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jeudi 5 octobre 2017

Les figures de la Grâce (7)



Les amis, lecteurs et passants de Noël 69 à Clermont Ferrand savent à quel point on apprécie ici Anne Wiazemsky. Sa disparition aujourd'hui m'attriste tout particulièrement.

mardi 19 septembre 2017

René, Jean-Claude et Miles



"Le calme parfait du cimetière me surprit après l'agitation du petit restaurant. On franchissait un mur et la fièvre de la ville laissait place à un immense jardin. Mille touches de couleurs respiraient sous un limpide ciel de septembre. Personne dans ces larges allées qu'un employé arrosait en sifflotant.
En grimpant vers le crématorium, je me souvins d'une matinée semblable à celle-ci, paisible et bleue. Nous avions accompagné Jean-Claude, notre ami, jusqu'aux portes de l'éternité. Pendant que son corps brûlait nous avions écouté la trompette de Miles Davis, lointaine, mélancolique, et cette mélodie ressemblait à tous les personnages de Total Khéops et à cette ville qui étaient sortis de son cœur. Instant inoubliable. Inoubliable ami."

* * *

 "Il introduisit un CD dans le lecteur.
– Tu aimes le jazz ? me demanda-t-il.
– J'en écoute peu.
– Si tu n'aimes pas ce morceau, c'est que tu as une pierre à la place du cœur. Il m'arrive de pleurer en l'écoutant.
– Qu'est-ce que c'est ?
So What. Trompette, Miles Davis. Sax ténor, Coltrane. Drums, DeJohnette. Contrebasse, Gary Peacock. Et au clavier, Herbie Hancock. Enregistré dans un caboulot de Pittsburgh dans les années soixante.
Cette voiture luxueuse conduite par un truand, l'évasion rocambolesque que nous préparions, ce morceau de jazz sous les lumières d'Avignon, j'avais l'impression d'être un acteur dans un film de Melville. Si le cinéma n’existait pas il y aurait beaucoup moins de voyous, pensais-je. Qui s'intéresse aux plombiers ?"




mercredi 30 août 2017

Pas seulement belle



"A l’inverse de Jean-Luc, je l’avais aimée dans Galia et dans La Grande Sauterelle. Elle me semblait incarner, à l’écran comme à la vie, une volonté de liberté à laquelle je pouvais m’identifier. J’éprouvais pour elle, a priori, beaucoup de sympathie qui se renforça de jour en jour et qui se transforma vers la fin en une sincère admiration."

Photos et texte extraits du livre de Anne Wiazemsky Photographies, à propos du tournage de Week-end (JLG, 1967) sur lequel elle était photographe de plateau.


dimanche 31 janvier 2016

Rendez-vous à L'Angle du Hasard


Juliet Berto, éblouissante Frédérique dans Out 1, elle aussi disparue un mois de janvier
















Pour ne s'en tenir qu'à mes réalisateurs préférés (Eric Rohmer et Maurice Pialat il y a quelques années, Ettore Scola il y a dix jours, et donc maintenant Jacques Rivette, dont je viens tout récemment de voir enfin le fabuleux Out 1), janvier est un mois vraiment sinistre...

Sur le tournage de Out 1

"Le leçon d'Eric Rohmer à Jean-Pierre Léaud sur Balzac, l'Histoire des Treize et La Comédie Humaine, la quête prométhéenne de Michael Lonsdale de la tragédie grecque, le principe de hasard établi en règle du jeu, l'improvisation systématique de protagonistes qui se cherchent et... se trouvent, font d'Out 1 une référence enrichissante et intemporelle qui donne autant l'envie et le goût de la lecture que celle de la mythologie, du mystère et de la métaphysique...
Vous avez dit enrichissante et intemporelle ? Comme disait Pontalis, c'est bien du temps qui passe et qui ne passe pas dont il est question ici."
Pierre-William Glenn, Chef-opérateur de Out 1


