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lundi 25 février 2019

L'ultime destination



"Je me rappelle comme si c'était hier le moment où j'ai refermé la porte. Le souvenir de Baba et mon sac étaient mes seuls bagages. Je n'avais aucun endroit où aller. Je me souviens m'être demandé s'il était possible qu'une route ne finisse jamais. Alors j'ai décidé de commencer ainsi. Voir jusqu'où la route irait. Cela me semblait un bon début."


"Nous marchons pendant des heures et des heures, frappés par le couvercle en fonte du ciel. Et puis, au détour d'un chemin, nous la voyons. La mer a son manteau de cobalt et le soleil fait rôtir sa cuirasse étoilée. Nous savons que notre voyage s'arrêtera là, au milieu des étoiles du jour, là où finissent de brûler les amours impossibles.
Ni Igor ni moi ne prononçons le moindre mot, nos yeux fixés sur cet horizon tracé par sa propre infinité, sans arbre ni montagne pour le circonscrire. Nos yeux aimantés à cette ligne infinie, par-delà le ciel, la terre et la mer, ruban de couleur mouvante, tantôt bleu, gris ou orangé, confins des nuages, du jour et de la nuit, qui se révèle à nous comme l'ultime destination, celle du dernier voyage. Celui que l'on fait seul."

* * * 

Une immense sensation de calme de Laurine Roux est un conte hors du temps d'une somptueuse beauté, porté par une écriture lumineuse.

mardi 12 février 2019

Vision nocturne



Se noyer dans un verre d'eau, ou, une nuit,
y trouver la lune et les étoiles

samedi 26 janvier 2019

Le dernier train s'est attardé dans les minuits



Dis-moi, ma vie, 
le long des corniches, sur les terrasses
Quel somnambule allait vers toi ? Qui t'appelait 
dans le grand noir des nuits solaires
dans les étoiles chevauchées
Dans les prisons du temps perdu ? Était-ce toi, était-ce moi
Ce « nous » éparpillé, ces poussières éparses
dans un rais de soleil, sur le cadran des jours
renouvelés sans fin et pareils ? T'ai-je vécue, ma vie
Ou bien me suis-je plu à te voir fugitive
rire et passer dans les miroirs, prise à tes robes et tes voix ?
Nous habitions dans des villages, sous des arbres
de grand soleil, de fêtes votives et de sorgues
où la folie se boit. Nous connaissions les aubes
qui changeaient chaque jour pour nous plaire. L'écume
nous roulait dans un flot sans visages. Dis-moi, 
ma vie, retrouveras-tu les vieux ormeaux et les platanes
T'en iras-tu dans le delta, vers nos îles de hauts flamants
Tourneras-tu, les yeux bandés, la noria de ton temps sans traces 
Et sous nos treilles de muscats
Serons-nous Un, rien qu'un instant ou bien perdus ? 

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie (Editions Bruno Doucey)

Et aussi, dédié à cet autre poète qui l'on aime beaucoup ici, qui écrivit le vers célèbre, trop célèbre sans doute, Toi qui pâlis au nom de Vancouver (trop célèbre dans la mesure où il a pu masquer le reste de son œuvre remarquable):

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie (Editions Bruno Doucey)

 * * *


lundi 11 juin 2018

Collection Printemps-Eté 2018


Quand le bouton est plus beau
que tous les manteaux d'or

"Observez les fleurs des champs, regardez comment elles poussent ! Elles ne filent pas et elles ne tissent pas. Pourtant, je vous le dis : même Salomon, avec toute sa richesse, n'a jamais eu de vêtements aussi beaux qu'une seule de ces fleurs."
Luc 12:27
 
Un cœur simple

La tentation mauve - Noces champêtres :
joli mai, l'Ange n'a pas résisté
.


