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vendredi 8 février 2019

nous parlerons peu



demain c'est à nous deux Paris
mais pas Rastignac pour un sou
j'irai voir mon ami Kani
avec qui je fus parfois saoul

nous parlerons peu nous aurons
de longs silences mémorables
dans des bistrots nous rêverons
à des fortunes improbables

vous qui me lirez dans cent ans
(si vous avez le droit de lire)
songez que mon fantôme a tant
et tant de choses à vous dire

en dépit de sa maladresse
et de son mutisme contraint
cartes postales sans adresse
et toujours le Diable et son train

Jean-Claude Pirotte, La vallée de Misère (Editions Le temps qu'il fait)

samedi 26 janvier 2019

Le dernier train s'est attardé dans les minuits



Dis-moi, ma vie, 
le long des corniches, sur les terrasses
Quel somnambule allait vers toi ? Qui t'appelait 
dans le grand noir des nuits solaires
dans les étoiles chevauchées
Dans les prisons du temps perdu ? Était-ce toi, était-ce moi
Ce « nous » éparpillé, ces poussières éparses
dans un rais de soleil, sur le cadran des jours
renouvelés sans fin et pareils ? T'ai-je vécue, ma vie
Ou bien me suis-je plu à te voir fugitive
rire et passer dans les miroirs, prise à tes robes et tes voix ?
Nous habitions dans des villages, sous des arbres
de grand soleil, de fêtes votives et de sorgues
où la folie se boit. Nous connaissions les aubes
qui changeaient chaque jour pour nous plaire. L'écume
nous roulait dans un flot sans visages. Dis-moi, 
ma vie, retrouveras-tu les vieux ormeaux et les platanes
T'en iras-tu dans le delta, vers nos îles de hauts flamants
Tourneras-tu, les yeux bandés, la noria de ton temps sans traces 
Et sous nos treilles de muscats
Serons-nous Un, rien qu'un instant ou bien perdus ? 

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie (Editions Bruno Doucey)

Et aussi, dédié à cet autre poète qui l'on aime beaucoup ici, qui écrivit le vers célèbre, trop célèbre sans doute, Toi qui pâlis au nom de Vancouver (trop célèbre dans la mesure où il a pu masquer le reste de son œuvre remarquable):

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie (Editions Bruno Doucey)

 * * *


lundi 31 décembre 2018

La Rose et l'Astre blanc



Lorsqu'au point de ce jour
la fleur et l'astre
se rencontrèrent
l'une choisit l'ombre
et l'autre la clarté.

Doux regards et sourires
discussion dans le bleu
puis vinrent les adieux.

- Ô ma sœur Éternelle
disparais quelques heures
va donc dormir un peu
et reposer ta pâleur !

- Mon amie Éphémère
laisse rosir tes joues
et à la tendre lumière
s'exhaler ton parfum !

Et voyons-nous demain
même heure même lieu
nous nous raconterons
notre jour notre nuit.


FM, décembre 2018

* * * 

Alors que le soir de l'an approche, et que 2018 disparaît doucement, Noël 69 à Clermont-Ferrand souhaite à toutes et à tous, amis, lecteurs, visiteurs fidèles ou passants fugaces, un bon réveillon et une belle année 2019, qu'elle vous soit douce en toutes choses.


lundi 26 février 2018

Intermède breton (2) - Janelas verdes (3)


Sortir du golfe, ne pas songer au retour

Ces fenêtres sur l'ouest,
les (tes) yeux verts

La lumineuse ambiguïté des rêves

Contemplation

mardi 19 septembre 2017

René, Jean-Claude et Miles



"Le calme parfait du cimetière me surprit après l'agitation du petit restaurant. On franchissait un mur et la fièvre de la ville laissait place à un immense jardin. Mille touches de couleurs respiraient sous un limpide ciel de septembre. Personne dans ces larges allées qu'un employé arrosait en sifflotant.
En grimpant vers le crématorium, je me souvins d'une matinée semblable à celle-ci, paisible et bleue. Nous avions accompagné Jean-Claude, notre ami, jusqu'aux portes de l'éternité. Pendant que son corps brûlait nous avions écouté la trompette de Miles Davis, lointaine, mélancolique, et cette mélodie ressemblait à tous les personnages de Total Khéops et à cette ville qui étaient sortis de son cœur. Instant inoubliable. Inoubliable ami."