"Rivette filme toujours à peu près la même situation : celle de l'improbable rencontre de chacun (chacune) avec son autre. Les chemins se croisent et les corps s'évitent, et voilà pourquoi ça dure, pourquoi ça n'a pas de fin. Tout est aimanté, les corps, les paroles, les gestes, les nuages, tout s'attire sans s'atteindre."
Jean-Louis Comolli, dans Le Monde du 31 janvier 2016


"Il aime les histoires pleines de mystères, avec des clés secrètes. [...] Rivette possède le regard d'un enfant aux yeux grands ouverts ; je ne connais personne d'autre de son âge qui soit resté un enfant à ce point. Mais en plus de cela, c'est un grand intellectuel. Chez lui, tout passe par la tête, avec une vivacité et une intelligente folles, mais il demeure toujours une part de mystère. Rivette est une énigme. On ne sait pas ce qu'il est. On ne sait pas ce qu'il fait. on ne sait rien de sa vie... hormis qu'il regarde quatre films par jour."
Michael Lonsdale, entretien de 1981 paru dans CICM juin 1988


Rivette, qui, "comme Frédéric Moreau, était parti de Rouen."


"Pour notre groupe de cinéphiles, Jacques est l'homme le plus intelligent, le plus lucide. Si j'ai besoin d'avoir une idée claire sur le cinéma, je lui téléphone."
Jean-Pierre Léaud, dans Le Monde du 9 décembre 1971


Adieu donc, monsieur Rivette, et merci à vous. Pour l'incroyable grâce qui émane de vos actrices, entre autres. Et rendez-vous peut-être un jour à l'Angle du Hasard. Va savoir...


lundi 25 janvier 2016

Gelati


Photographie Philippe Séclier

"Je me souviens du temps, où, avec une joie secrète, je prenais tous les jours une glace, tout était alors plus absolu et plus éternel. Les journées étaient longues à n'en plus finir, entités douées d'une vraie valeur et d'une vraie durée : la période des vacances était un vrai moment de la vie. Ce qui se passait était toujours un signe, tout prenait un sens pur et profond. A Riccione, j'ai eu ma première petite aventure, tellement démodée. J'ai encore la photographie, chez moi. Elle était élève d'une école de danse, une fille de mon âge, quatorze ou quinze ans. En vacances avec sa classe, c'est-à-dire une douzaine d'autres filles, aussi charmantes et libres qu'elle. Sur la photo, on la voit debout sur le banc d'un bateau à voiles tiré sur le sable : elle est en maillot de bain, le bras levé appuyé contre le mât : les jambes sont serrées l'une contre l'autre, dans une attitude élégante, sur la tête un béret blanc avec une visière de vieux loup de mer. On parlait, mais très peu, sur la plage : elle, bien sûr, plus audacieuse que moi, sous les regards lointains de ses compagnes. Elle est partie à l'improviste après deux ou trois jours. J'étais en train de manger dans le jardin de l'hôtel : je mangeais presque avec rage, pour l'intime satisfaction - dont je garde un souvenir très précis - de m'empiffrer d'un délicieux café au lait, de confiture et de beurre, quand soudain passe une voiture. Pleine de filles : ce sont les jeunes danseuses, entassées dans ce peu d'espace. Elles me voient : c'est un seul et même cri. Je me précipite dans la rue, sous le soleil matinal d'août : toutes agitent les bras dans ma direction, en criant : "Adieu ! Adieu !" Elle, je la distingue à peine, ses yeux joyeux, pleins d'appréhension et d'incertitude."

Pier Paolo Pasolini, La longue route de sable (Editions Xavier Barral, avec des photographies de Philippe Séclier) 

Photographie Paolo di Paolo


















mercredi 20 janvier 2016

Addio, Ettore!





Gianni, Antonio, Nicola, saremo sempre con voi...

« Camarades, aujourd’hui est mort un de mes amis. Il est mort parce qu’il avait depuis longtemps renoncé à la vie. C’est de cela que je désire vous parler. De la vie. Pas de la mort. La plus commune aspiration de tous les hommes, sanctionnée même dans le texte de certaines constitutions, est la recherche du bonheur... »


lundi 11 janvier 2016

Les deux Maurice


Pialat, peintre aussi

Noël 69 à Clermont-Ferrand salue aujourd'hui la mémoire de Maurice Pialat et de Maurice Schérer, alias Eric Rohmer, disparus tous les deux un 11 janvier (le premier en 2003, le second en 2010) et particulièrement aimés ici.


