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dimanche 28 février 2016

Un dimanche à la campagne



Au pied de la montagne de Lure - l'hiver semble succéder au printemps


Parmi les traces laissées dans la maison par Suzanne l'Anglaise, des titres fascinants...



jeudi 31 décembre 2015

Finir l'année




Finir l'année dans la brume hivernale et le givre artiste de Haute-Provence



Finir l'année sur les plages, les plages sont belles l'hiver, en écoutant la rêverie lumineuse et magnifique de Beach House et ses Wishes





Finir l'année avec Maud qui 46 ans plus tard est toujours aussi belle et chante C'était fini la guerre





Finir l'année en rêvant, oui, d'un peu moins de guerre
 
Finir l'année en regardant Orion et les Pléiades dans le ciel du sud

Finir l'année en vous souhaitant, avec quelques heures d'anticipation, tout ce que vous voulez pour 2016, qu'avant tout elle vous soit douce


mercredi 9 juillet 2014

Tears in rain

Rutger Hauer (Roy Batty) - Blade Runner, Ridley Scott (1982)

"I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched c-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die."


"The light that burns twice as bright burns half as long. And you have burned so very, very brightly, Roy."


"Et quand le Blade Runner que j'entends déjà monter l'escalier quatre à quatre ouvrira la porte le flingue braqué, je lui dirai, mon amour, ma réplicante, qu'il est trop tard puisque ton âme volera déjà du côté d'Alpha du Centaure et que mes larmes couleront désormais comme tombe la pluie sur Los Angeles : pour les siècles des siècles."

Jérôme Leroy, Mon amour, ma réplicante, dans Dernières nouvelles de l'enfer (l'Archipel)

dimanche 9 février 2014

Biches (2) - Le grand profit



"- Mais après ? dit Carle.
- Après, on sera de retour. On aura les biches dans le filet. On aura fait attention à leurs jambes. Elles ont de petites jambes minces, cassantes comme du verre. On leur aura dit des tendresses tout le long, et donné du pain, et donné du sucre, et caressé doucement le dessus du nez, là où toi tu as ces gros sourcils de renard. Là elles sont très sensibles. Une fois ici on ouvrira les filets. Alors, d'abord elles trembleront sur leurs pattes et peut-être elle pleureront. Car elles pleurent. Et puis, tout d'un coup, en se revoyant libres, elles donneront un coup de rein et elles feront un saut, puis un autre, puis un autre, dansant et sautant en tournant la tête. Et leur petite queue claque. Et de temps en temps elles s'arrêtent, appellent, puis recommencent à sauter. Et ainsi elles iront jusqu'à la forêt Grémone. Elles entreront dans la forêt. Et voilà. Et quelque temps après arrivera la saison des amours. Non, Carle, ça n'est pas fait pour un profit, ou tout au moins pour un profit comme tu le comprends. C'est fait pour le grand profit. C'est fait, mon vieux, pour que notre joie demeure."

Le plateau Grémone ?

 "Jourdan, tu te souviens d'Orion-fleur de carotte ?
- Je me souviens.
- Le champ que tu labourais, le tabac que tu m'as donné ?
- Je me souviens.
- Tu m'as demandé : "N'as-tu jamais soigné les lépreux ?"
- Je me souviens comme d'hier. Tu m'as répondu : "Non, je n'ai jamais soigné les lépreux."
- Tu traînais une grande peine.
- Oui.
- Plus de goût.
- Non.
- Plus d'amour.
- Non.
- Rien.
- La vieillesse, dit Jourdan.
- Tu te souviens, dit Bobi, de la grande nuit ? Elle fermait la terre sur tous les bords.
- Je me souviens.
- Alors je t’ai dit : "Regarde là-haut, Orion-fleur de carotte, un petit paquet d’étoiles."
Jourdan ne répondit pas. Il regarda Jacquou, et Randoulet, et Carle. Ils écoutaient.
"Et si je t’avais dit Orion tout seul, dit Bobi, tu aurais vu les étoiles, pas plus, et, des étoiles ça n’était pas la première fois que tu en voyais, et ça n’avait pas guéri les lépreux cependant. Et si je t’avais dit : fleur de carotte tout seul, tu aurais vu seulement la fleur de carotte comme tu l’avais déjà vue mille fois sans résultat. Mais je t’ai dit : Orion-fleur de carotte, et d’abord tu m’as demandé : "Pardon ?" pour que je répète, et je l’ai répété. Alors, tu as vu cette fleur de carotte dans le ciel et le ciel a été fleuri.
- Je me souviens, dit Jourdan à voix basse.
- Et tu étais déjà un peu guéri, dis la vérité.
- Oui", dit Jourdan.
Bobi laissa le silence s’allonger. Il voulait voir. Tout le monde écoutait. Personne n’avait envie de parler.
"De cet Orion-fleur de carotte, dit Bobi, je suis le propriétaire. Si je ne le dis pas, personne ne voit ; si je le dis, tout le monde voit. Si je ne le dis pas je le garde. Si je le dis je le donne. Qu’est-ce qui vaut mieux ?"
Jourdan regarda droit devant lui sans répondre.
"Le monde se trompe, dit Bobi. Vous croyez que c’est ce que vous gardez qui vous fait riche. On vous l’a dit. Moi je vous dis que c’est ce que vous donnez qui vous fait riche. Qu’est-ce que j’ai moi, regardez-moi."
Il se dressa. Il se fit voir. Il n’avait rien. Rien que son maillot et, dessous, sa peau. Il releva ses grands bras, agita ses longues mains vides. Rien. Rien que ses bras et ses mains.
"Vous n’avez pas d’autre grange que cette grange-là, dit-il en frappant la poitrine. Tout ce que vous entassez hors de votre cœur est perdu."

Jean Giono, Que ma joie demeure