard pour les quelques mètres carrés du jardin floral et potager, extraordinairement soignés, il gravit l'escalier de bois et entra directement au premier étage."

Frédéric H. Fajardie, Sniper
 

Le passage Bourgoin tient son nom du propriétaire des parcelles (initialement agricoles) sur lequel il a été ouvert vers 1880. Etienne Bourgoin possédait également les terrains de son voisin jumeau le passage National. Plus chanceux que le passage des Hautes-Formes, ils ont tous deux échappé au début des années 1980 à une destruction programmée, et sont maintenant protégés. Comme souvent dans le XIIIe, charme de province paisible et contrastes ancien / moderne sont au rendez-vous.






"Le Sniper habitait dans le coin. Ça, il le sentait.
Un coin… intéressant. Compliqué, certes, parce que ce mélange de taudis et d'immeubles hyper-modernes, ces migrants et ces cadres, ça formait un cocktail bizarre.
Mais indéniablement intéressant.
Il songea, le cœur léger, qu'il allait lui falloir beaucoup lire et beaucoup se balader avant de bien connaître le XIIIe arrondissement. 
Justement, deux choses qu'il aimait."

Frédéric H. Fajardie, Sniper

* * *

En rentrant par la Butte-aux-Cailles, on croisera un poète...


... un autre charmant passage endormi, le passage Boiton ...


... encore des glycines, ici dans le passage du Moulinet...


... et, rue du Moulin-des-Prés, Michel et Patricia s'embrassant pour l'éternité comme dans la rue Xavier Privas.


mercredi 11 novembre 2015

"Ils portaient quelque chose d'autre en eux"



"Lassé, voire irrité, Dubost ordonna :
- Prenez note d'un certain nombre de questions auxquelles j'entends que vous répondiez la fois prochaine.
- Cela concerne l'affaire Anastasia-Giacinto, patron ? demanda fielleusement Dietmer.
- Absolument ! Et du même coup votre formation générale. Vous êtes prêt ?
L'autre acquiesça et Dubost, après un sourire amusé, se carra suavement dans son fauteuil en observant le plafond :
- Qu'est-ce qu'une classe sociale ? Les choses se transforment-elles en leur contraire ? Qu'entend-on par "mouvement dialectique" ? Conditions d'existence et "être social". Quel est le moteur de l'histoire ? Qu'est-ce qu'une idéologie ? En quoi le matérialisme du XVIIIe siècle était-il métaphysique ?
Le cœur lourd, Dietmer inscrivit scrupuleusement les questions. Il envisagea de démissionner : l'autre fou, en plus, était marxiste !"



"Une autre vie. Peut-être meilleure. Non, à la réflexion, certainement pas. Même s'ils héritaient de tout le pognon entassé à Fort Knox, cela ne changerait rien parce qu'ils portaient quelque chose d'autre en eux. Pas le goût du malheur, pas vraiment. Mais une disposition pour voir tout ce qu'il y a de moche dans la vie, la vanité de tout effort pour entreprendre une action généreuse malgré - ou contre - le système social. Et puis cet insupportable sentiment de dérision concernant l'existence alors qu'autour d'eux chacun s'agitait en tous sens pour consolider des positions minables et cependant convoitées par d'autres."



mardi 20 octobre 2015

Tout à coup, le printemps était là




"- Pourquoi haletez-vous ?
- J'ai fait un peu de jogging.
- J'ai appelé au commissariat et on m'a gentiment donné votre numéro privé.
Pause.
- Je voulais seulement vous souhaiter bonne nuit.
Tout à coup, le printemps était là.
Des petites marguerites poussèrent dans les interstices entre les carreaux du sol.
Deux hirondelles vinrent se poser sur la bibliothèque. Elle gazouillèrent, si les hirondelles gazouillent.
- Merci. Mais malheureusement, ça ne va pas être une bonne nuit.
Pourquoi le dit-il ?
Il voulait se faire plaindre ou apparaître à ses yeux en guerrier, comme Roland ?
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je dois surveiller la villa des Sciortino.
- Je sais où c'est. Vous pensez que les voleurs, cette nuit...
- C'est une probabilité.
- Vous y allez seul ?
- Oui.
- Et où est-ce que vous allez vous cacher ?
- Sur cette petite colline qu'il y a...
- Oui, j'ai compris.
Une autre pause.
- Ben, bonne chance et bonne nuit quand même.
- Vous de même.
Enfin, elle avait tiliphoné ! Mieux que rin. il se dirigea vers la voiture en chantonnant Guarda come dondolo."