Rohmer, acteur aussi, ici en génial spécialiste de Balzac dans Out 1 de Jacques Rivette

lundi 9 novembre 2015

Les automnes de Guillaume


 
Ce matin encore tu étais là
Mon cher Guetteur mélancolique
Ce matin de novembre
Lumineux et doux
Pour me parler de Guillaume
Du temps béni des plages
Guillaume et son Lou adoré
Guillaume et ses fantômes
Guillaume et ses automnes
Son automne éternelle
Sa saison mentale
Guillaume est malade
En cet automne malade et adoré
9 novembre 1918
C'est son dernier automne

Sais-tu mon cher Guetteur
Que le pigeon Le Vaillant
Un de tes ancêtres, qui sait ?
Fut là-bas décoré
Peut-être a-t-il du côté de Verdun
Un jour croisé Guillaume
Avant qu'il soit blessé
Croisé Guy l'artiflot
Tout près du Fort de Vaux

Mon cher Guetteur
Tu es le fils des Saisons
Tu es là au printemps
Tu es là en automne
Tu es le fils du Temps
Tu marques mes matins
Tu dis les souvenirs
Mon cher Guetteur
Dis-moi qui demeure

© Florence M., novembre 2015


jeudi 8 octobre 2015

Ciels florentins


Fiesole (1953)

Très cher Jean,

Toutes les gorges
D’oiseaux voudraient
Avoir ce bleu malade
De neige à ciels
Florentins
Mais que faire ?
Moi j’en ai marre
Et vais rentrer

Nicolas de Staël, Lettre à Jean Bauret, écrite d’Antibes fin décembre 1954

jeudi 17 septembre 2015

Il n'y aura plus d'après...


33T de 1973 qui figurait dans la discothèque parentale, maintes fois écouté



... et l'Eau vive ne coulera plus.



jeudi 23 juillet 2015

Les rendez-vous de juillet (2) : le 23



23 juillet, Paris s'éteint
Et sur le Quai des Grands-Augustins
Nous tournons les pages à l'improviste
Devant l'étalage d'un bouquiniste
Je ne vous connais pas, je vous frôle,
Là sur le quai, épaule contre épaule.
Nous jetons en même temps un œil sur
Les quatrièmes de couverture.

On aime évoquer en ces lieux le 23 juillet, mis en musique et en vieux livres par Vincent Delerm, une de ces journées devenues particulières dans notre calendrier intime après avoir vu Le Feu follet de Louis Malle. Si Paris s'éteint le 23 juillet, c'est en effet aussi ce jour-là que Alain Leroy a choisi de disparaître. Dernières heures dans Paris de Rigaut-Leroy-Ronet, de la dérive mélancolique à l'escapisme ultime, avec notamment la scène au Café de Flore, magnifiquement accompagnée par la Gnossienne n°1 d'Erik Satie.


Amy Winehouse, back to black un 23 juillet aussi, il y a quatre ans, on s'en souvient si bien.

(c) Dean Chalkley, NME / IPC Media

S'est également éteint un 23 juillet (ou 22, selon les sources), Serge Reggiani, en 2004. Ses chansons et interprétations ont un peu bercé mon enfance, du Petit garçon à Sarah, en passant par Ma Liberté, Ma Solitude ou Le Déserteur. Et bien sûr une de ses plus célèbres, qui va si bien avec Paris qui s'éteint, les fameux loups.



Et Arletty, aussi, le 23 juillet 1992, la lumineuse Garance disant à Frédérick Lemaître-Pierre Brasseur :
"Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour..."


lundi 11 mai 2015

202 boulevard Saint-Germain



"Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi"

Guillaume Apollinaire, Vendémiaire (Alcools)


Début 1913, quelques mois avant la parution d’Alcools, Apollinaire s'installe au 202 boulevard Saint-Germain, dans un petit appartement sous les toits, "le pigeonnier, le grenier" comme évoqué par son ami André Billy.







