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jeudi 21 janvier 2021

Le jour où...(20)

 Le jour de neige où je me suis rendu compte que le nouvel appartement de J. se situait juste en face de l'entrée du Passage Bourgoin, je me suis dit que le hasard faisait bien joliment les choses.

* * *

De sa fenêtre, Paris, tout blanc tout gris, penche.

mardi 29 janvier 2019

La trinité du Temps



Quand le Temps est triple, dis-moi, où est ton présent ?

dimanche 20 janvier 2019

Les ors de Choiseul



Les ors de Choiseul se préparent à la nuit
flous déjà, incertains, en partance
Les ors de Choiseul glissent vers l’oubli
vers l'absence
reviendront-ils ?
La fête est finie.

jeudi 22 novembre 2018

Et un jour, l'hiver s'est précisé (2)


Mon Choiseul, pâle ce matin
sous tes flocons d'or

mardi 8 mai 2018

Promenades (14) - Tout au fond du XIIIe arrondissement (3)



Il y a quelque temps, sur les traces de Nestor Burma dans Brouillard au Pont de Tolbiac de Léo Malet, en particulier dans son adaptation par Tardi, j'avais cherché en vain le passage des Hautes-Formes, où habitaient son ancien camarade anarchiste Lenantais avant qu'il ne soit assassiné, ainsi que la belle gitane Bélita.



Déception ! Le passage des Hautes-Formes, reliant la rue Nationale à la rue Baudricourt, n'est plus, englouti à la fin des années 70 par un programme de constructions modernes. Ironie du sort, lui qui tirait son nom de quelques maisons édifiées au Moyen Age se distinguant par leur hauteur supérieure à la moyenne de l'époque, a aujourd'hui disparu au profit de tours et immeubles élevés comme on en trouve beaucoup dans le XIIIe arrondissement.


Cependant, au détour d'un billet sur un autre vagabondage dans le treizième arrondissement, Matthieu de Missa Sine Nomine (que je remercie vivement !) me mit récemment sur la piste du passage Bourgoin cher au Sniper de Frédéric H. Fajardie. Quelques rapides recherches plus loin, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce passage Bourgoin (situé entre la rue Nationale et la rue du Château-des-Rentiers), distant d'à peine quelques encablures de l'ancien passage des Hautes-Formes, avait en fait servi de modèle à Tardi pour dessiner ce dernier dans Brouillard au Pont de Tolbiac !

Une nouvelle promenade, idéale en un radieux dimanche de printemps - dans une atmosphère certes assez éloignée du brouillard et de la pluie hivernaux associés au passage aussi bien chez Tardi que chez Fajardie -, s’imposait donc. 


"Alain Sigualéa gara la Méhari rue Nationale et, l'attaché-case dans une main, une gerbe de roses rouges dans l'autre, pénétra dans le passage Bourgoin.
Une fois de plus, et bien qu'il y habitât depuis trois ans, il s'immobilisa pour contempler la ruelle, trop peu large pour livrer passage à une voiture.
Ça ne ressemblait à aucun autre endroit de Paris. Un petit défilé bordé de minuscules pavillons. De loin en loin, d'antiques réverbères distribuaient une lumière parcimonieuse en délicats halos, corolles frissonnantes dans l'épaisse brume d'hiver.
Bien qu'il n'eût jamais vu ni l'un ni l'autre, ça lui évoquait un décor de maison de poupées, ou encore ces ruelles irlandaises, à Dublin, et ce type, le "Mouchard", dans le roman d'O'Flaherty. Manquait plus, à l'entrée, qu'un Fish and Chips enveloppant de papier journal les rations fumantes.
Alain Sigualéa savoura son bonheur quelques secondes encore et, comme tombaient les premières gouttes, obliques et froides, d'une petite pluie, il se remit en route.
Il s'arrêta trente mètres plus loin devant une porte peinte en vert qu'il ouvrit. Puis, sans un regard pour les quelques mètres carrés du jardin floral et potager, extraordinairement soignés, il gravit l'escalier de bois et entra directement au premier étage."

Frédéric H. Fajardie, Sniper
 

Le passage Bourgoin tient son nom du propriétaire des parcelles (initialement agricoles) sur lequel il a été ouvert vers 1880. Etienne Bourgoin possédait également les terrains de son voisin jumeau le passage National. Plus chanceux que le passage des Hautes-Formes, ils ont tous deux échappé au début des années 1980 à une destruction programmée, et sont maintenant protégés. Comme souvent dans le XIIIe, charme de province paisible et contrastes ancien / moderne sont au rendez-vous.






