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lundi 19 novembre 2018

Cette soustraction au poids des jours



"Il ne pleuvait plus, mais il faisait de plus en plus froid et les rafales de vent étaient à chaque fois plus cinglantes. À présent le soldat Narval comptait ses pas dans la neige et il sifflait dans les rues désertes qui avaient été arrachées au quotidien, mais il avait le sentiment, plutôt le pressentiment vague et confus, informulé, que cette soustraction au poids des jours, cet arrachement au clou du quotidien qui suscitait l'enthousiasme des hommes depuis des millénaires – depuis le premier sang, en fait –, était monté en intensité pour atteindre aujourd’hui son point absolu, sa force extrême, qui débordait tout, le jour, la nuit et les hommes, livrant ces mêmes hommes à une destitution permanente de leur vie, leur laissant seulement le loisir de contempler leur propre destruction."

vendredi 9 novembre 2018

Cent ans (2)

Giorgio De Chirico, Portait de Guillaume Apollinaire (1914)

Alors que dans trois jours sera commémorée la fin de cette grande boucherie que fut la guerre de 14-18, cela fait cent ans aujourd'hui que Guillaume est parti.

On avait déjà publié ICI (pour évoquer les derniers jours d'Apollinaire dans son appartement du boulevard Saint-Germain) et (pour se souvenir du centenaire du jour où Guy l'artiflot fut blessé à la tête au Bois des Buttes) des extraits du texte magnifique qu'un autre poète qu'on aime beaucoup ici, Marcel Thiry, a écrit et lu en 1935 lors de la cérémonie d'inauguration du Mémorial consacré à Apollinaire à Malmedy-Bernister, en Wallonie. Une stèle y a été érigée pour commémorer le séjour en 1899 de Guillaume, alors âgé de 19 ans, dans la région, notamment dans un hôtel à Stavelot (dont il partit avec son frère sans payer !).

Il m'a semblé indispensable de recopier, ici et maintenant, pour penser à celui qui a quitté le temps le 9 novembre 1918, l'intégralité de ces vers admirables de Marcel Thiry, hommage sensible et émouvant au Prince des poètes.

Quelquefois, quand je vois grandir les jeunes filles,
Quand mon âge mesure avec mélancolie
Le temps qui passe à cette beauté qui leur vient,
Je recense en mes mains le sable des années.
Les belles de mil neuf cent quinze sont fanées
Et mes amis tués sont des morts très anciens ;
Et je pense à celui qui a quitté le temps,
Qui, un jour de novembre, il y a dix-sept ans,
A comme un dieu tricheur éludé la vieillesse
Et quelque part, dans l'ironie et la sagesse,
Est resté l'enchanteur qui jamais ne pourrit ;
Je pense au lieu malicieux d'où il sourit
Aux vanités et aux travaux indulgemment,
À ce séjour de la liberté poétique
Où, doux flâneur qui a mystifié le temps,
Entre Tirésias, Énoch et Angélique,
Guillaume Apollinaire a cinquante-cinq ans.

Un jour, 
           un jour la fête en bleu allait finir.
La plus vaste dépense au monde allait finir.
Le plus grand jeu de sang, de chevaux, de fusées,
De cerveau répandu, de villes embrasées,
La plus grande aventure au monde allait tarir.
Déjà redescendait ce haut concert d'étoiles,
Ces astres balançant du jugement dernier
Dont toi seul, conducteur, en ces quatre ans d'histoire
Avais su voir les fleurs neuves au ciel guerrier.
Car toi seul ne fus belliqueux ni pacifiste ;
Toi, ni Claudel et ni Barbusse, mais vivant,
Mais gai, mais conducteur tôt levé dans le vent,
Toi seul, ces blancs et verts soleils parachutistes,
Tu les as salués dans la nuit des tranchées
Quand leurs feux s'abaissaient pour rebondir encor,
Et qu'aux brises du front mollement accrochées
Leurs lampes ne cessaient de naître en lacs d'or triste
Et de renaître et de descendre sur les morts.
Or, ce jeu des quatre ans prodigues s'achevait.
Alors, connaissant bien l'avenir par les cartes,
Tu as souri comme on dit que tu le savais
Et tu as dit : « Guillaume, il est temps que tu partes. »

Apollinaire, il était temps que tu partisses.
Ton ère allait mourir avec ces armistices.
Tu avais eu l'amour à vingt et à trente ans
Et le temps béni, quand vous alliez par les plages ;
Le monde avait fleuri pour toi dans un printemps
D'art rénové, de villes gouges, de voyages,
Tu avais eu la guerre et ton beau sang versé ;
De tout cela, comme à l'hôtel de Stavelot,
Il aurait quelque jour fallu payer l'écot
Et vieillir, toi qui fus la jeunesse d'un âge !
Tu as choisi d'aller dans ton ciel coulissé
Parmi tes trismégistes et tes Simon-Mage,
Et tu t'es, à la cloche de bois, éclipsé...

