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lundi 25 janvier 2016

Gelati


Photographie Philippe Séclier

"Je me souviens du temps, où, avec une joie secrète, je prenais tous les jours une glace, tout était alors plus absolu et plus éternel. Les journées étaient longues à n'en plus finir, entités douées d'une vraie valeur et d'une vraie durée : la période des vacances était un vrai moment de la vie. Ce qui se passait était toujours un signe, tout prenait un sens pur et profond. A Riccione, j'ai eu ma première petite aventure, tellement démodée. J'ai encore la photographie, chez moi. Elle était élève d'une école de danse, une fille de mon âge, quatorze ou quinze ans. En vacances avec sa classe, c'est-à-dire une douzaine d'autres filles, aussi charmantes et libres qu'elle. Sur la photo, on la voit debout sur le banc d'un bateau à voiles tiré sur le sable : elle est en maillot de bain, le bras levé appuyé contre le mât : les jambes sont serrées l'une contre l'autre, dans une attitude élégante, sur la tête un béret blanc avec une visière de vieux loup de mer. On parlait, mais très peu, sur la plage : elle, bien sûr, plus audacieuse que moi, sous les regards lointains de ses compagnes. Elle est partie à l'improviste après deux ou trois jours. J'étais en train de manger dans le jardin de l'hôtel : je mangeais presque avec rage, pour l'intime satisfaction - dont je garde un souvenir très précis - de m'empiffrer d'un délicieux café au lait, de confiture et de beurre, quand soudain passe une voiture. Pleine de filles : ce sont les jeunes danseuses, entassées dans ce peu d'espace. Elles me voient : c'est un seul et même cri. Je me précipite dans la rue, sous le soleil matinal d'août : toutes agitent les bras dans ma direction, en criant : "Adieu ! Adieu !" Elle, je la distingue à peine, ses yeux joyeux, pleins d'appréhension et d'incertitude."

Pier Paolo Pasolini, La longue route de sable (Editions Xavier Barral, avec des photographies de Philippe Séclier) 

Photographie Paolo di Paolo


















mardi 31 décembre 2013

Les platanes du temps


Lumière dorée de soleil d'hiver. C'est depuis le pays de Jean Giono, au pied de la Montagne de Lure, que je souhaite à mes amis et lecteurs de Noël 69 à Clermont Ferrand une excellente année 2014.


Que cette année nouvelle soit, selon vos désirs, douce ou ardente, paisible ou passionnée, peut-être tout ça à la fois.
Sous le signe du sud
Sous le signe de l'espérance
Sous le signe du rêve
Sous le signe du temps
Qu'elle ait, pourquoi pas, la beauté calme et lumineuse d'un poème de Jérôme Leroy :

Ça se lève toujours à la fin
L'avenue en pente douce
Descend vers les années soixante
A chaque numéro insensiblement
Un détail entre les platanes
Indique le reflux du temps
L'avenue en pente douce
Descend vers l'estuaire bleu et or
On entend maintenant du twist
Un Tepaz respire par la fenêtre
Au troisième étage du 120
Et c'est une petite MG qui descend
L'avenue en pente douce
Bientôt l'estuaire bientôt le bleu et or
Les platanes du temps respirent
L'après-midi est si calme
Bientôt l'estuaire bientôt le temps
L'avenue en pente douce
Descend vers les années soixante
Ça se lève toujours à la fin.

Et pour terminer 2013 en musique, quelques notes venues d'encore un peu plus au sud, un peu plus à l'est.