Un jour d'avril bleu, on passe devant l'immeuble, on lève la tête, on voit la petite terrasse. Clignant des yeux dans le soleil timide, est-ce bien le fantôme de Guillaume que l'on devine... ?
Guillaume Apollinaire et sa femme Jacqueline


Sur sa porte, Apollinaire a épinglé ce carton :


L'immeuble est à une centaine de mètres du Café de Flore, dont le poète est un fidèle client.
Dans Café de Flore, l'esprit d'un siècle, Christophe Boubal cite André Billy:
« Au clair de lune, à deux heures du matin, combien  de fois ai-je bu un dernier pernod au Flore ou aux Deux-Magots, avant qu'il ne rentrât chez lui, 202 boulevard Saint-Germain ».
Il cite aussi Philippe Soupault (Mémoires de l'oubli) :
« Au Café de Flore, devant un picon-citron, Apollinaire était assis comme un "pontife" et accueillait ses amis avec un sourire. Un sourire que je n'ai jamais oublié.
Ses amis : Pierre Reverdy, silencieux ; Max Jacob, bavard ; Blaise Cendrars, ricanant ; Francis Carco, goguenard, Raoul Dufy, distant (...).
Près de moi vint s'assoir un jeune homme en uniforme bleu horizon (c'était notre uniforme en 1917), c'était un grand jeune homme aussi intimidé que moi. "C'est André Breton, me dit Apollinaire, dont je vous ai lu un poème...". Et il ajouta sur le ton prophétique qu'il avait adopté à l'époque: "Il faut que vous deveniez amis". »

Christophe Boubal évoque également le 9 novembre 1918, jour de la capitulation de l'empereur d'Allemagne, Guillaume II, avec cette anecdote cruellement ironique : tandis que boulevard Saint-Germain la foule hurle "A mort Guillaume !", quelques étages plus haut, un autre Guillaume, Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, Guy l'artiflot, est en train de mourir...

* * * 

"Et je pense à celui qui a quitté le temps,
Qui, un jour de novembre, il y a dix-sept ans,
A comme un dieu tricheur éludé la vieillesse
Et quelque part, dans l'ironie et la sagesse,
Est resté l'enchanteur qui jamais ne pourrit ;
 [...]
Alors, connaissant bien l'avenir par les cartes,
Tu as souri comme on dit que tu le savais
Et tu as dit : « Guillaume, il est temps que tu partes. »"

Marcel Thiry, Commémoration d'Apollinaire, 1935

Au Père-Lachaise

lundi 16 mars 2015

Derniers, dernières



Soixante ans aujourd'hui que Nicolas de Staël a rejoint les étoiles. Le Concert (ou Le Grand Concert ; L'Orchestre), peint en trois jours du 14 au 16 mars et resté inachevé, est son dernier tableau.

* * *

Ce 16 mars, il écrit deux dernières lettres.

L'une à son marchand Jacques Dubourg :
Jacques,
J'ai commandé chez un petit menuisier ébéniste près des remparts deux chaises longues en bois dont j'ai payé une, cela pour Ménerbes.
Au soin de la douane il reste toujours, les papiers sont à la compagnie générale qui transporta mes tableaux la dernière fois, tous les papiers concernant des petites chaises et tabourets que j'ai achetés en Espagne, aussi pour Ménerbes.
Je n'ai pas la force de parachever mes tableaux.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.
De tout cœur.
Nicolas

L'autre à son ami Jean Bauret :
Cher Jean, 
Si vous avez le temps, voulez-vous au cas où l'on organise quelque exposition que ce soit de mes tableaux, dire ce qu'il faut faire pour qu'on les voie ?
Merci pour tout.
Nicolas

* * * 

C'est de mai 1954, soit un peu moins d'un an auparavant, que date sa dernière lettre à René Char, où il évoque en filigrane son dernier amour, sa passion ardente, violente, désespérée, fatale pour Jeanne :

Bonjour vieux frère,
Donne-moi des nouvelles de ta santé, tant que tu es à Paris je suis inquiet. Tout le monde va bien ici, sauf Urbain qui m'a envoyé un ultimatum d'apothicaire. Il pleut tous les jours. On se reverra à l'Isle avec autant d'eau que la dernière fois, séparés de notre reine par le déluge.
Il y a des femmes qui ne se montrent que tels les astres, seuls avec tout le firmament intime au ciel.
Je l'aime à crever.
t'embrasse bien fort.
Nicolas.

