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samedi 11 août 2018

L'entrée en lumière


Nicolas de Staël, Arbres (1953)

"Les arbres fantomalement formaient comme une forêt sous-marine, où les ondes, douces et longues, de cette clarté, glissaient entre les branches, telles des nappes d'eau faiblement colorées par de fugitives phosphorescences. Pas un souffle, pas un contour qui ne fût entré en lumière. Elle était l'unique substance. Les corps en devenaient clairs et subtils. J'allais sous l'enchevêtrement des branches magnétiques qu'une étrange végétation de lueurs impalpables formait au-dessus de ma tête où le monde des vents gardait le silence. Nulle bête des bois, nulle feuille échappée ne troublait la paix merveilleuse de cette fragile illumination."

Henri Bosco, Malicroix (1948)

jeudi 26 janvier 2017

Rien, pas un poème



« Je suis tellement fatigué.
Par la fenêtre passe le mauve du ciel lourd. Les arbres à de rares moments s’ébouriffent. Qu'est-ce que cela peut me faire ? Le paysage, je l'abandonne à lui-même comme je m'abandonne à l'absence. On entend soudain un coup de vent brutal.
Et je m'enfonce dans un brouillard d'angoisse diffuse. Pour y échapper, le "moyen" serait d'écrire des poèmes. Or, depuis notre retour ici, et en attendant le départ, rien, pas un poème. »

Nicolas de Staël, Arbres (1953)

« Je pense à Dhôtel pour qui le roman, la vie (c'est pareil), c'est "d'aller de proche en proche", et à de Staël qui, lui, déclare "aller d'accident en accident". »



jeudi 8 octobre 2015

Ciels florentins


Fiesole (1953)

Très cher Jean,

Toutes les gorges
D’oiseaux voudraient
Avoir ce bleu malade
De neige à ciels
Florentins
Mais que faire ?
Moi j’en ai marre
Et vais rentrer

Nicolas de Staël, Lettre à Jean Bauret, écrite d’Antibes fin décembre 1954

mercredi 31 décembre 2014

Tout ce que tu veux

Arbres (1953)
A Ciska Grillet
Ménerbes, fin décembre 1953

Ciska,

Merci pour cet amour de petite lettre droite.
Je te souhaite tout ce que tu veux, surtout dans la mesure où je puis consciemment ou pas y jeter un peu de feu vif.

Nicolas

* * *

Voilà, c'est exactement ça, pour 2015 je vous souhaite tout ce que vous voulez, chers amis et lecteurs, et si, en plus, Noël 69 à Clermont Ferrand peut y ajouter quelques étincelles...

Et en attendant, pour terminer 2014 en douceur, la magie des notes de ce Tokyo encore...


lundi 17 mars 2014

Une carte postale de Ravenne

Fons vitae - Ravenne, Mausolée de Galla Placidia

René Char
5 rue Jules-Chaplain
Paris VIe

Si tu peux imaginer ce que cela pouvait être à travers les vitraux colorés.
Ce n'est pas seulement passionnant, cela touche au délire.

A toi de plein cœur.

Nicolas
* * *

Je ne sais pas ce qui figurait au verso de cette carte postale adressée de Ravenne le 14 février 1953 par Nicolas de Staël à René Char. Mais compte tenu des deux phrases du recto, très certainement une photo des mosaïques de la basilique Saint-Vital ou du Mausolée de Galla Placidia - dont il est dit dans le recueil de correspondance entre René Char et Nicolas de Staël déjà évoqué ici que ce dernier conserva une carte. Donc pourquoi pas ce détail bleu ? Il me plaît de l'imaginer. Comme de Staël demande à son ami d'imaginer. Et en quelques mots surgissent l'art, la couleur, la beauté, la passion, l'amitié. Comme l'écrit Sébastien Lapaque dans sa délicieuse Théorie de la carte postale.

"La carte postale, c'étaient donc les mots alliés avec la vie. Dans l'empire de la marchandise, c'étaient l'amour et l'amitié tracés en belles lettres avec la main ; le bonheur et la beauté racontés avec de l'encre et du papier. C'était mieux qu'un objet vivant, c'était de la matière organique. Les limiers de la police scientifique, à qui tous leurs instruments électroniques permettaient de recenser le patrimoine génétique de l'expéditeur, en portaient témoignage. Malgré toutes les préventions de notre monde de perfection hygiénique, destructeur de boîtes aux lettres et dévoreur d'enfance, une carte postale, c'était aussi de la sueur et des larmes. Au recto, on ne reconnaissait pas simplement les pleins et les déliés d'une belle écriture, on retrouvait le tremblement d'une main, l'émotion au bout des doigts, la peur, les délices, l'espérance, la folie - vivants, bien vivants. Et il y avait le timbre, le timbre collé avec de la salive, dépositaire du souffle de l'expéditeur.
Comme un baiser."

Ménerbes - 1953