Pavot, hypnose


La petite avait gardé en son cœur une étoile,
nostalgie de temps marins révolus.

vendredi 13 avril 2018

Rencontre (14) - Et nos passions tenaces


Catherine Rittener, in Critique de la séparation (1961)

"Et quelques rencontres, seules, furent comme des signaux venus d'une vie plus intense, qui n'a pas été vraiment trouvée."
Guy Debord, Critique de la séparation


Guy Debord, sur le tournage de
Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps (1959)

"La maison paraissait s'ouvrir directement sur la Voie lactée. La nuit, les proches étoiles, qui un moment étaient intensément brillantes, le moment d'après pouvaient être éteintes par le passage d'une brume légère. Ainsi nos conversations et nos fêtes, et nos rencontres, et nos passions tenaces."
Guy Debord, Panégyrique, Tome 1 (1989)

samedi 29 octobre 2016

Compagnons de voyage, suite - Les mots en écho


"D'accord, dit Jan, on passera par là.
Nous boirons des vins tranquilles."

Jean-Claude Pirotte, Une adolescence en Gueldre


"Soudain, au tournant de la page, une telle phrase nous arrête net ; nous y avons reconnu le timbre que de très rares voix seulement nous permirent d'entendre, le don de faire lever les souvenirs de leurs sillons."
André Hardellet, Les Chasseurs


"Impossible de renoncer aux références littéraires. C’est irritant. Je suis incapable de m’engager dans l’existence, de la voir telle qu’elle se déroule, et d’accueillir simplement les heures, les paysages, les vagues du quotidien. Rien ne me touche qui ne soit passé par le crible de mes lectures. Pas un instant je ne suis présent au monde, est-ce que j’exagère ? Je vis dans ma réserve de Sioux, entouré de mes totems, sans quoi je n’ai pas accès à ce que chacun s’accorde à nommer la réalité. Je ne réussis à concevoir le temps qui passe qu’en me perdant le long des couloirs labyrinthiques d’une chronologie chambardée."
Jean-Claude Pirotte, Une adolescence en Gueldre 


André Hardellet, Les Chasseurs

"Et c'est là que je deviens vieux. A la réflexion, vieux, je le suis depuis l'enfance. Il faut te contraindre à la lenteur. Tu as rompu ton alliance avec le Temps, c'était cela l'enfance, un accord immédiat. Le coeur de l'être, l'apogée. Ensuite, on se résigne à l'existence. Il y sans doute une période d'adaptation (ou de perdition) durant laquelle on croit nécessaire, et malin, de jeter le froc aux orties. Les défroques de l'enfance, le froc religieux des personnages d'enluminures. La bure, le délicieux silice, la toge candide, que sais-je ? Les oripeaux de l'ermite, puisque l'enfance cultive en grand mystère une vocation de stylite. Me voilà beau, avec mes amours triviales, et mon enfance égarée."
Jean-Claude Pirotte, Une adolescence en Gueldre 

jeudi 4 août 2016

Souvenir paisible



"Et il y a les mâts qui s'obstinent
à mesurer les étoiles
avec le secours du souvenir paisible
- une gerbe de mouettes dans la sérénité de l'aube."

Yannis Ritsos, La Marche de l'océan (Editions Bruno Doucey)



mardi 14 juin 2016

Mais l'Espoir (il y a cent un ans)


Secteur du Chemin des Dames. Arrivé sur le front de Champagne le 6 avril 1915,
Guillaume Kostrowitzky y restera jusqu'à sa blessure au Bois des Buttes le 17 mars 1916.


                       14 juin 1915

                     On ne peut rien dire
                     Rien de ce qui se passe
                    Mais on change de Secteur
                    Ah! voyageur égaré
                     Pas de lettres
                     Mais l'espoir
                     Mais un journal
          Le glaive antique de la Marseillaise de Rude
                   S'est changé en constellation
                   Il combat pour nous au ciel
                   Mais cela signifie surtout
                   Qu'il faut être de ce temps
                   Pas de glaive antique
                        Pas de Glaive
                        Mais l'Espoir

Guillaume Apollinaire, in Calligrammes

François Rude, La Marseillaise (1836)


mardi 26 avril 2016

Avril (26) - De clocher à clocher




J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse.

