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lundi 10 octobre 2016
Derniers instants
"Elena posa son crayon rouge et ferma les yeux. Toute sa vie, elle avait été attentive aux derniers instants – le dernier instant avant une catastrophe, le dernier instant avant une surprise, le dernier instant avant d’ouvrir la lettre de l’université Columbia dans le salon de votre ville natale arctique, avec vos parents qui attendent sur le seuil en retenant leur souffle – et elle en était arrivée à reconnaître d’emblée un dernier instant quand elle en voyait un. Là, c’était le dernier instant où elle pourrait supporter de continuer ainsi."
Emily St. John Mandel, On ne joue pas avec la mort (Rivages/Noir)
lundi 16 mars 2015
Derniers, dernières
Soixante ans aujourd'hui que Nicolas de Staël a rejoint les étoiles. Le Concert (ou Le Grand Concert ; L'Orchestre), peint en trois jours du 14 au 16 mars et resté inachevé, est son dernier tableau.
* * *
Ce 16 mars, il écrit deux dernières lettres.
L'une à son marchand Jacques Dubourg :
Jacques,
J'ai commandé chez un petit menuisier ébéniste près des remparts deux chaises longues en bois dont j'ai payé une, cela pour Ménerbes.
Au soin de la douane il reste toujours, les papiers sont à la compagnie générale qui transporta mes tableaux la dernière fois, tous les papiers concernant des petites chaises et tabourets que j'ai achetés en Espagne, aussi pour Ménerbes.
Je n'ai pas la force de parachever mes tableaux.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.
Nicolas
L'autre à son ami Jean Bauret :
Cher Jean,
Si vous avez le temps, voulez-vous au cas où l'on organise quelque exposition que ce soit de mes tableaux, dire ce qu'il faut faire pour qu'on les voie ?
Merci pour tout.
Nicolas
* * *
C'est de mai 1954, soit un peu moins d'un an auparavant, que date sa dernière lettre à René Char, où il évoque en filigrane son dernier amour, sa passion ardente, violente, désespérée, fatale pour Jeanne :
Bonjour vieux frère,
Donne-moi des nouvelles de ta santé, tant que tu es à Paris je suis inquiet. Tout le monde va bien ici, sauf Urbain qui m'a envoyé un ultimatum d'apothicaire. Il pleut tous les jours. On se reverra à l'Isle avec autant d'eau que la dernière fois, séparés de notre reine par le déluge.
Il y a des femmes qui ne se montrent que tels les astres, seuls avec tout le firmament intime au ciel.
Je l'aime à crever.
t'embrasse bien fort.
Nicolas.
* * *
Derniers lieux :
| Antibes, sur les remparts, la maison Ardouin |
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