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mercredi 13 mars 2019

Ton pays



"Il franchit le sommet du col et fonça vers la vallée. Quand il déboucha des sapinières le pays de La Javie se déploya tout entier devant ses yeux. En dépit du vent et de la lune, il était confiné sous un plafond de nuages qui lui faisait un couvercle couleur de soupe au charbon. Les lumières des villages et le halo de Digne au lointain coupaient ce couvercle au ras des forêts et, sous cette ombre maléfique, la clarté de la lune malgré tout faisait briller les roubines et les fermes ruinées.
L'inconnu traversa La Javie au moment où sonnaient deux heures au clocher sous les marronniers. Il croisa une ombre active : c'était un geindre en tricot de corps qui lavait des plaques à croissants à l'un des canons de la fontaine. Penché sur son travail, il n'accorda pas un regard au passant attardé.
Là-bas, de l'autre côté de la rue, par la porte ouverte de la boulangerie, le parfum du pain était porté par l'air sur plus de cent mètres de route. Et cet élément aussi était de nature à persuader le personnage de retourner à sa quiétude. Il le sentit encore autour de lui, quand il s'engagea sur cette route incertaine, moitié torrent moitié chemin, qui conduisait au pays de Chavailles. Mais le vent trop propice lui apportait déjà la présence de ce vallon où peut-être enfin il espérait inventer le fallacieux orient de sa vie.
Que chuchotait-elle donc la Bléone frôlant la chaussée et roulant sur ses agrégats ?
« Le monde serait si beau s'il n'y avait pas les hommes. »"

Pierre Magnan, Les courriers de la mort (Éditions Denoël, 1986 - Éditions Gallimard, collection Folio policier, 1999)


Spéciale dédicace à celui qui est né dans ce petit village des Alpes de quelques trois cents âmes un jour d'août 1938, et qui s'en est allé un 13 mars, il y a seize ans déjà.


Et c'est dans mes souvenirs d'enfance, la litanie des noms de villages et de hameaux aux sources de la famille paternelle. Autour de la Javie : Chaudol, Saint-Pierre, Marcoux, Le Brusquet, Le Mousteiret...
Et les noms de rivières : la Bléone, l'Arigeol, le Bouinenc et son pont métallique sonore sur la route de Digne qui me plaisait tant paraît-il quand j'étais une toute petite fille...


Et ces lieux un peu mystérieux dans mon imaginaire comme cette ancienne commune de Mariaud perdue dans la montagne, aujourd'hui village fantôme, un peu mystérieux car je cherche toujours à comprendre l'origine de l'expression "faire une fougasse de Mariaux" (la fougasse n'étant pas ici une sorte de pain, mais un jeu de cour de récréation)... Mais cette expression existe-t-elle ailleurs que dans ma famille ?

* * *

De ce pays rude de La Javie, ton pays donc, berceau familial, naissance et mariage, je promets d'autres photos, d'autres souvenirs.
Je pense à toi.

mardi 13 mars 2018

15 ans


Tant qu'il y aura de la lumière

Quel temps fait-il chez les gentils de l'au-delà ?
Spéciale dédicace à celui qui adorait l'accordéon, Brassens et Renaud





mardi 5 septembre 2017

Marcel Thiry, 13 mars 1897 - 5 septembre 1977


La Serena, juillet 2017

in Usine à penser des choses tristes,
extrait de l'anthologie Tous les grands ports ont des jardins zoologiques
(collection La petite vermillon, Éditions La Table Ronde)

5 septembre 1977, cela fait donc 40 ans aujourd’hui que le poète belge Marcel Thiry a disparu.
Que faisais-je le 5 septembre 1977 ? Rentrée de 4ème, Rouen, collège Fontenelle...
Marcel Thiry, mort à 80 ans, était né un 13 mars, jour où il y a 14 ans déjà une personne qui m’était très chère s’éteignait.
Les dates, toujours les dates...

