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jeudi 20 août 2020

Bel-Ami

Quand l'ami du soir s'invite dans un tableau

 

On l'avait croisé quelques jours plus tôt
dans une rue d'Aix-en-Provence...

 

jeudi 25 octobre 2018

La tentation mauve (10)


Elle m'attendait là, juste sous mes pas, métro Pyramides.

mercredi 5 septembre 2018

Les trois maisons du poète (1) - La Sebastiana



A « La Sebastiana » 

C'est moi qui ai construit la maison.

Je l'ai faite d’abord d'air. 
Puis dans l'air j'ai hissé le drapeau
et je l'ai laissé suspendu
au firmament, à l'étoile, à
la clarté et à l'obscurité. 

Ciment, fer, verre
étaient la fable,
plus précieux que le blé et comme l'or,
il fallait les chercher et les vendre,
et ainsi vint un camion :
ils déchargèrent des sacs 
et encore des sacs,
la tour s'agrippa à la terre dure,
- mais pas assez, dit le constructeur,
elle manque de ciment, de verre, de fer, de portes -,
et je n'ai pas dormi de la nuit. 

Mais elle grandissait, 
grandissaient les fenêtres, 
et sous peu, 
en lui collant le papier, en travaillant, 
en s'y attaquant du genou et de l'épaule, 
elle allait grandir jusqu'à exister, 
jusqu'à ce qu’on puisse regarder par la fenêtre, 
et avec autant de sacs, il semblait
qu'elle pourrait soutenir un toit et s'élèverait, 
et elle s'accrocherait finalement au drapeau
qui suspendait encore au ciel ses couleurs. 

J’ai rassemblé les portes les moins chères, 
celles qui étaient mortes
et qu'on avait jetées de chez elles,
des portes sans murs, cassées, 
débris entassés, 
des portes sans mémoire, 
sans souvenir de clé,
et j'ai dit: « Venez
à moi, portes perdues :
je vous donnerai une maison et un mur
et une main qui frappe, 
vous battrez de nouveau en ouvrant l’âme,
vous veillerez sur le sommeil de Matilde 
avec vos ailes qui volèrent tant ». 

Alors la peinture
arriva aussi en léchant les murs, 
les parant de bleu ciel et de rose 
pour qu'ils se mettent à danser. 
Ainsi la tour danse, 
chantent les escaliers et les portes, 
et la maison grimpe jusqu'à toucher le mât, 
mais l'argent manque, 
les clous manquent, les serrures, le marbre. 
Cependant, la maison 
continue de grimper 
et quelque chose se passe, un battement 
parcourt ses veines :
c'est peut-être une scie qui navigue
comme un poisson dans l'eau des rêves, 
ou un marteau qui pique
comme un fourbe condor charpentier 
les tables de la pinède que nous piétinerons. 

Quelque chose se passe et la vie continue. 

La maison grandit et parle, 
elle se maintient debout, 
des vêtements sont suspendus à un échafaudage, 
et comme en mer, le printemps 
nageant comme une naïade marine
embrasse le sable de Valparaiso, 

cessons d'imaginer : voici la maison : 

tout ce qui manque sera bleu, 

il ne lui reste plus qu'à fleurir. 

Ce sera le travail du printemps. 

Pablo Neruda, in Plenos poderes, 1962
(traduction François M., 2018) 





C'est en 1959 que Pablo Neruda (alors âgé de 55 ans), décide d'acquérir une maison à Valparaiso. Il fait alors à ses amies Sara Vial et Marie Martner la demande suivante :

 « Je ressens la fatigue de Santiago. Je veux trouver à Valparaiso une petite maison où vivre et écrire tranquille. Elle devra répondre à certaines conditions. Elle ne doit être située ni trop haut ni trop bas. Elle doit être solitaire, mais pas trop. Avec des voisins qu’on peut espérer invisibles. Il ne faudrait ni les voir ni les entendre. Originale, mais non dénuée de confort. Avec de nombreuses ailes, mais solide. Ni trop grosse, ni trop petite. Loin de tout, mais proche des transports publics. Indépendante, mais proche des commerces. De plus, elle doit être très bon marché. Pensez-vous que je peux trouver une maison comme ça à Valparaiso? »

Elles découvrent alors sur le mont Florida, une des collines de Valparaiso, le chantier d'une grande maison, dont le propriétaire, un architecte prénommé Sebastián, est mort plusieurs années auparavant sans pouvoir achever les travaux. Pablo Neruda la trouve à son goût, mais trop grande pour lui seul ; il l'achète donc en commun avec son amie sculptrice Marie Martner et son mari le docteur Francisco Velasco.

