Affichage des articles dont le libellé est deneuve. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est deneuve. Afficher tous les articles

mercredi 6 janvier 2016

Comme une armée de vaincus




"Ils étaient face à face, assis dans le lit, nus. Il tenait toujours son visage, l'air scrutateur et ils se souriaient. Il avait les épaules très larges, osseuses, et elle échappa à sa main, appuya sa joue sur le torse d'Antoine. Elle entendait son cœur battre très fort, aussi fort que le sien.
« Ton cœur bat très fort, dit-elle. C'est la fatigue ?
- Non, dit Antoine, c'est la chamade.
- Qu'est-ce que c'est exactement que la chamade ?
- Tu regarderas dans le dictionnaire. Je n’ai pas le temps de t'expliquer maintenant.»"

[...]

"Ils se revirent deux ans plus tard, chez Claire Santré. Lucile avait finalement épousé Charles ; Antoine était devenu directeur d'un nouveau groupe d'éditions, et c'était à ce titre qu'il était invité. Ses affaires l'absorbaient beaucoup et il avait un peu tendance à s'écouter parler. Lucile avait toujours du charme, son air heureux et un jeune Anglais, nommé Soames, lui souriait beaucoup. Antoine se trouva près d'elle à table, soit le hasard, soit une malice ultime de Claire et ils parlèrent posément de littérature.
« D'où vient l'expression « la chamade », demanda le jeune Anglais à l'autre bout de la table.
- D'après le Littré, c'était un roulement joué par les tambours pour annoncer la défaite, dit un érudit.
- C'est follement poétique, s'écria Claire Santré en joignant les mains. Je sais que vous possédez plus de mots que nous, mon cher Soames, mais vous m'avouerez que, pour la poésie, la France reste la reine.»
Antoine et Lucile étaient à un mètre l'un de l'autre. Mais, de même que la chamade ne leur rappelait plus rien, la déclaration de Claire ne leur donna plus le moindre fou rire."

Françoise Sagan, La Chamade

* * * 

On trouvera en effet des définitions similaires du mot chamade dans d'autres dictionnaires :
- Appel de trompettes et de tambours par lequel des assiégés informaient les assiégeants qu'ils voulaient capituler (Petit Robert)
- Dans une ville assiégée, batterie de tambour ou sonnerie qui annonçait l'intention de capituler (Larousse)




Comme une armée de vaincus
L'ensemble sombre de mes gestes
Fait un vaisseau du temps perdu
Dans la mer morte qui me reste

Mon cœur volcan devenu vieux
Bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux
Coule dans mes veines malades

jeudi 27 août 2015

Le jour où...(17) - Eté 1969, été 2015



Le jour où, dans l'aimable et foisonnante malle aux trésors de la Librairie Entropie, j'ai vu, au hasard d'un recoin, cette revue qui semblait discrètement et sagement n'attendre qu'une seule chose depuis 46 étés, que je la trouve, je n'ai pas pu, évidemment, ne pas l'acheter.

samedi 31 août 2013

Le mauvais garçon et la jeune fille effarouchée

Dans La Sirène du Mississipi, film splendide et bouleversant de François Truffaut adapté de Waltz into Darkness, de William Irish, Belmondo est magnifique et émouvant dans le rôle à contre-emploi de Louis Mahé, lui qui incarnait à l'époque la "virilité rigolarde et flamboyante". (Jean-Marc Lalanne) 
"Catherine Deneuve était un mauvais garçon, un voyou qui en avait vu de toutes les couleurs, et Jean-Paul Belmondo, une jeune fille effarouchée qui attend tout de son mariage." (F. Truffaut, 1975)
"Les films américains n'ont jamais été meilleurs que lorsque James Stewart s'y accouplait avec Katherine Hepburn, Cary Grant avec Grace Kelly, Bogart avec Bacall. Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux." (F. Truffaut, 1968, lettre à C. Deneuve).
C'est dans ce film de 1969 que seront échangées pour la première fois, entre Marion-Deneuve et Louis-Belmondo, ces répliques sublimes et éternelles, lors de la scène finale :
- Tu es si belle, quand je te regarde, c'est une souffrance. 
- Pourtant, hier tu disais que c'était une joie. 
- C'est une joie et une souffrance. 

Onze ans plus tard, dans Le dernier métro, en une autocitation aux effets de miroir, c'est entre Marion-Deneuve, toujours, et Bernard-Depardieu qu'au cours d'une représentation théâtrale seront prononcées presque mot pour mot les mêmes répliques : 

- Tu es belle, Héléna, si belle que te regarder est une souffrance.
- Hier vous disiez que c'était une joie.
- C'est une joie... et une souffrance. 

Déclaration d'amour immuable d'un réalisateur à son actrice.