* * *

 "Il introduisit un CD dans le lecteur.
– Tu aimes le jazz ? me demanda-t-il.
– J'en écoute peu.
– Si tu n'aimes pas ce morceau, c'est que tu as une pierre à la place du cœur. Il m'arrive de pleurer en l'écoutant.
– Qu'est-ce que c'est ?
So What. Trompette, Miles Davis. Sax ténor, Coltrane. Drums, DeJohnette. Contrebasse, Gary Peacock. Et au clavier, Herbie Hancock. Enregistré dans un caboulot de Pittsburgh dans les années soixante.
Cette voiture luxueuse conduite par un truand, l'évasion rocambolesque que nous préparions, ce morceau de jazz sous les lumières d'Avignon, j'avais l'impression d'être un acteur dans un film de Melville. Si le cinéma n’existait pas il y aurait beaucoup moins de voyous, pensais-je. Qui s'intéresse aux plombiers ?"




mardi 20 décembre 2016

Gobelins (16) - Je crois le vent les a ôtés




Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre...





Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés...


lundi 14 novembre 2016

Intermède breton


Haut les cœurs, tempête et marée basse, les jours d'après
Golfe de brume


La Bretagne, c'est aussi le gris qui scintille

And the moon said: "It's time to go"

dimanche 19 juin 2016

Frayer




- Tu as essayé de frayer avec Rosette ?
- Non.
- Pourquoi ? Elle te plaît pas ?
- Si.
- L'autre jour j'aurais pu aller au ciné avec elle. Tu essaierais de frayer, toi, si tu allais au ciné avec elle ?
- Oui.
- Moi je voudrais bien, mais je sais pas comment attaquer. On la connaît trop, maintenant.
- Je ferais un scandale. Je lui dirais : "Je te paie le cinéma, et tu veux pas frayer ?"


"Le père Noël a les yeux bleus", Jean Eustache



vendredi 27 mai 2016

Le vide qu'il laisse


Au musée Picasso

Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (1909)

Avec, de gauche à droite, Gertrude Stein, Fernande Olivier, une muse,

 Fricka (la chienne de Picasso), Apollinaire, Picasso, Marguerite Gillot,
Maurice Cremnitz/Chevrier, et Marie Laurencin.

jeudi 5 novembre 2015

Les jours mûrs de l'automne


Merton College, 1er novembre 2014

"Avoir vieux livres vieux amis
Jouir des jours mûrs de l'automne
Voilà tous les plaisirs hormis
Celui qui toujours nous étonne"

Guillaume Apollinaire, Le Guetteur mélancolique



Du Pont des Arts, 1er novembre 2015
 

lundi 11 mai 2015

202 boulevard Saint-Germain



"Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi"

Guillaume Apollinaire, Vendémiaire (Alcools)


Début 1913, quelques mois avant la parution d’Alcools, Apollinaire s'installe au 202 boulevard Saint-Germain, dans un petit appartement sous les toits, "le pigeonnier, le grenier" comme évoqué par son ami André Billy.







Un jour d'avril bleu, on passe devant l'immeuble, on lève la tête, on voit la petite terrasse. Clignant des yeux dans le soleil timide, est-ce bien le fantôme de Guillaume que l'on devine... ?
Guillaume Apollinaire et sa femme Jacqueline


Sur sa porte, Apollinaire a épinglé ce carton :


L'immeuble est à une centaine de mètres du Café de Flore, dont le poète est un fidèle client.
Dans Café de Flore, l'esprit d'un siècle, Christophe Boubal cite André Billy:
« Au clair de lune, à deux heures du matin, combien  de fois ai-je bu un dernier pernod au Flore ou aux Deux-Magots, avant qu'il ne rentrât chez lui, 202 boulevard Saint-Germain ».
Il cite aussi Philippe Soupault (Mémoires de l'oubli) :
« Au Café de Flore, devant un picon-citron, Apollinaire était assis comme un "pontife" et accueillait ses amis avec un sourire. Un sourire que je n'ai jamais oublié.
Ses amis : Pierre Reverdy, silencieux ; Max Jacob, bavard ; Blaise Cendrars, ricanant ; Francis Carco, goguenard, Raoul Dufy, distant (...).
Près de moi vint s'assoir un jeune homme en uniforme bleu horizon (c'était notre uniforme en 1917), c'était un grand jeune homme aussi intimidé que moi. "C'est André Breton, me dit Apollinaire, dont je vous ai lu un poème...". Et il ajouta sur le ton prophétique qu'il avait adopté à l'époque: "Il faut que vous deveniez amis". »

Christophe Boubal évoque également le 9 novembre 1918, jour de la capitulation de l'empereur d'Allemagne, Guillaume II, avec cette anecdote cruellement ironique : tandis que boulevard Saint-Germain la foule hurle "A mort Guillaume !", quelques étages plus haut, un autre Guillaume, Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, Guy l'artiflot, est en train de mourir...

