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samedi 26 janvier 2019

Le dernier train s'est attardé dans les minuits



Dis-moi, ma vie, 
le long des corniches, sur les terrasses
Quel somnambule allait vers toi ? Qui t'appelait 
dans le grand noir des nuits solaires
dans les étoiles chevauchées
Dans les prisons du temps perdu ? Était-ce toi, était-ce moi
Ce « nous » éparpillé, ces poussières éparses
dans un rais de soleil, sur le cadran des jours
renouvelés sans fin et pareils ? T'ai-je vécue, ma vie
Ou bien me suis-je plu à te voir fugitive
rire et passer dans les miroirs, prise à tes robes et tes voix ?
Nous habitions dans des villages, sous des arbres
de grand soleil, de fêtes votives et de sorgues
où la folie se boit. Nous connaissions les aubes
qui changeaient chaque jour pour nous plaire. L'écume
nous roulait dans un flot sans visages. Dis-moi, 
ma vie, retrouveras-tu les vieux ormeaux et les platanes
T'en iras-tu dans le delta, vers nos îles de hauts flamants
Tourneras-tu, les yeux bandés, la noria de ton temps sans traces 
Et sous nos treilles de muscats
Serons-nous Un, rien qu'un instant ou bien perdus ? 

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie (Editions Bruno Doucey)

Et aussi, dédié à cet autre poète qui l'on aime beaucoup ici, qui écrivit le vers célèbre, trop célèbre sans doute, Toi qui pâlis au nom de Vancouver (trop célèbre dans la mesure où il a pu masquer le reste de son œuvre remarquable):

Pierre Seghers, Dis-moi, ma vie (Editions Bruno Doucey)

 * * *


samedi 16 avril 2016

Avril (16) - Cherry blossom



Et aujourd'hui, parce qu'on est à mi-parcours de l'opération "A picture a day", parce qu'il est bon parfois de transgresser la règle, ou juste par hasard ou pour le plaisir, une deuxième photo.


dimanche 10 janvier 2016

Les douze mots de minuit



MINUIT

Dans
L’ombre
Sombre
D’une
Nuit
Sans
Lune,
Sans
Bruit
L’heure
Pleure.

En 1894, Wilhelm de Kostrowitzky a 14 ans.




samedi 7 juin 2014

Mes lèvres et tes doigts d'or

L'Histoire d'Adèle H. (1975)

"Mes lèvres sont mortes d’ivresse,
Embrasées dans un tourbillon,
Carillonnant plein de promesses,
En confettis et cotillons

Alors que tout autour de moi,
Semblait vibrer, tourbillonner,
Dans des éclats de rires gras,
Mes lèvres se sont desséchées

Je les avais brûlées pour toi,
Fardées de rouge et puis d’étoiles,
Amassées, cachées sous mon voile,
A l’aube en te croyant mon roi.

Mes lèvres sont mortes à minuit

Mes lèvres sont mortes d’ivresse,
Embrasées dans un tourbillon,
Carillonnant, plein de promesses,
En confettis et cotillons

Bien sûr, tu m’avais prévenue,
Venant auprès de moi, que toi,
Tu ne te mettrais pas à nu,
Que tu venais par désarroi,

Mais tes mains, tu me les tendais,
Tes mains trop grandes et tes doigts d’or,
Je les ai laissés me serrer,
Ils sont à la taille de mon corps.

Mes lèvres sont mortes à minuit

Mes lèvres sont mortes d’ivresse,
Embrasées dans un tourbillon,
Carillonnant plein de promesses,
En confettis et cotillons

Quand dans ta nuit, tu m’as couchée,
C’est à ma bouche que tu pressais,
Ta tête lourde et ta douleur,
J’étais ton ange, ta douceur

Veilleuse de nuit, j’ai posé
Mes doigts sur tes yeux enfoncés,
Car je les sentais exploser,
Tes yeux, au creux de ta pensée.

Mes lèvres sont mortes à minuit

Mes lèvres sont mortes d’ivresse,
Embrasées dans un tourbillon,
Carillonnant plein de promesses,
En confettis et cotillons

Ton ange, dans ce tourbillon,
Rêvait, quand ses lèvres ont pris feu,
Elle brûlaient pour le réveillon
Dans une brèche de tes yeux

Mes lèvres sont mortes à minuit
Au premier son du carillon,
Dont les douze coups m’ont réduite
En une pluie de cotillons

Mes lèvres sont mortes à minuit."

(L, Mes lèvres)

dimanche 1 décembre 2013

Devant des cafés sans fin jusqu'à des minuits sans nombre


"Qu'as-tu ressenti, Pikes, la nuit où ils ont saisi tes films, comme s'ils faisaient rendre ses entrailles à la caméra, comme s'ils t'étripaient toi-même, pour les fourrer par écheveaux entiers, à pleines brassées, dans une chaudière ardente ? Était-ce aussi pénible que de voir quelque cinquante mille volumes anéantis sans qu'il soit question du moindre dédommagement ? Oui. Stendhal sentit une colère insensée lui glacer les mains. Oui. Alors quoi de plus naturel s'ils s'étaient mis un jour à bavarder devant des cafés sans fin jusqu'à des minuits sans nombre, et si de toutes ces conversations et de toutes ces amères décoctions était sortie... la Maison Usher."

Ray Bradbury, Chroniques martiennes, Usher II



Et si un jour je devais devenir
une femme-livre
une femme-film
une femme-tableau...
je pourrais être tout à la fois
un roman de Patrick Modiano
un poème de Jérôme Leroy
un personnage d'Eric Rohmer
un film de François Truffaut
une chanson de Bob Dylan
une marine de Nicolas de Staël
il me reste je l'espère encore un peu de temps pour décider lesquels.