Arthur Rimbaud, Les Illuminations 

dimanche 10 janvier 2016

Les douze mots de minuit



MINUIT

Dans
L’ombre
Sombre
D’une
Nuit
Sans
Lune,
Sans
Bruit
L’heure
Pleure.

En 1894, Wilhelm de Kostrowitzky a 14 ans.




samedi 5 septembre 2015

L'aster du 5 septembre




"Je souffre de la première lampe allumée
Avant le soir, au loin, comme un signal.

Doux jaune dans ce doux bleu couleur de fumée,
Tu es douceur, comment fais-tu si mal ?

Doux phare d'un port triste, inévitable et tendre,
Étoile au ciel d'un dimanche allumée,

Tu es la sœur de l'aster de septembre."

Marcel Thiry, Usine à penser des choses tristes (1957)




Marcel Thiry est mort le 5 septembre 1977.



lundi 16 mars 2015

Derniers, dernières



Soixante ans aujourd'hui que Nicolas de Staël a rejoint les étoiles. Le Concert (ou Le Grand Concert ; L'Orchestre), peint en trois jours du 14 au 16 mars et resté inachevé, est son dernier tableau.

* * *

Ce 16 mars, il écrit deux dernières lettres.

L'une à son marchand Jacques Dubourg :
Jacques,
J'ai commandé chez un petit menuisier ébéniste près des remparts deux chaises longues en bois dont j'ai payé une, cela pour Ménerbes.
Au soin de la douane il reste toujours, les papiers sont à la compagnie générale qui transporta mes tableaux la dernière fois, tous les papiers concernant des petites chaises et tabourets que j'ai achetés en Espagne, aussi pour Ménerbes.
Je n'ai pas la force de parachever mes tableaux.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.
De tout cœur.
Nicolas

L'autre à son ami Jean Bauret :
Cher Jean, 
Si vous avez le temps, voulez-vous au cas où l'on organise quelque exposition que ce soit de mes tableaux, dire ce qu'il faut faire pour qu'on les voie ?
Merci pour tout.
Nicolas

* * * 

C'est de mai 1954, soit un peu moins d'un an auparavant, que date sa dernière lettre à René Char, où il évoque en filigrane son dernier amour, sa passion ardente, violente, désespérée, fatale pour Jeanne :

Bonjour vieux frère,
Donne-moi des nouvelles de ta santé, tant que tu es à Paris je suis inquiet. Tout le monde va bien ici, sauf Urbain qui m'a envoyé un ultimatum d'apothicaire. Il pleut tous les jours. On se reverra à l'Isle avec autant d'eau que la dernière fois, séparés de notre reine par le déluge.
Il y a des femmes qui ne se montrent que tels les astres, seuls avec tout le firmament intime au ciel.
Je l'aime à crever.
t'embrasse bien fort.
Nicolas.

* * * 

Derniers lieux :

Antibes, sur les remparts, la maison Ardouin

vendredi 13 mars 2015

Jeudi 13

Autoportrait avec Andrea Camilleri, à la belle exposition
L'Italie de Bernard Plossu, Maison Européenne de la Photographie


En 2003, le 13 mars était un jeudi.
Spéciale dédicace à mon papa, parti en un jour de presque printemps. Il adorait, entre autres, l'Italie et Louis Armstrong.

Villa Adriana, Rome

"Il regardait les étoiles, attiré pour la première fois par la spéculation difficile d'imaginer les différences dans le temps que comportait leur scintillation simultanée. Il pensa que la brise du Pacifique devait être douce à quatre heures de l'après-midi, après la traversée torride du désert des Mohaves. Puis, sans rapport et sans qu'il sût par quelle saute d'idée, il se rappela ce qu'on lui avait dit ou qu'il avait lu, qu'il y avait des étoiles mortes dont on continuait et dont on continuerait longtemps à recevoir la lumière."
Marcel Thiry, Distances, dans Nouvelles du grand possible