* * * 

"Et je pense à celui qui a quitté le temps,
Qui, un jour de novembre, il y a dix-sept ans,
A comme un dieu tricheur éludé la vieillesse
Et quelque part, dans l'ironie et la sagesse,
Est resté l'enchanteur qui jamais ne pourrit ;
 [...]
Alors, connaissant bien l'avenir par les cartes,
Tu as souri comme on dit que tu le savais
Et tu as dit : « Guillaume, il est temps que tu partes. »"

Marcel Thiry, Commémoration d'Apollinaire, 1935

Au Père-Lachaise

lundi 8 septembre 2014

Une belle soirée (2)


C'était jeudi dernier, le 4 septembre. En ce regain d’été, l'air était doux à Paris, et particulièrement au 129 de la rue de Charenton, où la Librairie Charybde accueillait Jérôme Leroy à l’occasion de la sortie de son nouveau roman en Série Noire, L'Ange gardien.

La soirée fut chaleureuse et pétillante de grâce et d'intelligence, à l'image de Kardiatou, figure centrale autour de laquelle est construit ce magnifique chœur à trois voix qu’est L’Ange gardien. Il fut question de tueurs et d’histoire contemporaine, de services secrets et de poésie, d’écrivains et d’armes à feu, de politique et d’amour. L’amitié coula à flot, et, au gré de quelques élixirs avec ou sans bulles, il suffisait d’un peu d’attention pour sentir passer au-dessus de l’assemblée le délicat mouvement d’air créé par les battements d’ailes d’un ange...


Mon seul regret : ne pas avoir eu la présence d’esprit de prêter mon appareil photos pour me faire photographier avec l’auteur ! Mais, comme on sait que jamais deux sans trois, et qu’on se souvient qu’il y a trois ans, Jérôme Leroy avait déjà été l’invité de la Librairie Charybde pour la sortie de sa précédente Série Noire, Le Bloc (la preuve en image ci-dessous !), nul doute qu’il y aura une prochaine fois, c’est en tout cas ce qu’espèrent les lectrices et lecteurs heureux...









13 octobre 2011

mercredi 20 août 2014

Mon cher Momo

Sur le tournage de "La Chambre verte" (1978)

"Mon cher Momo, j'ai beaucoup aimé revoir Le Signe du Lion et les films en 16 mm. Je sais que vous êtes convaincu que j'ai agi contre vous aux Cahiers et que vous m'en voulez. Je n'y peux rien, mais je suis très capable d'admirer et d'aimer quelqu'un sans réciprocité, donc fidèlement à vous."
(Lettre de François Truffaut à Eric Rohmer, avril 1965)

Jess Hahn, dans "Le Signe du Lion" (1959)

mardi 24 juin 2014

Solitude (6) - Ivresses, chansons et belles Italiennes



"La carafe était posée sur la table entre les deux hommes. Neubourg sortit deux verres qu'il fit tinter avant de les remplir. Il en tendit un à Maranges et leva l'autre en le faisant tourner.
- Qu'est-ce que tu dis de ce chef d’œuvre ? Chinon Les Roches, famille Lenoir, 1990. Un nez à l'ancienne, légèrement animal, une bouche fruitée et épicée.
Maranges sourit. Ce jargon ne l'avait jamais convaincu.
- Je n'ai pas l'impression que tu sois en grande forme, poursuivit Neubourg. On va se consoler en écoutant Laura Pausini.
Leurs goûts artistiques étaient très différents. Mais ils partageaient une étonnante passion pour la variété italienne. Adriano Celentano, Fabrizio De André et Umberto Tozzi occupaient les places d'honneur de leur panthéon musical. Cette affection décuplait pour les femmes.
- Elles n'appartiennent pas pour rien à la race de Catherine de Sienne et de Sophia Loren, expliquait Neubourg. 
Laura Pausini commença à chanter.
Adossé au canapé, les yeux mi-clos, Maranges se laissa enivrer par la voix entêtante de la belle Italienne."