* * * 

Derniers lieux :

Antibes, sur les remparts, la maison Ardouin

mercredi 15 octobre 2014

Au revoir, Léna


"Marie Dubois n'est ni une souris ni une pépée, elle n'est ni piquante ni mutine, mais c'est une jeune fille pure et digne dont il est vraisemblable qu'on puisse tomber amoureux et être payé de retour. On ne se retournerait pas sur elle dans la rue, mais elle est fraîche et gracieuse, un peu garçonne et très enfantine. Elle est véhémente et passionnée, pudique et tendre."
François Truffaut, dans le dossier de presse de Tirez sur le pianiste

C'est François Truffaut qui a trouvé, en référence au roman Marie Dubois de Jacques Audiberti, son nom d'actrice à la jeune Claudine Huzé, à qui il confie le rôle de Léna dans Tirez sur le pianiste, et dont il restera proche toute sa vie.

mercredi 21 mai 2014

Ils nous a dotés

Paysage, Antibes - 1955
Une des toutes dernières œuvres de Nicolas de Staël

"Le "printemps" de Nicolas de Staël n'est pas de ceux qu'on aborde et qu'on quitte, après quelques éloges, parce qu'on en connaît le rapide passage, l'averse tôt chassée.
Les années 1950-1954 apparaîtront plus tard, grâce à cette œuvre, comme des années de "ressaisissement" et d'accomplissement par un seul à qui il échut d'exécuter sans respirer, en quatre mouvements, une recherche voulue. Staël a peint. Et s'il a gagné de plein gré son dur repos, ils nous a dotés, nous, de l'inespéré, qui ne doit rien à l'espoir."

René Char, texte publié en mars 1965 dans le Nouvel Observateur pour le dixième anniversaire de la mort du peintre. Initialement intitulé Témoignage, il a été ensuite renommé par son auteur Il nous a dotés.

dimanche 8 septembre 2013

Voir Syracuse (53), peindre Syracuse (54), mourir (55)

Plage de Syracuse - 1954




"Moi, je suis corps et âme devenu un fantôme qui peint des temples grecs et un nu si adorablement obsédant sans modèle, qu'il se répète et finit par se brouiller de larmes. Ce n'est pas atroce, mais on touche souvent sa limite. Quand je pense à la Sicile, qui est elle-même un pays de vrais fantômes, où les conquérants seuls ont laissé quelques traces, je me dis que je suis dans un cercle d'étrangetés dont on ne se sort jamais."
(Nicolas de Staël, lettre à René Char, novembre 1953)

"Entre la réalité et moi, il s'est bâti un mur opaque, lourd, pesant. Il faut que je vous décrive ce mur. A droite, plus d'ouverture. A gauche, un peu de lumière. Pour arriver à passer par là, pour trouver la lumière, je dois me débarrasser de ma carcasse d'homme... Peignez ce mur, mon obsession. Peignez-le si vous pouvez."
(Nicolas de Staël, lettre à une amie peintre, 1954)


"... Nicolas de Staël, nous laissant entrevoir son bateau imprécis et bleu, repartit pour les mers froides, celles dont il s’était approché, enfant de l’étoile polaire."
(René Char, Excursion au village, dans Aromates chasseurs, 1976)

Quant à Aragon, il exprimera en rimes ses regrets d'avoir volontairement ignoré Nicolas de Staël :

"J’ai connu Gris et je connais Chagall
J’ai connu Miró Max Ernst André Masson Fernand Léger
J’ai passé sans le voir Nicolas de Staël
On ne prend pas à coup sûr la modulation de fréquence qu’il faudrait"
(Écrits sur l’art moderne, 1981)