"Le Sniper habitait dans le coin. Ça, il le sentait.
Un coin… intéressant. Compliqué, certes, parce que ce mélange de taudis et d'immeubles hyper-modernes, ces migrants et ces cadres, ça formait un cocktail bizarre.
Mais indéniablement intéressant.
Il songea, le cœur léger, qu'il allait lui falloir beaucoup lire et beaucoup se balader avant de bien connaître le XIIIe arrondissement. 
Justement, deux choses qu'il aimait."

Frédéric H. Fajardie, Sniper

* * *

En rentrant par la Butte-aux-Cailles, on croisera un poète...


... un autre charmant passage endormi, le passage Boiton ...


... encore des glycines, ici dans le passage du Moulinet...


... et, rue du Moulin-des-Prés, Michel et Patricia s'embrassant pour l'éternité comme dans la rue Xavier Privas.


lundi 19 février 2018

Instantanés et faits d'hiver


18.02.18 - L'hiver a su offrir quelques moments de grâce aux piétons de Paris.

17.02.18 - Night fellows, les solitudes verticales

08.02.18 - Square Le Gall, tour Albert, c'est beau aussi un soir d'hiver.

07.02.18 - Toi aussi, mon Choiseul, tu as dû porter sur ton dos le blanc fardeau.

Et quand l'hiver ici est trop triste, trop gris, trop froid,
on appelle le souvenir de l'hiver austral - Atacama, juillet 2017

mercredi 7 février 2018

Les paupières en fer des vitrines



"Nous nous arrêtâmes avec la foule au bord du trottoir.
- Vous me suivez ? – dit-il.
Des chauffeurs de taxi forcément désœuvrés regardaient de notre côté. Des hommes-sandwiches nous séparèrent.
- Qu’est-ce que vous décidez ? dit-il.
Je l’entraînai dans le passage Choiseul :
- Vous ne voulez plus me parler ?
Je lui disais cela parce que je l’avais toujours connu.
L’alignement des vitrines fermées et des volets ne fut pas un repos.
- J’aime me taire, dit-il.
Nos pas résonnaient dans le passage, les paupières en fer des vitrines souffraient, la lèvre inférieure de l'inconnu s’affichait, une lèvre fendue comme un fruit."



mercredi 10 janvier 2018

From dusk to dawn


Les beaux Guetteurs mélancoliques.
Quand, entre neige et pluie, l'éclaircie a mené paisiblement les rêveurs, les sages et les fous vers la fin de l'an.

Crépuscule de l'an

Puis, doucement, l'année s'est levée sur Choiseul.

Noël 69 à Clermont-Ferrand souhaite à tous ses fidèles lecteurs et amis une belle année 2018 !
Surtout, surtout, qu'elle vous soit douce.

dimanche 9 avril 2017

Variations Choiseul



On a déjà évoqué, notamment ici, le passage Choiseul, sous le nom que lui donne Céline, Passage des Bérésinas. On y avait croisé Nestor Burma et Jean-Claude Brialy.

Entrée rue Saint-Augustin

Le bar ci-dessus, situé à l'extrémité nord du passage Choiseul, qui donne sur la rue Saint-Augustin, existait-il déjà du temps de Verlaine ? Y a-t-il bu des verres d'absinthe ? Le poète a en tout cas fréquenté le passage.  

En effet, dans les années 1860, le libraire Alphonse Lemerre, qui devient ensuite éditeur, installe sa boutique dans un petit local situé au numéro 23.

En cliquant sur cette photographie d'époque pour l’agrandir,
on distingue bien l’enseigne de la Librairie Lemerre.
Le 23 passage Choiseul aujourd'hui

C'est lors d'une réunion en ce lieu en 1866 qu'est trouvé le nom de la revue dans laquelle seraient publiés dans les dix années à venir les textes d'une centaine de poètes : Le Parnasse contemporain. Le mouvement des Parnassiens était né. Verlaine, qui publiera chez Lemerre trois recueils dont les Poèmes saturniens, est comme Baudelaire et Mallarmé, considéré comme associé au mouvement, plutôt qu'un véritable Parnassien. Parmi ces derniers, le poète François Coppée. Auquel Verlaine consacre une de ses Dédicaces, poème où sont évoqués le passage Choiseul de ces années-là (ce Soixante-sept à ce Soixante-dix) et Alphonse Lemerre.