Andrea Camilleri, Le Sourire d'Angelica, traduction Serge Quadruppani




Et on n'oubliera pas que ce Guarda come dondolo (dont les arrangements sont signés Ennio Morricone), figure sur la bande originale du Fanfaron, et qu'il y est même à l'honneur dans la bande-annonce.
Camilleri, Risi, avec eux aussi, même en automne, tout à coup le printemps est là...



samedi 28 mars 2015

Or, noir, et bleu



Après que tu as fait dans quelque lieu d'espoir
Cette belle moisson de mots d'or et de noir
Que les larmes de sang - celles de Roy Batty ?
De ces funestes mars ont épousé la pluie
Marcher dans Paris
Marcher dans le soir
Marcher dans le bleu
Going home





dimanche 8 mars 2015

Encore des mots



"Paroles, paroles, paroles, comme disait la chanson que chantait autrefois Mina."
Andrea Camilleri, La Chasse au trésor


vendredi 21 février 2014

Lire les vacances, ailleurs



Et puisque c’est Claude Moine qui était au micro de la bande originale du film de Tavernier, on ne va pas se priver du plaisir de l’écouter chanter les charmes de l’ailleurs... : ici

mardi 19 novembre 2013

Une belle soirée


C'était en février dernier. Il faisait froid et il tombait des cordes. Mais qu'importe puisque la Librairie Charybde recevait Serge Quadruppani, et rue de Charenton cette soirée-là fut ensoleillée et chaleureuse comme l'Italie, comme la Sicile.
Avec Hugues, le libraire, on a lu à deux voix des extraits des trois derniers romans de Serge Quadruppani, qui mettent en scène la ô combien savoureuse, râleuse, rusée, gourmande, charmeuse, sensuelle commissaire Simona Tavianello à la crinière vieil ivoire, aux prises avec les collusions de l'argent et du pouvoir sous toutes leurs formes - la mafia, les services secrets, l'industrie agroalimentaire, les journalistes télé véreux...
On a lu aussi un extrait d'Un été ardent, un des plus beaux et émouvants romans de la série des Montalbano du maestro Andrea Camilleri, dont Serge Quadruppani est le génial traducteur - et auquel il rend hommage à plusieurs reprises dans la série des Simona Tavianello, notamment en le faisant apparaître en personne dans Saturne.
Puis la discussion s'est engagée entre le public et Serge, qui a répondu aux questions avec humour, malice et gentillesse. Il a notamment expliqué la genèse du personnage de Simona, a dit l'utilité, dans chaque livre de la série, de l'âne, du chien, du chat et du lapin, a raconté une belle anecdote sur Camilleri et Sciascia. On a aussi un peu débattu de problèmes cruciaux comme de savoir si Livia, l'éternelle fiancée de Montalbano, était insupportable ou pas...
Et pour terminer cette belle soirée, comme quoi l'amour de l'Italie ne rend pas sectaire, on est allés manger... chinois !


« Le lieutenant Licata tarda un peu à se mettre debout. La commissaire lui adressa un sourire qu'elle voulait amical, mais craignant qu'il y voie de la moquerie pour le rôle secondaire auquel on l'assignait, elle reprit aussitôt une expression neutre. Celle du patron des services d'information était toujours aussi peu déchiffrable.
On échangea des poignées de main.
Et seul un narrateur omniscient, mal venu dans une époque postmoderne, aurait pu nous faire savoir qu'en serrant dans sa grande main énergique et manucurée les cinq doigts dodus de la commissaire, Febbraro pensa "Sale pouffiasse rouge, on va te niquer la gueule" tandis que Simona songeait "Fasciste de merde, tu crois que je ne te vois pas venir ?" » 
Saturne

mardi 6 août 2013

Un pont sur la Loire

"- Merde ! maugréa le capitaine Rollet, abrité derrière le parapet du pont.
Réserviste de quarante-quatre ans, fonctionnaire au ministère des Finances, père de famille et socialiste, il se demandait encore pourquoi il avait accepté de défendre ces ponts. Peut-être les regards curieux, voire amusés, des soldats sénégalais creusant le fossé antichar et prêts à se battre pour un pays qui n'était pas le leur, peut-être ces regards pesèrent-ils lourds dans sa décision, suscitant chez le capitaine une honte diffuse."

"Le sergent-chef Henri Dragance était âgé de cinquante-deux ans. Grand, mince, de larges épaules, le front haut et dégarni, les cheveux gris, le visage osseux et tourmenté, il ne manquait cependant pas de charme, et le savait parfaitement. Dans le civil c'était un romancier relativement connu, soutenu par son éditeur, Gaston Gallimard, qui semblait l'estimer. Pourtant, il n'avait jamais rencontré de grand succès mais avait conquis un public fidèle et non conformiste, roman après roman. Soldat dans l'artillerie en 1914-1918, il avait été nommé lieutenant mais cassé de son grade pour avoir giflé son colonel qui avait donné l'ordre de tirer au canon sur des soldats mutinés en 1917."

"Ils n'avaient pas d'âge, probablement entre quarante et cinquante ans. Pas d'allure. Pas de style. des petits bourgeois frileux, contrariés, hargneux, déjà avant que ne fût échangée une parole.
Le maire, Ferdinand Labarthe - entrepreneur de pompes funèbres-, se présenta puis en fit autant pour les deux hommes qui l'accompagnaient :
- Pierre Haudrusse, premier adjoint, pharmacien. Gaston Gollety, avocat au barreau d'Orléans, conseiller municipal.
Dragance, qui se limait les ongles avec soin, répondit sans même lever la tête :
- Un emballeur de refroidis, un potard et un bavard : la sainte trinité des culs-de-plomb."

Frédéric H. Fajardie, Un pont sur la Loire

Comme d'habitude, un bonheur de lecture. Du Fajardie, quoi.