13 mars. 13 ans. Déjà. Et c'est encore une fois en Italie que je voudrais t'emmener, comme tu m'y as si souvent emmenée. Avec les magnifiques photos de Bernard Plossu, que j'ai vues l'année dernière à la Maison Européenne de la Photographie. Les regarder, c'est encore voyager. Tu aurais aimé.
"Toute mon enfance, j’ai entendu ma mère parler de nos origines
italiennes, j’entendais les noms de tante Dina et de Nana, mon arrière
grand-mère. Puis un jour, au début des années 1970, je suis parti à
Naples, à Rome et à Pompéi sous une pluie torrentielle : c’était
magnifique. (…)
Ile de Capraia, 2014
Tout m’attire, et je photographie partout, à pied,
en auto, en train, les paysages, les gens, les ambiances,
l’architecture, le présent, le passé, le futur, la poésie… (…)
Spilimbergo, 2008
Je suis hanté par Carlo Carra,
Campigli, Morandi, et aussi Véronèse, Giotto, Piero della Francesca,
par Carlo Emilio Gadda, Rosetta Loy, Giuseppe Bonaviri, Andrea
Camilleri, par les souvenirs des films que je voyais dans les années
1960, comme les dernières minutes de L'Éclipse, ou La Nuit d’Antonioni, ou tous les Dino Risi, et La Strada, la liste est sans
fin."
Bernard Plossu
Lucca, 2009
Et comme un voyage en Italie ne saurait être parfait sans un peu de musique, souviens-toi avec moi de Giovanna Marini, dont nous avions vu un spectacle à la fin des années 70 au Théâtre Maxime Gorki de Petit-Quevilly. Je ne peux plus depuis écouter Bella Ciao sans frissonner.
"- Pourquoi haletez-vous ?
- J'ai fait un peu de jogging.
- J'ai appelé au commissariat et on m'a gentiment donné votre numéro privé.
Pause.
- Je voulais seulement vous souhaiter bonne nuit.
Tout à coup, le printemps était là.
Des petites marguerites poussèrent dans les interstices entre les carreaux du sol.
Deux hirondelles vinrent se poser sur la bibliothèque. Elle gazouillèrent, si les hirondelles gazouillent.
- Merci. Mais malheureusement, ça ne va pas être une bonne nuit.
Pourquoi le dit-il ?
Il voulait se faire plaindre ou apparaître à ses yeux en guerrier, comme Roland ?
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je dois surveiller la villa des Sciortino.
- Je sais où c'est. Vous pensez que les voleurs, cette nuit...
- C'est une probabilité.
- Vous y allez seul ?
- Oui.
- Et où est-ce que vous allez vous cacher ?
- Sur cette petite colline qu'il y a...
- Oui, j'ai compris.
Une autre pause.
- Ben, bonne chance et bonne nuit quand même.
- Vous de même.
Enfin, elle avait tiliphoné ! Mieux que rin. il se dirigea vers la voiture en chantonnant Guarda come dondolo."
Andrea Camilleri, Le Sourire d'Angelica, traduction Serge Quadruppani
Et on n'oubliera pas que ce Guarda come dondolo (dont les arrangements sont signés Ennio Morricone), figure sur la bande originaledu Fanfaron, et qu'il y est même à l'honneur dans la bande-annonce.
Camilleri, Risi, avec eux aussi, même en automne, tout à coup le printemps est là...
La générosité, la tolérance, l’ouverture d'esprit, l'exigence envers soi.
La foi inébranlable en l'Ecole de la République.
Le goût des voyages.
L'amour des livres.
L'amour de l'Italie. Cher Papa Nous nous sommes tant aimés Mes chers amis Pain et chocolat La plus belle soirée de ma vie L'argent de la vieille (on s'était même mis, après avoir vu le film, au Gaumont de la rue de la République, à jouer au Scopone scientifico !) Parfum de femme Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon
Louis Armstrong, Fats Domino, les chansons napolitaines. Bella ciao
Se souvenir, remercier, continuer, transmettre à mon tour.
* * *
On dit qu'il y fait toujours beau C'est là que migrent les oiseaux On dit ça de l'autre bout du monde.
J'avance seule dans le brouillard C'est décidé, ça y est je pars Je m'en vais à l'autre bout du monde.
J'arrive sur les berges d'une rivière, Une voix m'appelle, puis se perd C'est ta voix, à l'autre bout du monde.
Ta voix qui me dit, mon trésor Tout ce temps, je n'étais pas mort Je vivais à l'autre l'autre bout du monde.
Sur la rivière, il pleut de l'or Entre mes bras, je serre ton corps Tu es là, à l'autre bout du monde. Je te rejoins, quand je m'endors Mais je veux te revoir encore Où est-il l'autre bout du monde ?
« Mais là, nous nous éloignons du plaisir, c’est-à-dire
de la vitesse considérée comme un plaisir, ce qui est finalement la meilleure
définition. Disons-le tout de suite comme Morand, comme Proust, comme Dumas, ce
n’est pas un plaisir trouble, ni diffus, ni honteux. C’est un plaisir précis,
exultant et presque serein d’aller trop vite, au-dessus de la sécurité d’une
voiture et de la route qu’elle parcourt, au-dessus de sa tenue au sol,
au-dessus de ses propres réflexes, peut-être. Et disons aussi que ce n’est pas,
justement, une sorte de gageure avec soi-même dont il s’agit, ni d’un défi
imbécile à son propre talent, ce n’est pas un championnat entre soi et soi, ce
n’est pas une victoire sur un handicap personnel, c’est plutôt une sorte de
pari allègre entre la chance pure et soi-même. Quand on va vite, il y a un
moment où tout se met à flotter dans cette pirogue de fer où l’on atteint le
haut de la lame, le haut de la vague, et où l’on espère retomber du bon côté grâce
au courant plus que grâce à son adresse. Le goût de la vitesse n’a rien à voir
avec le sport. De même qu’elle rejoint le jeu, le hasard, la vitesse rejoint le
bonheur de vivre et, par conséquent, le confus espoir de mourir qui traîne toujours
dans ledit bonheur de vivre. C’est là tout ce que je crois vrai, finalement :
la vitesse n’est ni un signe, ni une preuve, ni une provocation, ni un défi,
mais un élan de bonheur. »
« Ce n’est pas une histoire de cécité, mais de solitude. »
Vittorio Gassman, à propos de Parfum de femme (Profumo di donna) de Dino Risi, pour lequel il a obtenu le Prix d'interprétation masculine à Cannes en 1975
Et comme le fait subtilement remarquer Jean-Louis Bory dans Le Masque et la Plume du 5 octobre 1975, on passe dans le film de "Odore di femina" à "Profume di donna".