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lundi 11 septembre 2017

Pluie sur Santiago




Il a plu sur Santiago, ce 13 juillet 2017, comme 43 ans, 10 mois et 2 jours auparavant, un certain 11 septembre 1973. Moments indispensables autour de la Moneda, tout comme au passionnant et très émouvant Musée de la Mémoire, consacré au coup d'état et aux sombres années de dictature qui ont suivi.





lundi 13 mars 2017

La voix d'or (2) - Dédicace spéciale



Elle est ratée, cette photo. On ne voit même pas son visage. Et pourtant...
Et pourtant, je n'ai pas essayé de faire mieux. Pas besoin. Parce que la voix, la présence, la prestance magnifique du petit grand homme suffisaient à remplir l'espace, le cœur et les futurs souvenirs.
En rappel, il vient de réciter un ultime poème, Le Déserteur de Boris Vian, avec sa fin originelle :
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer.
Magistral.
C'était Jean-Louis Trintignant, mardi dernier, à la salle Pleyel. 


Il était entouré de cinq excellents musiciens, la formation de Daniel Mille (trois violoncelles, une contrebasse et un accordéon). Une heure et demie de poésie sublimée par la voix d'or de Trintignant et la musique d'Astor Piazzolla, mots et notes mêlés de façon sobre, sensuelle, émouvante, élégante, intense.
Il fut bien sûr beaucoup question d'amour, et de mort aussi, la mélancolie en trait d'union. Jacques Prévert était à l'honneur, ainsi que, entre autres, Robert Desnos, Boris Vian, Guillaume Apollinaire, Raymond Carver, et aussi Gaston Miron, que je ne connaissais pas, avec une bouleversante Marche à l'amour :

Tu as les yeux pers des champs de rosées
Tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
La douceur du fond des brises au mois de mai [...]

D'Apollinaire ce fut la Scène nocturne du 22 avril 1915 (in Poèmes à Lou) :

Mon ptit Lou adoré Je voudrais mourir un jour que tu m’aimes
Je voudrais être beau pour que tu m’aimes
Je voudrais être fort pour que tu m’aimes
Je voudrais être jeune jeune pour que tu m’aimes
[...]


De Desnos, Aujourd'hui je me suis promené (in État de veille) :

Aujourd’hui je me suis promené avec mon camarade,
Même s’il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.

Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.
Avec mon camarade je me suis promené [...]

enchaîné, en écho, avec l'hommage rendu par Prévert :

Aujourd'hui

comme en 1925 comme en 1936 comme en 1943 dans la rue
Dauphine quand il allait chercher à manger pour ses chats de la rue
Mazarine avant d'être cravaté emporté déporté

tué

par la guerre la police la vacherie le typhus

je me suis promené avec
Robert
Desnos

oui je me suis promené avec lui
[...]



Une grande soirée. Merci Jean-Louis Trintignant. C'était bien.

* * *

Caro Papa, je te dédie ces quelques lignes, et ma soirée du 7 mars. Car tu aurais aimé, toi aussi, être là, j'en suis sûre. Tu adorais l'accordéon, Piazzolla, le tango. Tu aimais Vian, Prévert, d'ailleurs dans ma bibliothèque, ces traces très présentes de tes lectures de jeune homme...



Et puis Trintignant aussi, évidemment, tu l'aimais. Le Fanfaron, Le Conformiste, tu te souviens ? Trintignant, c'est ta génération, et si tu n'étais pas parti ce 13 mars, il y a quatorze ans, tu aurais à peu près son âge, à peine quelques années de moins. Alors, mardi soir, c'était aussi un peu toi que je regardais, que j'écoutais...



Jardin des Plantes (à quatre pas de ta maison), 12 mars 2017.
Comme il y a quatorze ans, un temps de printemps.
Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.

mercredi 6 janvier 2016

Comme une armée de vaincus




"Ils étaient face à face, assis dans le lit, nus. Il tenait toujours son visage, l'air scrutateur et ils se souriaient. Il avait les épaules très larges, osseuses, et elle échappa à sa main, appuya sa joue sur le torse d'Antoine. Elle entendait son cœur battre très fort, aussi fort que le sien.
« Ton cœur bat très fort, dit-elle. C'est la fatigue ?
- Non, dit Antoine, c'est la chamade.
- Qu'est-ce que c'est exactement que la chamade ?
- Tu regarderas dans le dictionnaire. Je n’ai pas le temps de t'expliquer maintenant.»"

[...]

"Ils se revirent deux ans plus tard, chez Claire Santré. Lucile avait finalement épousé Charles ; Antoine était devenu directeur d'un nouveau groupe d'éditions, et c'était à ce titre qu'il était invité. Ses affaires l'absorbaient beaucoup et il avait un peu tendance à s'écouter parler. Lucile avait toujours du charme, son air heureux et un jeune Anglais, nommé Soames, lui souriait beaucoup. Antoine se trouva près d'elle à table, soit le hasard, soit une malice ultime de Claire et ils parlèrent posément de littérature.
« D'où vient l'expression « la chamade », demanda le jeune Anglais à l'autre bout de la table.
- D'après le Littré, c'était un roulement joué par les tambours pour annoncer la défaite, dit un érudit.
- C'est follement poétique, s'écria Claire Santré en joignant les mains. Je sais que vous possédez plus de mots que nous, mon cher Soames, mais vous m'avouerez que, pour la poésie, la France reste la reine.»
Antoine et Lucile étaient à un mètre l'un de l'autre. Mais, de même que la chamade ne leur rappelait plus rien, la déclaration de Claire ne leur donna plus le moindre fou rire."

Françoise Sagan, La Chamade

* * * 

On trouvera en effet des définitions similaires du mot chamade dans d'autres dictionnaires :
- Appel de trompettes et de tambours par lequel des assiégés informaient les assiégeants qu'ils voulaient capituler (Petit Robert)
- Dans une ville assiégée, batterie de tambour ou sonnerie qui annonçait l'intention de capituler (Larousse)




Comme une armée de vaincus
L'ensemble sombre de mes gestes
Fait un vaisseau du temps perdu
Dans la mer morte qui me reste

Mon cœur volcan devenu vieux
Bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux
Coule dans mes veines malades