La maison, baptisée La Sebastiana en l’honneur du propriétaire précédent, fut inaugurée en 1961 lors d’une fête mémorable, et à cette occasion Neruda écrivit le poème ci-dessus.

Pillée après le coup d’état de 1973, La Sebastiana a été restaurée à partir de 1991. Charme et originalité de la structure tout en escaliers, terrasses et fenêtres, vue sublime sur la baie de Valparaiso, décoration foisonnante d'un goût exquis (Neruda était un grand collectionneur, notamment de cartes anciennes, de peintures, d'instruments de navigation), c'est peu de dire que, comme les autres maisons chiliennes du poète (Isla Negra, et, à Santiago, La Chascona), La Sebastiana semble avoir une âme... Elle méritait bien un poème.




jeudi 17 mai 2018

mardi 8 mai 2018

Promenades (14) - Tout au fond du XIIIe arrondissement (3)



Il y a quelque temps, sur les traces de Nestor Burma dans Brouillard au Pont de Tolbiac de Léo Malet, en particulier dans son adaptation par Tardi, j'avais cherché en vain le passage des Hautes-Formes, où habitaient son ancien camarade anarchiste Lenantais avant qu'il ne soit assassiné, ainsi que la belle gitane Bélita.



Déception ! Le passage des Hautes-Formes, reliant la rue Nationale à la rue Baudricourt, n'est plus, englouti à la fin des années 70 par un programme de constructions modernes. Ironie du sort, lui qui tirait son nom de quelques maisons édifiées au Moyen Age se distinguant par leur hauteur supérieure à la moyenne de l'époque, a aujourd'hui disparu au profit de tours et immeubles élevés comme on en trouve beaucoup dans le XIIIe arrondissement.


Cependant, au détour d'un billet sur un autre vagabondage dans le treizième arrondissement, Matthieu de Missa Sine Nomine (que je remercie vivement !) me mit récemment sur la piste du passage Bourgoin cher au Sniper de Frédéric H. Fajardie. Quelques rapides recherches plus loin, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce passage Bourgoin (situé entre la rue Nationale et la rue du Château-des-Rentiers), distant d'à peine quelques encablures de l'ancien passage des Hautes-Formes, avait en fait servi de modèle à Tardi pour dessiner ce dernier dans Brouillard au Pont de Tolbiac !

Une nouvelle promenade, idéale en un radieux dimanche de printemps - dans une atmosphère certes assez éloignée du brouillard et de la pluie hivernaux associés au passage aussi bien chez Tardi que chez Fajardie -, s’imposait donc. 


"Alain Sigualéa gara la Méhari rue Nationale et, l'attaché-case dans une main, une gerbe de roses rouges dans l'autre, pénétra dans le passage Bourgoin.
Une fois de plus, et bien qu'il y habitât depuis trois ans, il s'immobilisa pour contempler la ruelle, trop peu large pour livrer passage à une voiture.
Ça ne ressemblait à aucun autre endroit de Paris. Un petit défilé bordé de minuscules pavillons. De loin en loin, d'antiques réverbères distribuaient une lumière parcimonieuse en délicats halos, corolles frissonnantes dans l'épaisse brume d'hiver.
Bien qu'il n'eût jamais vu ni l'un ni l'autre, ça lui évoquait un décor de maison de poupées, ou encore ces ruelles irlandaises, à Dublin, et ce type, le "Mouchard", dans le roman d'O'Flaherty. Manquait plus, à l'entrée, qu'un Fish and Chips enveloppant de papier journal les rations fumantes.
Alain Sigualéa savoura son bonheur quelques secondes encore et, comme tombaient les premières gouttes, obliques et froides, d'une petite pluie, il se remit en route.
Il s'arrêta trente mètres plus loin devant une porte peinte en vert qu'il ouvrit. Puis, sans un regard pour les quelques mètres carrés du jardin floral et potager, extraordinairement soignés, il gravit l'escalier de bois et entra directement au premier étage."