Mais nous, qui restons veufs du grand vent de ton verbe,
Nous allons depuis lors fiés à ces croyances
Qu'on vouait à des rois plus forts que leur départ
Et plus rois que la mort, Barberousse ou Richard ;
Nous t'attendons, Merlin qui peux les revenances !
Et n'est-ce pas ce soir, soudain, marchant sur l'herbe
Miraculeuse comme un dieu blanc sur les flots,
Que tu vas apparaître au détour de la fagne
Avec ton diadème à ton front de héros,
Ton œil moqueur, ton uniforme de campagne,
Et soudain tout l'envol en geyser de tes mots ?

Marcel Thiry, Commémoration d'Apollinaire (À-propos lu au monument de Bernister), 1935
On a trouvé ce texte dans la remarquable anthologie des poèmes de Marcel Thiry publiée par les éditions La Table Ronde, Collection La petite vermillon, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques.


Et j'invite ceux qui souhaiteraient vagabonder un peu en ces lieux sur les traces en mots et en photos du poète, à cliquer ICI.

 

vendredi 23 février 2018

Licornes et nymphéas



"Elle pénétra dans la salle ovale à pas lents. La splendeur des Nymphéas l'engloba.
C'était la beauté du monde qui s'épanchait ici. Aquatique, nuageuse, frissonnante, tantôt limpide tantôt obscure, tissée de reflets et d'évocation. La parfaite beauté du monde.
Claude Monet les avait pourtant peints en 1917. Alors que la violence déferlait, que la Première Guerre mondiale activait son gigantesque hachoir.
Peindre à Giverny, dans la paix lumineuse de la campagne, créer cette légèreté, imaginer cette délicatesse floutée tandis que la planète était à feu et à sang… Pourquoi ? Cela n'était pas de l'égotisme, cela n'était pas de l'indifférence. Un homme était tout sauf indifférent lorsqu'il parvenait à exprimer une réalité à la fois si délicate et si juste, qui nous touchait au cœur."

* * *

"La princesse à l'odeur de coquelicot glisse sa caméra, son ordinateur et son téléphone dans son sac à bandoulière. Valentin n'hésite pas.
- Tu pars manger, Salomé ? Je peux venir avec toi ?
- Désolée, Valentin, aujourd'hui je ne peux pas.
Valentin se demande où Salomé s'en va. Elle lui sourit. Elle sait bien qu'il est curieux, et ça l'amuse. Elle lui parle à voix basse.
- Je vais dans un endroit qui s'appelle l'hôtel de la Licorne.
Là, Valentin est vraiment intéressé. Les licornes sont des bêtes attirantes, même si Dorine dit qu'elles n'ont jamais existé. Pourtant, il y en a souvent dans les vieux tableaux qu'aime bien sa sœur. Elles ont de belles têtes et des cornes en or. Alors, pourquoi en peindre tant si elles n'existent pas ?
- Où tu vas, il y a de vraies licornes ? Et les gens peuvent les voir depuis leurs chambres ?
- Non, répond Salomé en riant. Mais ce serait une idée. Quand j'étais petite, je rêvais d'en croiser une à la campagne.
Et la voilà qui s'en va. Valentin la regarde filer."


"Alice se leva et sortit Le Secret de la licorne de la collection de BD. Le préféré de sa nièce. Comme tous les autres, l'album était écorné à force d'avoir été lu et relu. Elle le feuilleta et sourit en se remémorant le profil concentré de la fillette aux boucles rousses lorsqu'elle avait mis le nez pour la première fois dans le monde merveilleux d'Hergé. Salomé ne savait pas encore lire. Tranquille, silencieuse, elle avait demandé à tante Alice de « bien vouloir lui faire la lecture ». Tous les albums y étaient passés."


mardi 14 juin 2016

Mais l'Espoir (il y a cent un ans)


Secteur du Chemin des Dames. Arrivé sur le front de Champagne le 6 avril 1915,
Guillaume Kostrowitzky y restera jusqu'à sa blessure au Bois des Buttes le 17 mars 1916.


                       14 juin 1915

                     On ne peut rien dire
                     Rien de ce qui se passe
                    Mais on change de Secteur
                    Ah! voyageur égaré
                     Pas de lettres
                     Mais l'espoir
                     Mais un journal
          Le glaive antique de la Marseillaise de Rude
                   S'est changé en constellation
                   Il combat pour nous au ciel
                   Mais cela signifie surtout
                   Qu'il faut être de ce temps
                   Pas de glaive antique
                        Pas de Glaive
                        Mais l'Espoir

Guillaume Apollinaire, in Calligrammes

François Rude, La Marseillaise (1836)


jeudi 17 mars 2016

Cent ans




C'est aujourd'hui, enfin il y a tout juste un siècle, le 17 mars 1916, que Guillaume Apollinaire est blessé à la tête au Bois des Buttes.




