Affichage des articles dont le libellé est rené frégni. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rené frégni. Afficher tous les articles

vendredi 21 août 2020

Treizième commandement

 
En vacances, local tu liras et boiras.
 
 
Et ceux qui se demandent quels sont le onzième et le douzième commandements pourront trouver une réponse ici et .
 

mercredi 10 octobre 2018

Vraie lavande


Octobre 2018, vraie lavande du côté de Banon, sur la montagne de Lure.
Elle est un peu passée, mais elle sent encore tellement bon.

Tout de suite il s'est mis à me raconter sa vie, sans préambule. J’ai senti qu’il en avait besoin, il était venu pour ça. Il cultivait la lavande, cinq hectares entre le lac et Moustiers-Sainte-Marie. Je lui ai dit que ma mère avait grandi dans son village mais qu’il était trop jeune pour l’avoir connue. Il a fait signe au patron de remplir les verres. Il n’était pas qu’un homme honnête, il pouvait être émouvant.
Il m’a cligné de l’œil. « On dit lavande mais c’est du lavandin, la vraie lavande on ne la trouve plus que du côté de Banon, sur la montagne de Lure.»

René Frégni, Elle danse dans le noir

dimanche 22 juillet 2018

Cadavre exquis



Que les vacances aient commencé il y a quelques jours par une rencontre imprévue avec René Frégni – dont on a tant aimé, notamment, Je me souviens de tous vos rêves et Les vivants au prix des morts – au Bleuet, à Banon, discussion sympathique et belles dédicaces, ne peut que bien augurer de la suite. Se rendre compte un peu plus tard que les titres choisis forment un bien joli cadavre exquis fut un clin d'œil poétique de plus.

mardi 19 septembre 2017

René, Jean-Claude et Miles



"Le calme parfait du cimetière me surprit après l'agitation du petit restaurant. On franchissait un mur et la fièvre de la ville laissait place à un immense jardin. Mille touches de couleurs respiraient sous un limpide ciel de septembre. Personne dans ces larges allées qu'un employé arrosait en sifflotant.
En grimpant vers le crématorium, je me souvins d'une matinée semblable à celle-ci, paisible et bleue. Nous avions accompagné Jean-Claude, notre ami, jusqu'aux portes de l'éternité. Pendant que son corps brûlait nous avions écouté la trompette de Miles Davis, lointaine, mélancolique, et cette mélodie ressemblait à tous les personnages de Total Khéops et à cette ville qui étaient sortis de son cœur. Instant inoubliable. Inoubliable ami."

* * *

 "Il introduisit un CD dans le lecteur.
– Tu aimes le jazz ? me demanda-t-il.
– J'en écoute peu.
– Si tu n'aimes pas ce morceau, c'est que tu as une pierre à la place du cœur. Il m'arrive de pleurer en l'écoutant.
– Qu'est-ce que c'est ?
So What. Trompette, Miles Davis. Sax ténor, Coltrane. Drums, DeJohnette. Contrebasse, Gary Peacock. Et au clavier, Herbie Hancock. Enregistré dans un caboulot de Pittsburgh dans les années soixante.
Cette voiture luxueuse conduite par un truand, l'évasion rocambolesque que nous préparions, ce morceau de jazz sous les lumières d'Avignon, j'avais l'impression d'être un acteur dans un film de Melville. Si le cinéma n’existait pas il y aurait beaucoup moins de voyous, pensais-je. Qui s'intéresse aux plombiers ?"




jeudi 7 septembre 2017

Marcher dans la lumière




"Même si l'on me disait que je vais vivre mille ans, j'aurais encore peur de mourir. De ne plus voir jamais cette beauté. Ici, la beauté est partout.
Chaque jour je mets mes chaussures de marche dans le garage et je pars. Je marche dans la lumière, je regarde la lumière, j'avale la lumière, je traverse la lumière. Ma vue a commencé à baisser. Il reste autour de moi toute cette clarté, si blonde en ces après-midi d’hiver. J'avance vers la lumière dans la poussière, la boue, l'herbe de tous les chemins. L'un d’eux me conduira au royaume des ombres. Tant que je marche… Je connais chaque pierre des collines, les troncs pourris qui barrent les sentiers, les sonores éboulis, les combes luisantes de mousse. Je fais un pas, je suis ébloui. Je marche, j'ouvre les yeux, les bras, la bouche. Je vis. Chacun de mes muscles vit, chaque centimètre carré de ma peau. Je sens battre le sang dans mes épaules, mes cuisses, mes reins, il laboure mon ventre. J'avale toute cette beauté, elle illumine mon corps jusqu'à la pointe éblouie de chacun de mes nerfs."

René Frégni, Les vivants au prix des morts (Gallimard)