Frédéric H. Fajardie, Sniper
 

Le passage Bourgoin tient son nom du propriétaire des parcelles (initialement agricoles) sur lequel il a été ouvert vers 1880. Etienne Bourgoin possédait également les terrains de son voisin jumeau le passage National. Plus chanceux que le passage des Hautes-Formes, ils ont tous deux échappé au début des années 1980 à une destruction programmée, et sont maintenant protégés. Comme souvent dans le XIIIe, charme de province paisible et contrastes ancien / moderne sont au rendez-vous.






"Le Sniper habitait dans le coin. Ça, il le sentait.
Un coin… intéressant. Compliqué, certes, parce que ce mélange de taudis et d'immeubles hyper-modernes, ces migrants et ces cadres, ça formait un cocktail bizarre.
Mais indéniablement intéressant.
Il songea, le cœur léger, qu'il allait lui falloir beaucoup lire et beaucoup se balader avant de bien connaître le XIIIe arrondissement. 
Justement, deux choses qu'il aimait."

Frédéric H. Fajardie, Sniper

* * *

En rentrant par la Butte-aux-Cailles, on croisera un poète...


... un autre charmant passage endormi, le passage Boiton ...


... encore des glycines, ici dans le passage du Moulinet...


... et, rue du Moulin-des-Prés, Michel et Patricia s'embrassant pour l'éternité comme dans la rue Xavier Privas.


dimanche 5 novembre 2017

Promenades (13) - Tout au fond du XIIIe arrondissement (2)



C'était un dimanche d'août. La promenade a commencé près des boulevards extérieurs, quartier Maison-Blanche. Au hasard des rues, on a pu se rendre compte que le treizième arrondissement n'avait rien perdu de son charme paisible de province endormie...

Éblouissement...

Et je ne sais pas vraiment pourquoi m'est venu alors à l'esprit de façon presque lancinante ce vers de Rimbaud :
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien...


Petite ceinture, grand calme...

"On se retrouve souvent seul à Paris au mois d'août et dans des endroits incertains, à l'image de cette saison où l'on a l'impression que le temps s'est arrêté - des endroits qui disparaissent aussitôt que la vie a repris son cours, et la ville son aspect habituel."
Patrick Modiano, Souvenirs dormants (Gallimard, 2017)



Sans même s'en rendre compte, on arrive à la Butte-aux-Cailles, royaume de Miss.Tic, où n'est jamais bien loin le fantôme de la Bièvre.

"Vive les filles de Paris
Vive les filles de la Bièvre
vive les baisers évanouis
Que gardera le rouge à lèvres"
Pierre Mac Orlan

La Tour Albert, ou Gratte-Ciel n°1, première tour de logements de Paris,
édifiée en 1960, et cette chère "usine"...

Retour par mon cher quartier Croulebarbe, déjà évoqué notamment ici...

"Alors Lise, qui ne travaillait point, prit la place d'Étiennette et ce fut elle qui me promena sur les borsd de la Bièvre. Vers midi, quand le soleil était dans son plein nous partions, et, nous tenant par la main, nous nous en allions doucement suivis de Capi. Le printemps fut doux et beau cette année-là, ou tout au moins il m'en est resté un doux et beau souvenir, ce qui est la même chose."
Hector Malot, Sans famille

* * *


J'ai trouvé les citations de Pierre Mac Orlan et Hector Malot dans le très plaisant "Un été sur la Bièvre" d'Adrien Gombeaud.

vendredi 23 juin 2017

Love streams


Ça tombe bien, moi aussi

Soupir(aill)er d'amour


mardi 23 août 2016

Rencontre (8)


Rue Scipion

"Do you know, I always thought Unicorns were fabulous monsters, too? I never saw one alive before!"
"Well, now that we have seen each other," said the Unicorn, "if you'll believe in me, I'll believe in you."
 