"Et n'est-ce pas ce soir, soudain, marchant sur l'herbe
Miraculeuse comme un dieu blanc sur les flots,
Que tu vas apparaître au détour de la fagne
Avec ton diadème à ton front de héros,
Ton oeil moqueur, ton uniforme de campagne,
Et soudain tout l'envol en geyser de tes mots ?"

Marcel Thiry, Commémoration d'Apollinaire, 1935

jeudi 31 décembre 2015

Finir l'année




Finir l'année dans la brume hivernale et le givre artiste de Haute-Provence



Finir l'année sur les plages, les plages sont belles l'hiver, en écoutant la rêverie lumineuse et magnifique de Beach House et ses Wishes





Finir l'année avec Maud qui 46 ans plus tard est toujours aussi belle et chante C'était fini la guerre





Finir l'année en rêvant, oui, d'un peu moins de guerre
 
Finir l'année en regardant Orion et les Pléiades dans le ciel du sud

Finir l'année en vous souhaitant, avec quelques heures d'anticipation, tout ce que vous voulez pour 2016, qu'avant tout elle vous soit douce


vendredi 20 novembre 2015

A Paris comme à Brest



"Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée"



lundi 9 novembre 2015

Les automnes de Guillaume


 
Ce matin encore tu étais là
Mon cher Guetteur mélancolique
Ce matin de novembre
Lumineux et doux
Pour me parler de Guillaume
Du temps béni des plages
Guillaume et son Lou adoré
Guillaume et ses fantômes
Guillaume et ses automnes
Son automne éternelle
Sa saison mentale
Guillaume est malade
En cet automne malade et adoré
9 novembre 1918
C'est son dernier automne

Sais-tu mon cher Guetteur
Que le pigeon Le Vaillant
Un de tes ancêtres, qui sait ?
Fut là-bas décoré
Peut-être a-t-il du côté de Verdun
Un jour croisé Guillaume
Avant qu'il soit blessé
Croisé Guy l'artiflot
Tout près du Fort de Vaux

Mon cher Guetteur
Tu es le fils des Saisons
Tu es là au printemps
Tu es là en automne
Tu es le fils du Temps
Tu marques mes matins
Tu dis les souvenirs
Mon cher Guetteur
Dis-moi qui demeure

© Florence M., novembre 2015


lundi 11 mai 2015

202 boulevard Saint-Germain



"Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi"

Guillaume Apollinaire, Vendémiaire (Alcools)


Début 1913, quelques mois avant la parution d’Alcools, Apollinaire s'installe au 202 boulevard Saint-Germain, dans un petit appartement sous les toits, "le pigeonnier, le grenier" comme évoqué par son ami André Billy.







Un jour d'avril bleu, on passe devant l'immeuble, on lève la tête, on voit la petite terrasse. Clignant des yeux dans le soleil timide, est-ce bien le fantôme de Guillaume que l'on devine... ?
Guillaume Apollinaire et sa femme Jacqueline


Sur sa porte, Apollinaire a épinglé ce carton :


L'immeuble est à une centaine de mètres du Café de Flore, dont le poète est un fidèle client.
Dans Café de Flore, l'esprit d'un siècle, Christophe Boubal cite André Billy:
« Au clair de lune, à deux heures du matin, combien  de fois ai-je bu un dernier pernod au Flore ou aux Deux-Magots, avant qu'il ne rentrât chez lui, 202 boulevard Saint-Germain ».
Il cite aussi Philippe Soupault (Mémoires de l'oubli) :
« Au Café de Flore, devant un picon-citron, Apollinaire était assis comme un "pontife" et accueillait ses amis avec un sourire. Un sourire que je n'ai jamais oublié.
Ses amis : Pierre Reverdy, silencieux ; Max Jacob, bavard ; Blaise Cendrars, ricanant ; Francis Carco, goguenard, Raoul Dufy, distant (...).
Près de moi vint s'assoir un jeune homme en uniforme bleu horizon (c'était notre uniforme en 1917), c'était un grand jeune homme aussi intimidé que moi. "C'est André Breton, me dit Apollinaire, dont je vous ai lu un poème...". Et il ajouta sur le ton prophétique qu'il avait adopté à l'époque: "Il faut que vous deveniez amis". »

Christophe Boubal évoque également le 9 novembre 1918, jour de la capitulation de l'empereur d'Allemagne, Guillaume II, avec cette anecdote cruellement ironique : tandis que boulevard Saint-Germain la foule hurle "A mort Guillaume !", quelques étages plus haut, un autre Guillaume, Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, Guy l'artiflot, est en train de mourir...