Sébastien Lapaque, Les Barricades mystérieuses


vendredi 13 juin 2014

Quelle joie, René, quelle joie !


Parc des Princes - 1952
 "Paris, 10 avril 1952

Très cher René,

Merci de ton mot, tu es un ange, comme les gars qui jouent au Parc des Princes la nuit. Je n'arrive pas à te joindre par téléphone, il y a une abeille asexuée qui bourdonne sur la langue de cette femme en sycomore qui s'intègre à ton hôtel.

Je pense beaucoup à toi. Quand tu reviendras, on ira voir des matchs ensemble, c'est absolument merveilleux, personne là-bas ne joue pour gagner si ce n'est à de rares moments de nerfs où l'on se blesse.

Entre ciel et terre, sur terre rouge ou bleue, une tonne de muscle voltige en plein oubli de soi, avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance. Quelle joie, René, quelle joie !

Alors j'ai mis en chantier toute l'équipe de France, de Suède, et cela commence à se mouvoir un tant soit peu. Si je trouvais un local grand comme la rue Gauguet, je mettrais deux cents petits tableaux en route pour que la couleur sonne comme les affiches sur la nationale au départ de Paris.

Mais voilà, place Saint-Michel, une fille de Marseille qui m'enlève tout le calme pour méditer à mes projets. Une vulgarité, René, telle que cela devient sublime, et ronde comme une pierre tendre. Dieu si j'arrive à faire un nu avec ce phénomène mais j'ai jamais vu un volume pareil à vingt ans.

Je te promets de ces rigolades à ton retour, tu n'as qu'à chasser les mirages.
Ecris-moi si tu as un peu de temps, je vends des pommes au Texas.

Merci encore de ton accueil à mon tableautin.

A toi

Nicolas"

Parc des Princes (Les Grands Footballeurs) - 1952

lundi 17 mars 2014

Une carte postale de Ravenne

Fons vitae - Ravenne, Mausolée de Galla Placidia

René Char
5 rue Jules-Chaplain
Paris VIe

Si tu peux imaginer ce que cela pouvait être à travers les vitraux colorés.
Ce n'est pas seulement passionnant, cela touche au délire.

A toi de plein cœur.

Nicolas
* * *

Je ne sais pas ce qui figurait au verso de cette carte postale adressée de Ravenne le 14 février 1953 par Nicolas de Staël à René Char. Mais compte tenu des deux phrases du recto, très certainement une photo des mosaïques de la basilique Saint-Vital ou du Mausolée de Galla Placidia - dont il est dit dans le recueil de correspondance entre René Char et Nicolas de Staël déjà évoqué ici que ce dernier conserva une carte. Donc pourquoi pas ce détail bleu ? Il me plaît de l'imaginer. Comme de Staël demande à son ami d'imaginer. Et en quelques mots surgissent l'art, la couleur, la beauté, la passion, l'amitié. Comme l'écrit Sébastien Lapaque dans sa délicieuse Théorie de la carte postale.

"La carte postale, c'étaient donc les mots alliés avec la vie. Dans l'empire de la marchandise, c'étaient l'amour et l'amitié tracés en belles lettres avec la main ; le bonheur et la beauté racontés avec de l'encre et du papier. C'était mieux qu'un objet vivant, c'était de la matière organique. Les limiers de la police scientifique, à qui tous leurs instruments électroniques permettaient de recenser le patrimoine génétique de l'expéditeur, en portaient témoignage. Malgré toutes les préventions de notre monde de perfection hygiénique, destructeur de boîtes aux lettres et dévoreur d'enfance, une carte postale, c'était aussi de la sueur et des larmes. Au recto, on ne reconnaissait pas simplement les pleins et les déliés d'une belle écriture, on retrouvait le tremblement d'une main, l'émotion au bout des doigts, la peur, les délices, l'espérance, la folie - vivants, bien vivants. Et il y avait le timbre, le timbre collé avec de la salive, dépositaire du souffle de l'expéditeur.
Comme un baiser."

