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lundi 1 avril 2019

Parenthèse (2) - Animal et végétal


The little Daisy family

Tarte aux abricots maison en devenir

There's a new kid in town.

La reine Claude fut d'abord une jolie princesse.

Ami m'écriras-tu romans noirs et mots bleus ?

"Et les fruits passeront la promesse des fleurs"
écrivait François de Malherbe.
Mais celle-ci, immaculée au coeur rose, à devenir amande préféra le plaisir d'un bain de soleil sur l'herbe chaude...

lundi 11 février 2019

C'est un signe



"Springsteen, que nous aimions tant, est venu en Europe jouer son disque The River. Le marin s'est débrouillé pour trouver des billets et m'a entraînée à Brighton, le jour de mon anniversaire. Springsteen avait joué mes préférées, Fire, Stolen Car, Point Blank et Candy’s Room à la suite, comme un cadeau, comme s'il était au courant. Je n'en revenais pas. C'est un signe, lâcha mon jules. Il m'avait hissé sur ses épaules et je l'avais aperçu. Il était petit, agité, secoué de mille tics, guitare et mâchoire en avant, mais mignon. Il débarquait du pays des espoirs et des rêves."

C'est noir, rapide, vif, tranchant. Court et intense. Et émouvant. Deux voix de femmes dont les destins douloureux vont se rejoindre dans un final violent mais lumineux.



vendredi 21 décembre 2018

Paris, décembre



Ils ont tendrement entouré la belle
Branches bras écrin soyeux
Et Séléné put s'endormir enfin
Illumination rêves bleus


FM, décembre 2018

jeudi 13 septembre 2018

Un amas de noir brillant




"Que c'est fragile, l’insouciance d'un soir. Qui se promène bras dessus, bras dessous, entre les lampadaires ? Les fantômes sont habiles, personne ne leur défend de circuler. La mer est un amas de noir brillant."
 

Marie Richeux, Climats de France (Sabine Wespieser Editeur, 2017)



mercredi 28 février 2018

La maison du docteur




« Je rendis ma carte magnétique à la réception, payai cette chambre où je n'avais même pas passé une nuit, et je me mis à marcher dans les rues du Santiago nocturne. Heureusement, la chaleur s'était atténuée et les arbres verdoyants du quartier de Providencia offraient une fraîcheur stimulante. Le restaurant n'étant pas loin, je décidai de rejoindre à pied la rue Guardia Vieja.
"Près de la maison du docteur", avait précisé Eladio, et, me déplaçant d'un pas lent comme un riverain sorti faire une promenade pour pouvoir trouver le sommeil, je cherchai le numéro 392 de la rue Guardia Vieja, la maison du docteur, la maison de Salvador Allende.
Elle était pareille à mon souvenir. Nous autres, les membres du GAP, le Groupe des amis personnels, l'escorte d'Allende, avions pris l'habitude de le désigner comme "le docteur", moins en référence à sa profession de médecin que parce que le respect et l'admiration que nous lui portions nous empêchaient de lui donner du camarade ou du président.
Je m'approchai de la grille d'acier noire, et comme je scrutais le petit jardin qui donnait sur la rue, la lumière de la rue projeta mon ombre presque jusqu'à la porte. L'ombre de ce que j'avais été entrait dans cette demeure quarante ans après que mon corps de jeune homme l'avait fait, à vingt ans à peine, décidé à risquer ma peau pour cet homme, "le docteur", qui incarnait le meilleur rêve possible.»





vendredi 23 février 2018

Licornes et nymphéas



"Elle pénétra dans la salle ovale à pas lents. La splendeur des Nymphéas l'engloba.
C'était la beauté du monde qui s'épanchait ici. Aquatique, nuageuse, frissonnante, tantôt limpide tantôt obscure, tissée de reflets et d'évocation. La parfaite beauté du monde.
Claude Monet les avait pourtant peints en 1917. Alors que la violence déferlait, que la Première Guerre mondiale activait son gigantesque hachoir.
Peindre à Giverny, dans la paix lumineuse de la campagne, créer cette légèreté, imaginer cette délicatesse floutée tandis que la planète était à feu et à sang… Pourquoi ? Cela n'était pas de l'égotisme, cela n'était pas de l'indifférence. Un homme était tout sauf indifférent lorsqu'il parvenait à exprimer une réalité à la fois si délicate et si juste, qui nous touchait au cœur."

* * *

"La princesse à l'odeur de coquelicot glisse sa caméra, son ordinateur et son téléphone dans son sac à bandoulière. Valentin n'hésite pas.
- Tu pars manger, Salomé ? Je peux venir avec toi ?
- Désolée, Valentin, aujourd'hui je ne peux pas.
Valentin se demande où Salomé s'en va. Elle lui sourit. Elle sait bien qu'il est curieux, et ça l'amuse. Elle lui parle à voix basse.
- Je vais dans un endroit qui s'appelle l'hôtel de la Licorne.
Là, Valentin est vraiment intéressé. Les licornes sont des bêtes attirantes, même si Dorine dit qu'elles n'ont jamais existé. Pourtant, il y en a souvent dans les vieux tableaux qu'aime bien sa sœur. Elles ont de belles têtes et des cornes en or. Alors, pourquoi en peindre tant si elles n'existent pas ?
- Où tu vas, il y a de vraies licornes ? Et les gens peuvent les voir depuis leurs chambres ?
- Non, répond Salomé en riant. Mais ce serait une idée. Quand j'étais petite, je rêvais d'en croiser une à la campagne.
Et la voilà qui s'en va. Valentin la regarde filer."