Lewis Carroll

dimanche 12 juin 2016

Rencontre (6) - Le roman, la nouvelle et le baiser


Rue Edouard Quenu, juste au coin de la librairie Les Traversées

"La lecture d'un bon gros roman est à maints égards comparable à une longue liaison apaisante. La nouvelle c'est tout autre chose, c'est comme le baiser furtif d'une inconnue dans le noir. Rien à voir, bien sûr, avec une liaison ou un mariage, mais les baisers peuvent être suaves et leur extrême brièveté exerce en elle-même une attraction."
Stephen King

mercredi 27 avril 2016

vendredi 15 avril 2016

Avril (15) - Rencontre (3)


Rue Pirandello

"J'aimais photographier les gens en pleine action : en train de marcher, de descendre un escalier, de courir, de sauter et, très important, de ne pas regarder l'objectif. J'adorais cette capacité de l'appareil à saisir à l'improviste de l'animé en suspens, l'image de quelqu'un figé dans le temps, son pas suivant, son geste suivant, son mouvement suivant à jamais inachevés. Interrompus, juste comme ça, par moi, avec le simple clic dans un obturateur. Je crois avoir été consciente, même à l'époque, que seule la photographie peut réussir ce tour de magie avec tant d'assurance et de facilité : arrêter le temps, capturer cette milliseconde de notre existence et nous permettre de vivre éternellement."

William Boyd, Les multiples vies d'Amory Clay (Le Seuil)

lundi 11 avril 2016

Avril (11) - La vie chère


Rue Amyot - Pour oiseaux fortunés seulement

mercredi 6 avril 2016

mercredi 3 décembre 2014

Promenades (6) - Tout au fond du XIIIe arrondissement


"A Paris, à la même époque, je vais déjeuner chez Raymond Queneau, le samedi. Souvent, au début de l'après-midi, nous prenons ensemble un taxi, et de Neuilly nous revenons tous deux sur la rive Gauche.
Il me parle d'une promenade qu'il avait faite avec Boris Vian dans une petite rue que presque personne ne connaît, tout au fond du XIIIe arrondissement, entre le quai de la Gare et la voie ferrée d'Austerlitz: rue de la Croix-Jarry. Il me conseille d'y aller.
Plus tard, chaque fois que nous nous verrons, nous parlerons de cette rue de la Croix-Jarry. Il y a quelque temps, j'ai lu que les moments où Queneau avait été le plus heureux, c'était quand il devait écrire des articles sur Paris pour L’Intransigeant et qu'il se promenait l'après-midi à travers les rues.
Je me demande si ces années mortes en valaient vraiment la peine : les seuls instants où j'étais vraiment moi-même : ceux où je me retrouvais seul dans les rues, comme Queneau, à la recherche des chiens d'Asnières."
Patrick Modiano, Ephéméride
 

La rue de la Croix-Jarry tire son nom d'une affaire un peu inquiétante : en 1430, un homme nommé Jarry y fut assassiné, et l'emplacement du meurtre a longtemps été marqué par une croix.
Ce dernier dimanche de novembre, jour froid et blanc où subitement l'automne s'est souvenu que l'hiver n'était plus très loin, j'ai suivi le conseil que Raymond Queneau avait donné à Patrick Modiano. J'y suis allée. Petite rue tout au fond du XIIIe arrondissement en effet, entre la rue Watt et le boulevard Masséna.


En 2014, la rue de la Croix-Jarry, ou du moins la rue telle que Patrick Modiano a pu la voir vers 1962, n'est plus. On peut tout de même avoir une idée de ce qu'elle était en regardant Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville. Jef Costello, le personnage de tueur à gages mutique joué par Alain Delon, émerge en courant dans la rue de la Croix-Jarry, à la poursuite de l'homme qui a essayé de le tuer sur la passerelle métallique enjambant les voies ferrées venant de la gare d'Austerlitz (détruite en 2004) et reliant la gare d'Orléans-Ceinture (devenue la gare du boulevard Masséna, puis désaffectée depuis 2001), accessible depuis la rue du Loiret.



Plus rien à voir, donc, avec la rue de la Croix-Jarry aujourd'hui...


... même si la modernité n'exclut pas la mémoire.


Suivant la trace de Jef Costello, mais aussi de Nestor Burma dans Brouillard au Pont de Tolbiac, on a étendu la promenade aux rues alentour, qui ont elles aussi subi des changements radicaux, mais où l'on arrive à parfois à détecter des vestiges du passé, comme si ce dernier, pris entre temps révolu et modernité avait choisi de faire œuvre de résistance avec quelques clins d’œil...

 On s'engage dans la rue Watt...


... et on croise même l'ombre de Nestor Burma :


Rue du Loiret, la fameuse gare, avec Malet/Tardi, Melville, et en novembre 2014 :



 Rue du Loiret encore :


Fresque de Tristan Eaton