Ménerbes - 1953

mardi 19 novembre 2013

Une belle soirée


C'était en février dernier. Il faisait froid et il tombait des cordes. Mais qu'importe puisque la Librairie Charybde recevait Serge Quadruppani, et rue de Charenton cette soirée-là fut ensoleillée et chaleureuse comme l'Italie, comme la Sicile.
Avec Hugues, le libraire, on a lu à deux voix des extraits des trois derniers romans de Serge Quadruppani, qui mettent en scène la ô combien savoureuse, râleuse, rusée, gourmande, charmeuse, sensuelle commissaire Simona Tavianello à la crinière vieil ivoire, aux prises avec les collusions de l'argent et du pouvoir sous toutes leurs formes - la mafia, les services secrets, l'industrie agroalimentaire, les journalistes télé véreux...
On a lu aussi un extrait d'Un été ardent, un des plus beaux et émouvants romans de la série des Montalbano du maestro Andrea Camilleri, dont Serge Quadruppani est le génial traducteur - et auquel il rend hommage à plusieurs reprises dans la série des Simona Tavianello, notamment en le faisant apparaître en personne dans Saturne.
Puis la discussion s'est engagée entre le public et Serge, qui a répondu aux questions avec humour, malice et gentillesse. Il a notamment expliqué la genèse du personnage de Simona, a dit l'utilité, dans chaque livre de la série, de l'âne, du chien, du chat et du lapin, a raconté une belle anecdote sur Camilleri et Sciascia. On a aussi un peu débattu de problèmes cruciaux comme de savoir si Livia, l'éternelle fiancée de Montalbano, était insupportable ou pas...
Et pour terminer cette belle soirée, comme quoi l'amour de l'Italie ne rend pas sectaire, on est allés manger... chinois !


« Le lieutenant Licata tarda un peu à se mettre debout. La commissaire lui adressa un sourire qu'elle voulait amical, mais craignant qu'il y voie de la moquerie pour le rôle secondaire auquel on l'assignait, elle reprit aussitôt une expression neutre. Celle du patron des services d'information était toujours aussi peu déchiffrable.
On échangea des poignées de main.
Et seul un narrateur omniscient, mal venu dans une époque postmoderne, aurait pu nous faire savoir qu'en serrant dans sa grande main énergique et manucurée les cinq doigts dodus de la commissaire, Febbraro pensa "Sale pouffiasse rouge, on va te niquer la gueule" tandis que Simona songeait "Fasciste de merde, tu crois que je ne te vois pas venir ?" » 
Saturne

dimanche 8 septembre 2013

Voir Syracuse (53), peindre Syracuse (54), mourir (55)

Plage de Syracuse - 1954




"Moi, je suis corps et âme devenu un fantôme qui peint des temples grecs et un nu si adorablement obsédant sans modèle, qu'il se répète et finit par se brouiller de larmes. Ce n'est pas atroce, mais on touche souvent sa limite. Quand je pense à la Sicile, qui est elle-même un pays de vrais fantômes, où les conquérants seuls ont laissé quelques traces, je me dis que je suis dans un cercle d'étrangetés dont on ne se sort jamais."
(Nicolas de Staël, lettre à René Char, novembre 1953)

"Entre la réalité et moi, il s'est bâti un mur opaque, lourd, pesant. Il faut que je vous décrive ce mur. A droite, plus d'ouverture. A gauche, un peu de lumière. Pour arriver à passer par là, pour trouver la lumière, je dois me débarrasser de ma carcasse d'homme... Peignez ce mur, mon obsession. Peignez-le si vous pouvez."
(Nicolas de Staël, lettre à une amie peintre, 1954)


"... Nicolas de Staël, nous laissant entrevoir son bateau imprécis et bleu, repartit pour les mers froides, celles dont il s’était approché, enfant de l’étoile polaire."
(René Char, Excursion au village, dans Aromates chasseurs, 1976)

Quant à Aragon, il exprimera en rimes ses regrets d'avoir volontairement ignoré Nicolas de Staël :

"J’ai connu Gris et je connais Chagall
J’ai connu Miró Max Ernst André Masson Fernand Léger
J’ai passé sans le voir Nicolas de Staël
On ne prend pas à coup sûr la modulation de fréquence qu’il faudrait"
(Écrits sur l’art moderne, 1981)

samedi 24 août 2013

Le poète et le peintre

Eté 2013

"Bien Cher Nicolas,
Le jour est ici presque comme la nuit
du Parc des Princes, mais le sol et le ciel sont
peu animés !
Je suis dans un drôle d’état.
J’aperçois quelquefois la folie à l’horizon
comme la cime rompue du mont Ventoux.
Ce n’est pas désagréable du tout, mais il faut
y aller…
Là le vent ne vous pousse pas !
Toute ma pensée affectueuse

R. C."