"Alice se leva et sortit Le Secret de la licorne de la collection de BD. Le préféré de sa nièce. Comme tous les autres, l'album était écorné à force d'avoir été lu et relu. Elle le feuilleta et sourit en se remémorant le profil concentré de la fillette aux boucles rousses lorsqu'elle avait mis le nez pour la première fois dans le monde merveilleux d'Hergé. Salomé ne savait pas encore lire. Tranquille, silencieuse, elle avait demandé à tante Alice de « bien vouloir lui faire la lecture ». Tous les albums y étaient passés."


lundi 29 janvier 2018

Trois âmes




"L'année 1966 tirait à sa fin. En Chine, Mao ne voulait plus la gentillesse, mais la guerre. Walt Disney était mort. Quelques étudiants s'excitaient du côté de Strasbourg, provoquant un énorme scandale. De Gaulle avait poliment demandé aux Américains de plier bagage, faisant plonger le Berry dans la déréliction. Les gens découvraient la mode anglaise, la Renault 8 Gordini, le stylo-bille et La Vache qui rit. Je regardais tout cela de très loin, comme derrière un verre voilé. J’avais consumé ma quarantième année dans le feu et le sang. J'avais tiré sur des ombres d'hommes. Il pleuvait quasiment tous les jours et les arbres accrochaient des haillons de nuages flasques dans leurs branches fluettes. Le monde, ses contours imparfaits, flottait, se reflétant dans un miroir dépoli à l’acide. Les feuilles mortes jonchaient les trottoirs, macéraient dans l'eau. Tout l'automne à la fin n'était plus qu'une tisane froide."

* * *

"Nos visages de craie. Nos visages de cendre. Sous l'œil inquisiteur de l'ampoule.
Nos âmes encagées dans ce minuscule local, trois âmes, celles d'un tueur présumé, d'un flic chevronné et de son fantôme, trois âmes se cognant contre les murs, sombre supplice, sombre peine, trois âmes perdues dans le cheminement des mots, dans les digressions trompeuses et les silences, trois âmes emmurées.
La lumière ne s'est jamais éteinte."

* * *

C'est noir, c'est fort, c'est "Avant l'aube" de Xavier Boissel. Sur fond d'enquête autour de la découverte d'un cadavre de femme sur la Petite Ceinture, l'auteur nous offre une plongée sombre et hallucinée dans la France de De Gaulle. Avec en prime de judicieuses citations qui émaillent le texte, recensées à la fin du livre (comme ci-dessus, la phrase en italique tirée du poème La Fin de l'automne de Francis Ponge, in Le Parti pris des choses).


La Petite Ceinture, août 2017

vendredi 22 septembre 2017

Equinoxe



Soirée d'adieu d'un été bleu. Le peuple des toits danse sans joie.

mardi 19 septembre 2017

René, Jean-Claude et Miles



"Le calme parfait du cimetière me surprit après l'agitation du petit restaurant. On franchissait un mur et la fièvre de la ville laissait place à un immense jardin. Mille touches de couleurs respiraient sous un limpide ciel de septembre. Personne dans ces larges allées qu'un employé arrosait en sifflotant.
En grimpant vers le crématorium, je me souvins d'une matinée semblable à celle-ci, paisible et bleue. Nous avions accompagné Jean-Claude, notre ami, jusqu'aux portes de l'éternité. Pendant que son corps brûlait nous avions écouté la trompette de Miles Davis, lointaine, mélancolique, et cette mélodie ressemblait à tous les personnages de Total Khéops et à cette ville qui étaient sortis de son cœur. Instant inoubliable. Inoubliable ami."

* * *

 "Il introduisit un CD dans le lecteur.
– Tu aimes le jazz ? me demanda-t-il.
– J'en écoute peu.
– Si tu n'aimes pas ce morceau, c'est que tu as une pierre à la place du cœur. Il m'arrive de pleurer en l'écoutant.
– Qu'est-ce que c'est ?
So What. Trompette, Miles Davis. Sax ténor, Coltrane. Drums, DeJohnette. Contrebasse, Gary Peacock. Et au clavier, Herbie Hancock. Enregistré dans un caboulot de Pittsburgh dans les années soixante.
Cette voiture luxueuse conduite par un truand, l'évasion rocambolesque que nous préparions, ce morceau de jazz sous les lumières d'Avignon, j'avais l'impression d'être un acteur dans un film de Melville. Si le cinéma n’existait pas il y aurait beaucoup moins de voyous, pensais-je. Qui s'intéresse aux plombiers ?"