lundi 13 mars 2017

La voix d'or (2) - Dédicace spéciale



Elle est ratée, cette photo. On ne voit même pas son visage. Et pourtant...
Et pourtant, je n'ai pas essayé de faire mieux. Pas besoin. Parce que la voix, la présence, la prestance magnifique du petit grand homme suffisaient à remplir l'espace, le cœur et les futurs souvenirs.
En rappel, il vient de réciter un ultime poème, Le Déserteur de Boris Vian, avec sa fin originelle :
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer.
Magistral.
C'était Jean-Louis Trintignant, mardi dernier, à la salle Pleyel. 


Il était entouré de cinq excellents musiciens, la formation de Daniel Mille (trois violoncelles, une contrebasse et un accordéon). Une heure et demie de poésie sublimée par la voix d'or de Trintignant et la musique d'Astor Piazzolla, mots et notes mêlés de façon sobre, sensuelle, émouvante, élégante, intense.
Il fut bien sûr beaucoup question d'amour, et de mort aussi, la mélancolie en trait d'union. Jacques Prévert était à l'honneur, ainsi que, entre autres, Robert Desnos, Boris Vian, Guillaume Apollinaire, Raymond Carver, et aussi Gaston Miron, que je ne connaissais pas, avec une bouleversante Marche à l'amour :

Tu as les yeux pers des champs de rosées
Tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
La douceur du fond des brises au mois de mai [...]

D'Apollinaire ce fut la Scène nocturne du 22 avril 1915 (in Poèmes à Lou) :

Mon ptit Lou adoré Je voudrais mourir un jour que tu m’aimes
Je voudrais être beau pour que tu m’aimes
Je voudrais être fort pour que tu m’aimes
Je voudrais être jeune jeune pour que tu m’aimes
[...]


De Desnos, Aujourd'hui je me suis promené (in État de veille) :

Aujourd’hui je me suis promené avec mon camarade,
Même s’il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.

Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.
Avec mon camarade je me suis promené [...]

enchaîné, en écho, avec l'hommage rendu par Prévert :

Aujourd'hui

comme en 1925 comme en 1936 comme en 1943 dans la rue
Dauphine quand il allait chercher à manger pour ses chats de la rue
Mazarine avant d'être cravaté emporté déporté

tué

par la guerre la police la vacherie le typhus

je me suis promené avec
Robert
Desnos

oui je me suis promené avec lui
[...]



Une grande soirée. Merci Jean-Louis Trintignant. C'était bien.

* * *

Caro Papa, je te dédie ces quelques lignes, et ma soirée du 7 mars. Car tu aurais aimé, toi aussi, être là, j'en suis sûre. Tu adorais l'accordéon, Piazzolla, le tango. Tu aimais Vian, Prévert, d'ailleurs dans ma bibliothèque, ces traces très présentes de tes lectures de jeune homme...



Et puis Trintignant aussi, évidemment, tu l'aimais. Le Fanfaron, Le Conformiste, tu te souviens ? Trintignant, c'est ta génération, et si tu n'étais pas parti ce 13 mars, il y a quatorze ans, tu aurais à peu près son âge, à peine quelques années de moins. Alors, mardi soir, c'était aussi un peu toi que je regardais, que j'écoutais...



Jardin des Plantes (à quatre pas de ta maison), 12 mars 2017.
Comme il y a quatorze ans, un temps de printemps.
Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.

dimanche 13 mars 2016

13 ans


Ile de Ventotene, 2010

13 mars. 13 ans. Déjà. Et c'est encore une fois en Italie que je voudrais t'emmener, comme tu m'y as si souvent emmenée. Avec les magnifiques photos de Bernard Plossu, que j'ai vues l'année dernière à la Maison Européenne de la Photographie. Les regarder, c'est encore voyager. Tu aurais aimé.



