Adriana Ivancich, qui a inspiré le personnage de Renata
"-
Je comprends, dit le Gran Maestro, et, en regardant Renata, son cœur
se retourna d'un saut, comme un marsouin dans la mer. C'est un mouvement
plein de beauté, et très rares en ce monde sont les êtres capables de
l'éprouver et de l'accomplir."
Ernest Hemingway, Au-delà du fleuve et sous les arbres
Sur les traces de Nanni Moretti, à la Garbatella, cet ancien quartier ouvrier de Rome,
excentré, vert et calme, qu’il parcourt à vespa un dimanche d’août dans Caro
Diario. Certes, la saison n’est pas la même, et 25 ans plus tard, la
Piazza Sauli a un peu changé, un terre-plein central empêchant de
prendre la pose en vespa exactement au même endroit pour une photo clin
d’œil en hommage au « splendide quadragénaire », tel que Nanni Moretti se
définissait dans ce film... Mais l’esprit y est !
* * *
Un peu plus tard, Via Appia, on rencontrera une créature bizarre issue du croisement entre un Nanni M. et une Audrey H.
À l’ancienne centrale thermique Montemartini reconvertie en musée, les
divinités antiques côtoient les machines industrielles, juxtaposition
judicieuse et fort réussie de deux époques, de deux mondes.
Athéna
Dionysos barbu, provenant de l'atelier de Praxitèle
Pothos, fils d'Aphrodite et frère d'Eros, incarnation du désir nostalgique
Onzième commandement - A Paris sous la pluie, et partout dans le gris, des crépuscules romains te souviendras.
"Le Colysée offre trois ou quatre points de vue tout à fait différents. […] Ce qui m'en touche le plus, c'est ce ciel d'un bleu si pur que l'on aperçoit à travers les fenêtres du haut de l’édifice vers le nord."
Stendhal, Promenades dans Rome
"De la table où j'écris je vois les trois quarts de
Rome ; et, en face de moi, de l'autre côté de la ville, s'élève majestueusement la
coupole de Saint-Pierre. Le soir, lorsque le soleil se couche, je l'aperçois à
travers les fenêtres de Saint-Pierre, et, une demi-heure après, ce dôme
admirable se dessine sur cette teinte si pure d'un crépuscule orangé surmonté
au haut du ciel de quelque étoile qui commence à paraître.
Rien sur la terre ne peut être comparé à cela. L'âme
est attendrie et élevée, une félicité tranquille la pénètre tout entière."
Stendhal, Promenades dans Rome
"A
ce lieu se rattache toute l'histoire du monde et je compte comme un
second jour de naissance, une véritable renaissance le jour où je suis
arrivé à Rome." Goethe, Voyage en Italie
Rencontre (1) - Impérial, comme il se doit
Ponte Sisto - Impressions nocturnes, comme une radiographie du passé
Chez Nanni
Rencontre(2) - Les mauvais garçons de l'Aventin
Ciao, Antonio ! Avec Gianni et Nicola, vous
vouliez changer le monde, sans doute est-ce le monde qui vous a
changés, mais que de bonheurs et d'émotions vous nous avez donnés...
A toi, cher Flâneur des deux rives...
Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon Voilà, je n'ai pas vu de néflier du Japon, mais Guillaume j'y suis, à l'endroit même où tu es né.
"En nous adaptant à l'époque dans laquelle nous vivons, ou en reniant de vieux sentiments pour en accepter de nouveaux, sommes-nous pires ou meilleurs ? N'aurions-nous pas simplement oublié de prendre soin de nous-mêmes" ?
On pourra lire ces phrases dans le recueil Je commence à comprendre, ensemble de courts textes, réflexions, aphorismes d'Antonioni, traduit et préfacé par Jean-Pierre Ferrini.
Et bien sûr, à lire ce recueil et à regarder cette photo de L'Eclipse, on ne peut pas ne pas penser aussi à la sublime phrase d'Antonioni à propos de La Notte, citée dans Un voyage en Italie de Jean-Pierre Ferrini (chez arlea également) et déjà évoquée ici :
"Au
fond, il faut protéger nos sentiments avec beaucoup de soin, car les
sentiments qu'une femme et un homme réussissent à éprouver l'un envers
l'autre sont des choses auxquelles il est vraiment nécessaire de
s'accrocher pour rester en vie aujourd'hui."
13 mars. 13 ans. Déjà. Et c'est encore une fois en Italie que je voudrais t'emmener, comme tu m'y as si souvent emmenée. Avec les magnifiques photos de Bernard Plossu, que j'ai vues l'année dernière à la Maison Européenne de la Photographie. Les regarder, c'est encore voyager. Tu aurais aimé.
"Toute mon enfance, j’ai entendu ma mère parler de nos origines
italiennes, j’entendais les noms de tante Dina et de Nana, mon arrière
grand-mère. Puis un jour, au début des années 1970, je suis parti à
Naples, à Rome et à Pompéi sous une pluie torrentielle : c’était
magnifique. (…)
Ile de Capraia, 2014
Tout m’attire, et je photographie partout, à pied,
en auto, en train, les paysages, les gens, les ambiances,
l’architecture, le présent, le passé, le futur, la poésie… (…)
Spilimbergo, 2008
Je suis hanté par Carlo Carra,
Campigli, Morandi, et aussi Véronèse, Giotto, Piero della Francesca,
par Carlo Emilio Gadda, Rosetta Loy, Giuseppe Bonaviri, Andrea
Camilleri, par les souvenirs des films que je voyais dans les années
1960, comme les dernières minutes de L'Éclipse, ou La Nuit d’Antonioni, ou tous les Dino Risi, et La Strada, la liste est sans
fin."
Bernard Plossu
Lucca, 2009
Et comme un voyage en Italie ne saurait être parfait sans un peu de musique, souviens-toi avec moi de Giovanna Marini, dont nous avions vu un spectacle à la fin des années 70 au Théâtre Maxime Gorki de Petit-Quevilly. Je ne peux plus depuis écouter Bella Ciao sans frissonner.
"Alberto Moravia : Comment est votre façon de marcher ?
Claudia Cardinale : On dit que je marche un peu comme un mannequin.
A.M. : Qu'est-ce que ça signifie ?
C.C. : Sans bouger les hanches, sans chalouper, toute droite et immobile.
A.M. : C'est peut-être vrai, mais à vous regarder, on ne peut s'empêcher de se rappeler certains vers de Baudelaire de son poème "Le beau navire". Vous vous les rappelez ?
C.C. : Non, pas à l'instant.
A.M. :
"Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses, Ta tête se pavane avec d'étranges grâces ; D'un air placide et triomphant Tu passes ton chemin, majestueuse enfant."
Vous aimez ?
C.C. : Oui.
A.M. : Ou l'on pourrait citer aussi cette autre strophe d'un poème intitulé "Les serpent qui danse" "Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse D’un jeune éléphant"
Ces deux citations nous ramènent à une vision plus générale de votre personne. Après l'examen des détails, il faudrait maintenant aborder une définition plus globale. Quelle est, selon vous, la caractéristique principale de votre beauté ? Et avant tout, pensez-vous être belle ?
C.C. : Je ne sais pas si je suis vraiment belle. Je crois que je suis étrange.
A.M. : En quoi consiste cette étrangeté ?
C.C. : Je ne saurais pas dire. Je sais seulement que j'ai l'impression d'être étrange."
"Adieu... je vous écrirai... Vous aussi, n’est-ce pas ? J’attends de vos
nouvelles... Une carte postale de temps à autre... Comme adresse : Lupin,
Paris... C’est suffisant... Inutile d’affranchir..."