* * * 

"Et je pense à celui qui a quitté le temps,
Qui, un jour de novembre, il y a dix-sept ans,
A comme un dieu tricheur éludé la vieillesse
Et quelque part, dans l'ironie et la sagesse,
Est resté l'enchanteur qui jamais ne pourrit ;
 [...]
Alors, connaissant bien l'avenir par les cartes,
Tu as souri comme on dit que tu le savais
Et tu as dit : « Guillaume, il est temps que tu partes. »"

Marcel Thiry, Commémoration d'Apollinaire, 1935

Au Père-Lachaise

jeudi 30 octobre 2014

Tu parles trop, Mathias, il faut chanter




Je n'ai pas souvenir que ma maman ait chanté ça quand j'étais petite. Mais elle aurait pu. Oui, elle aurait très bien pu.




samedi 26 avril 2014

Pluie

Les Gobelins - 26 avril 2014
La pluie et les tyrans

Je vois tomber la pluie
Dont les flaques font luire
Notre grave planète,
La pluie qui tombe nette
Comme du temps d'Homère
Et du temps de Villon
Sur l'enfant et sa mère
Et le dos des moutons,
La pluie qui se répète
Mais ne peut attendrir
La dureté de tête
Ni le cœur des tyrans
Ni les favoriser
D'un juste étonnement,
Une petite pluie
Qui tombe sur l'Europe
Mettant tous les vivants
Dans la même enveloppe
Malgré l’infanterie
Qui charge ses fusils
Et malgré les journaux
Qui nous font des signaux,
Une petite pluie
Qui mouille les drapeaux.

Jules Supervielle, in La Fable du monde  

lundi 21 avril 2014

Pâques au Chemin des Dames

Du plateau de Californie, un des points de crête du Chemin des Dames

"Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier"

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou, 30 janvier 1915

Le 14 mars 1916, Apollinaire note dans son carnet : "Arrivée dans les tranchées sans abri du bois des Buttes au nord de Pontavert.". 16 mars: "Bombardement épouvantable tout le jour et partie de la nuit. 1 mort à la 4e section." 18 mars: "Je lisais à découvert au centre de ma section, le lisais le Mercure de France, à 4 heures un 150 éclate à 20 mètres, un éclat perce le casque et troue le crâne."


De Craonne, village anéanti lors de l'offensive catastrophique qui débuta le 16 avril 1917 et devenu un des symboles de la tragédie du Chemin des Dames, il ne reste rien...


... ou presque.



Craonnelle
Les terribles combats à partir d'avril 1917 sont à l'origine d'une vague de "mutinerie", où des soldats désespérés expriment dans des lettres, des tracts, des inscriptions sur les trains, leur fatigue, leur désespoir, leur révolte, leur souhait de paix, leur refus de la mort ainsi que la critique du commandement.

Dans des chansons aussi, comme la célèbre Chanson de Craonne, interdite en France jusqu'en 1974...


Parmi les lettres des révoltés, ces mots simples et poignants :

Chérie, dites avec moi "A bas la guerre qui nous sépare et vive la Révolution qui en nous amenant la paix nous réunira." Je vous aime et je ne veux pas mourir.

 
Aujourd'hui, des fleurs bleues poussent à Craonne.

samedi 9 novembre 2013

P... de guerre

Fort de Vaux - Avril 2012
 "Je t’écris ô mon Lou de la hutte en roseaux
Où palpitent d’amour et d’espoir neuf coeurs d’hommes
Les canons font partir leurs obus en monômes
Et j’écoute gémir la forêt sans oiseaux"
Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou, 1915


Et aussi De toi depuis longtemps je n'ai pas de nouvelles, lu ici par Jean-Louis Trintignant.


"Comme si cela ne suffisait pas, à peine s'étaient-ils extraits de leur cache, il a fallu qu'un chasseur Nieuport vînt à s'écraser et se disloquer en explosant sur la tranchée, tout près de l'abri, multipliant un cataclysme de poussière et de fumée - à travers quoi ils ont pu voir brûler deux aviateurs tués dans le choc et restés démantelés sur leurs sièges, transformés en squelettes grésillants maintenus par leurs courroies. Le jour tombait cependant, qu'on ne voyait d'ailleurs pas tomber dans ce désordre, et au moment de sa chute un calme relatif a paru se rétablir un moment. Il semblait néanmoins qu'on désirât conclure par un dernier déferlement, un final de feu d'artifice, car une canonnade gigantesque a repris : Anthime et Bossis se sont encore trouvés couverts de terre par l'explosion d'un nouvel obus, tombé sur la sape qu’ils venaient à l’instant de quitter et dont la voûte, sous leurs yeux, n'a pas résisté à l'impact."
Jean Echenoz, 14