Paul Verlaine, A François Coppée

On remarquera que Verlaine écrit "les" passages. Est-ce pour lui conférer une certaine universalité, une dimension de lieu générique, dans ce quartier où les passages abondent ? Le passage Choiseul symbole de tous les passages ? Ou bien est-ce parce que Verlaine inclut ainsi le petit passage Sainte-Anne, qui relie le passage Choiseul à la rue Sainte-Anne ?

Le passage dans le passage. L'austère et discret Sainte-Anne, vu...
... du brillant et fier Choiseul

On avait déjà croisé Baudelaire tout près, rue Sainte-Anne, et il n'est pas étonnant que nous le croisions aussi en nous promenant dans le passage Choiseul, d'autant plus que lui aussi a été édité par Alphonse Lemerre.


La curiosité pousse bien sûr à se demander quelle est l'origine du nom du passage. Remontons un peu le temps. Ouvert en 1827, le passage Choiseul doit son appellation à Marie-Gabriel-Florent-Auguste de Choiseul Gouffier (1752-1817). Celui-ci, appartenant à la célèbre Maison de Choiseul (du nom de Choiseul-en-Bassigny, village de Haute-Marne berceau de cette illustre famille), fut ambassadeur et ministre. Mais c'était aussi un explorateur et un écrivain, membre de l'Académie française, dont l'un des principaux ouvrages s'intitule "Voyage pittoresque en Grèce".

Il obtint l'autorisation d'ouvrir sur son terrain une impasse, qui devint en 1779 la rue de Choiseul, laquelle fut prolongée en 1827 par notre passage. 


La célèbre famille, dont les origines remontent au 11ème siècle, a compté nombre d'autres personnages notables, notamment des ministres, des parlementaires, des ecclésiastiques. Parmi ces derniers, Christophle de Choiseul, abbé des Mureaux et aumônier du roi, auquel Ronsard dédie une Ode en 1554 :

Mon Choiseul, lève tes yeux,
Ces mesmes flambeaux des Cieux,
Ce Soleil et ceste Lune,
C'estoit la mesme commune
Qui luisoit à nos ayeux.



Ce Christophle de Choiseul, dont la vie fut semble-t-il fort éloignée de l'austérité monacale qu'on aurait pu attendre de ses fonctions, était le protecteur et mécène de Rémi Belleau, autre poète de la Pléiade, et c'est vraisemblablement ce dernier qui l'a présenté à Ronsard. En 1556, Ronsard écrit en préface aux Odes d'Anacreon, traduites de Grec en François de Belleau, ouvrage dédicacé à Choiseul, un texte incisif à charge de ceux qui se prétendent écrivains intitulé A Christophle de Choiseul, son ancien amy, qu'il inclura ensuite dans Le Second Livre des Poemes.

Non, je ne me deuls pas qu'une telle abondance 
D'escrivains aujourd'huy fourmille en nostre France : 
Mais, Choiseul, je me deuls que tous n'escrivent bien,
Sans gaster ainsi l'encre et le papier pour rien,
Poussés plus d'une ardeur que polis de doctrine,
Le plus certain rempart de l'humaine poitrine.



Nous avons dérivé un peu loin, n'est-ce pas... Mais le passage est long. 190 mètres. Le plus long des passages couverts parisiens. En prenant le rythme d'un flâneur, on avait donc bien le temps de s'attarder un peu.


Certes les commerces de restauration rapide ont remplacé les libraires, les marchands d'oranges ou de parchemins rares et les gantières. Pourtant, notre cher passage sait nous ménager quelques surprises éphémères...


Le passage Choiseul nous a donc promenés au hasard des bars, de Ronsard à Godard, en passant par Verlaine, Baudelaire et d'autres... Je l'emprunte deux fois par jour, et il n'est pas rare que j'entende un de ces fantômes bienveillants et bien vaillants me murmurer quelques mots à l'oreille, comme par exemple lorsque je lève les yeux...

Mon Choiseul, lève tes yeux...

mercredi 7 décembre 2016

Faire le lien




"J'ai l'impression d'être tout seul à faire le lien entre le Paris de ce temps-là et celui d'aujourd'hui, le seul à me souvenir de tous ces détails. Par moments, le lien s'amenuise et risque de se rompre, d'autres soirs la ville d'hier m'apparaît en reflets furtifs derrière celle d'aujourd'hui."

Patrick Modiano, Dora Bruder 

lundi 4 avril 2016

Avril (4) - Passage des Bérésinas (2)


Mon cher passage, même la nuit