"Toute mon enfance, j’ai entendu ma mère parler de nos origines italiennes, j’entendais les noms de tante Dina et de Nana, mon arrière grand-mère. Puis un jour, au début des années 1970, je suis parti à Naples, à Rome et à Pompéi sous une pluie torrentielle : c’était magnifique. (…)

Ile de Capraia, 2014
 
Tout m’attire, et je photographie partout, à pied, en auto, en train, les paysages, les gens, les ambiances, l’architecture, le présent, le passé, le futur, la poésie… (…)

Spilimbergo, 2008

Je suis hanté par Carlo Carra, Campigli, Morandi, et aussi Véronèse, Giotto, Piero della Francesca, par Carlo Emilio Gadda, Rosetta Loy, Giuseppe Bonaviri, Andrea Camilleri, par les souvenirs des films que je voyais dans les années 1960, comme les dernières minutes de L'Éclipse, ou La Nuit d’Antonioni, ou tous les Dino Risi, et La Strada, la liste est sans fin."

Bernard Plossu

Lucca, 2009

Et comme un voyage en Italie ne saurait être parfait sans un peu de musique, souviens-toi avec moi de Giovanna Marini, dont nous avions vu un spectacle à la fin des années 70 au Théâtre Maxime Gorki de Petit-Quevilly. Je ne peux plus depuis écouter Bella Ciao sans frissonner.


vendredi 13 mars 2015

Jeudi 13

Autoportrait avec Andrea Camilleri, à la belle exposition
L'Italie de Bernard Plossu, Maison Européenne de la Photographie


En 2003, le 13 mars était un jeudi.
Spéciale dédicace à mon papa, parti en un jour de presque printemps. Il adorait, entre autres, l'Italie et Louis Armstrong.

Villa Adriana, Rome

"Il regardait les étoiles, attiré pour la première fois par la spéculation difficile d'imaginer les différences dans le temps que comportait leur scintillation simultanée. Il pensa que la brise du Pacifique devait être douce à quatre heures de l'après-midi, après la traversée torride du désert des Mohaves. Puis, sans rapport et sans qu'il sût par quelle saute d'idée, il se rappela ce qu'on lui avait dit ou qu'il avait lu, qu'il y avait des étoiles mortes dont on continuait et dont on continuerait longtemps à recevoir la lumière."
Marcel Thiry, Distances, dans Nouvelles du grand possible



jeudi 13 mars 2014

13 mars


Onze ans aujourd'hui que.

La générosité, la tolérance, l’ouverture d'esprit, l'exigence envers soi.
La foi inébranlable en l'Ecole de la République.
Le goût des voyages.
L'amour des livres.
L'amour de l'Italie.
Cher Papa Nous nous sommes tant aimés Mes chers amis Pain et chocolat La plus belle soirée de ma vie L'argent de la vieille (on s'était même mis, après avoir vu le film, au Gaumont de la rue de la République, à jouer au Scopone scientifico !) Parfum de femme Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon
Louis Armstrong, Fats Domino, les chansons napolitaines.
Bella ciao

Se souvenir, remercier, continuer, transmettre à mon tour.

 * * *

On dit qu'il y fait toujours beau 
C'est là que migrent les oiseaux 
On dit ça de l'autre bout du monde.

J'avance seule dans le brouillard
C'est décidé, ça y est je pars
Je m'en vais à l'autre bout du monde. 

J'arrive sur les berges d'une rivière,
Une voix m'appelle, puis se perd
C'est ta voix, à l'autre bout du monde. 

Ta voix qui me dit, mon trésor 
Tout ce temps, je n'étais pas mort
Je vivais à l'autre l'autre bout du monde.

Sur la rivière, il pleut de l'or 
Entre mes bras, je serre ton corps 
Tu es là, à l'autre bout du monde. 
Je te rejoins, quand je m'endors 
Mais je veux te revoir encore 
Où est-il l'autre bout du monde ?

Emily Loizeau