samedi 8 juillet 2017

On a beau savoir



On a beau savoir qu’on a devant soi plusieurs années de lecture rien qu’avec les piles qui encombrent le salon, qui entourent le lit... rien n’y fait, il y a des achats nécessaires avant l'imminent départ en vacances, des achats qui rassurent comme des provisions qu’on ferait avant une possible apocalypse, des achats qui consolent de passer encore un week-end au travail... La crème solaire, le stick pour les lèvres et les médicaments passeront après.

lundi 5 décembre 2016

Les neuf mots du bleu



"Mais Lilia, elle, était emballée par le sujet, elle dansait avec lui, elle avait une aventure avec lui. Elle comprenait la poésie de la multiplicité, de l'aliénation, des concepts inconciliables de la géographie : dans l'une des langues mayas, il existe neuf mots différents pour désigner la couleur bleue. (Cela, il le savait depuis des années, mais ce fut grâce à elle qu'il se demanda à quoi pouvaient ressembler ces intraduisibles nuances de bleu.)"

Emily St. John Mandel, Dernière nuit à Montréal (Rivages/Noir)

Le bleu de Klein est-il une de ces nuances, et quel mot maya pour le désigner ?

Et le cassé-bleu de Nicolas de Staël ?  (expression inventée par son ami René Char)

Le "cassé-bleu", c'est absolument merveilleux, au bout d'un moment la mer est rouge, le ciel jaune et les sables violets, et puis cela revient à la carte postale de bazar, mais ce bazar-là et cette carte, je veux bien m'en imprégner jusqu'au jour de ma mort. Sans blague, c'est unique René. Il y a tout là. Après on est différent.
(Lettre de Nicolas de Staël à René Char, 23 juin 1952)

Peut-être "bleudeklein" et "cassébleu" sont-ils finalement des mots mayas.
 

lundi 31 octobre 2016

Les Demoiselles de Banon


Rassemblement familial ? Réunion de cellule ?
Complot ? Répétition de club théâtre ?

lundi 24 octobre 2016

lundi 10 octobre 2016

Derniers instants




"Elena posa son crayon rouge et ferma les yeux. Toute sa vie, elle avait été attentive aux derniers instants – le dernier instant avant une catastrophe, le dernier instant avant une surprise, le dernier instant avant d’ouvrir la lettre de l’université Columbia dans le salon de votre ville natale arctique, avec vos parents qui attendent sur le seuil en retenant leur souffle – et elle en était arrivée à reconnaître d’emblée un dernier instant quand elle en voyait un. Là, c’était le dernier instant où elle pourrait supporter de continuer ainsi."

Emily St. John Mandel, On ne joue pas avec la mort (Rivages/Noir)

vendredi 30 septembre 2016

Sur la Lune, nous avons tout




Elle me plaisait bien, ma maison sur la Lune, et la dotai d'un âtre et l'entourai d'un jardin (qu'y fleurirait-il, que pousserait-il sur la Lune ? Il fallait que je le demande à Constance), et je déjeunerais dehors, dans mon jardin sur la Lune. Les objets brillaient d'un vif éclat, sur la Lune, et leurs couleurs étaient étranges ; ma petite maison serait bleue.

* * *

- Tu sais, dit Constance en soulevant le couvercle d’une marmite posée sur la cuisinière, je crois que nous pourrons bientôt ramasser des laitues ; le temps est resté si doux.
- Sur la Lune..., fis-je, puis je me tus.
- Sur la Lune, dit Constance en se tournant pour me sourire, tu as des laitues toute l’année, peut-être ?
- Sur la Lune, nous avons tout. Des laitues, des tourtes à la citrouille et des amanites phalloïdes. Nous avons des plantes velues et des chevaux qui dansent en battant des ailes. Toutes les serrures sont robustes et inviolables, et il n’y a pas de fantômes. Sur la Lune, Oncle Julian serait en bonne santé et le soleil brillerait tous les jours. Tu porterais les perles de notre mère et tu chanterais, et le soleil brillerait tout le temps. 





On trouvera ICI une belle critique de ce petit bijou noir.

jeudi 3 mars 2016

Et tout, même la couleur noire...


Paris la nuit (1954)

"Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.

Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d'un feu personnel !

Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l'œil, rien pour les oreilles !)
Un silence d'éternité."

Charles Baudelaire, extrait de Rêve parisien (Les Fleurs du mal)


jeudi 11 février 2016

61 rue Sainte-Anne




61, rue Sainte-Anne. Je ne sais pas, cette fenêtre ouverte, comme ça, sur du noir... j’ai vraiment eu l’impression qu’il s’en faudrait de peu pour que le poète, qui a séjourné dans cet hôtel (qui s’appelait alors l’hôtel d’York) en février (tiens donc !) 1854, veuille bien se montrer et m’adresser un signe discret.

"Enfin ! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres ! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde."

On sourira à l’idée qu’Allan Kardec a également résidé ici. Est-ce de son fait si l’esprit de Charles m’a fugitivement semblé si présent... ?

Et on notera que l'hôtel Baudelaire jouxte le petit passage Sainte-Anne, modeste ruisseau qui se jette dans la délicieuse rivière du passage Choiseul.