« Camarades, aujourd’hui est mort un de mes amis. Il
est mort parce qu’il avait depuis longtemps renoncé à la vie. C’est de cela que
je désire vous parler. De la vie. Pas de la mort. La plus commune aspiration de
tous les hommes, sanctionnée même dans le texte de certaines constitutions, est
la recherche du bonheur... »
"- Pourquoi haletez-vous ?
- J'ai fait un peu de jogging.
- J'ai appelé au commissariat et on m'a gentiment donné votre numéro privé.
Pause.
- Je voulais seulement vous souhaiter bonne nuit.
Tout à coup, le printemps était là.
Des petites marguerites poussèrent dans les interstices entre les carreaux du sol.
Deux hirondelles vinrent se poser sur la bibliothèque. Elle gazouillèrent, si les hirondelles gazouillent.
- Merci. Mais malheureusement, ça ne va pas être une bonne nuit.
Pourquoi le dit-il ?
Il voulait se faire plaindre ou apparaître à ses yeux en guerrier, comme Roland ?
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je dois surveiller la villa des Sciortino.
- Je sais où c'est. Vous pensez que les voleurs, cette nuit...
- C'est une probabilité.
- Vous y allez seul ?
- Oui.
- Et où est-ce que vous allez vous cacher ?
- Sur cette petite colline qu'il y a...
- Oui, j'ai compris.
Une autre pause.
- Ben, bonne chance et bonne nuit quand même.
- Vous de même.
Enfin, elle avait tiliphoné ! Mieux que rin. il se dirigea vers la voiture en chantonnant Guarda come dondolo."
Andrea Camilleri, Le Sourire d'Angelica, traduction Serge Quadruppani
Et on n'oubliera pas que ce Guarda come dondolo (dont les arrangements sont signés Ennio Morricone), figure sur la bande originaledu Fanfaron, et qu'il y est même à l'honneur dans la bande-annonce.
Camilleri, Risi, avec eux aussi, même en automne, tout à coup le printemps est là...
« Mais là, nous nous éloignons du plaisir, c’est-à-dire
de la vitesse considérée comme un plaisir, ce qui est finalement la meilleure
définition. Disons-le tout de suite comme Morand, comme Proust, comme Dumas, ce
n’est pas un plaisir trouble, ni diffus, ni honteux. C’est un plaisir précis,
exultant et presque serein d’aller trop vite, au-dessus de la sécurité d’une
voiture et de la route qu’elle parcourt, au-dessus de sa tenue au sol,
au-dessus de ses propres réflexes, peut-être. Et disons aussi que ce n’est pas,
justement, une sorte de gageure avec soi-même dont il s’agit, ni d’un défi
imbécile à son propre talent, ce n’est pas un championnat entre soi et soi, ce
n’est pas une victoire sur un handicap personnel, c’est plutôt une sorte de
pari allègre entre la chance pure et soi-même. Quand on va vite, il y a un
moment où tout se met à flotter dans cette pirogue de fer où l’on atteint le
haut de la lame, le haut de la vague, et où l’on espère retomber du bon côté grâce
au courant plus que grâce à son adresse. Le goût de la vitesse n’a rien à voir
avec le sport. De même qu’elle rejoint le jeu, le hasard, la vitesse rejoint le
bonheur de vivre et, par conséquent, le confus espoir de mourir qui traîne toujours
dans ledit bonheur de vivre. C’est là tout ce que je crois vrai, finalement :
la vitesse n’est ni un signe, ni une preuve, ni une provocation, ni un défi,
mais un élan de bonheur. »
« Ce n’est pas une histoire de cécité, mais de solitude. »
Vittorio Gassman, à propos de Parfum de femme (Profumo di donna) de Dino Risi, pour lequel il a obtenu le Prix d'interprétation masculine à Cannes en 1975
Et comme le fait subtilement remarquer Jean-Louis Bory dans Le Masque et la Plume du 5 octobre 1975, on passe dans le film de "Odore di femina" à "Profume di donna".