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mardi 20 octobre 2015

Tout à coup, le printemps était là




"- Pourquoi haletez-vous ?
- J'ai fait un peu de jogging.
- J'ai appelé au commissariat et on m'a gentiment donné votre numéro privé.
Pause.
- Je voulais seulement vous souhaiter bonne nuit.
Tout à coup, le printemps était là.
Des petites marguerites poussèrent dans les interstices entre les carreaux du sol.
Deux hirondelles vinrent se poser sur la bibliothèque. Elle gazouillèrent, si les hirondelles gazouillent.
- Merci. Mais malheureusement, ça ne va pas être une bonne nuit.
Pourquoi le dit-il ?
Il voulait se faire plaindre ou apparaître à ses yeux en guerrier, comme Roland ?
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je dois surveiller la villa des Sciortino.
- Je sais où c'est. Vous pensez que les voleurs, cette nuit...
- C'est une probabilité.
- Vous y allez seul ?
- Oui.
- Et où est-ce que vous allez vous cacher ?
- Sur cette petite colline qu'il y a...
- Oui, j'ai compris.
Une autre pause.
- Ben, bonne chance et bonne nuit quand même.
- Vous de même.
Enfin, elle avait tiliphoné ! Mieux que rin. il se dirigea vers la voiture en chantonnant Guarda come dondolo."

Andrea Camilleri, Le Sourire d'Angelica, traduction Serge Quadruppani




Et on n'oubliera pas que ce Guarda come dondolo (dont les arrangements sont signés Ennio Morricone), figure sur la bande originale du Fanfaron, et qu'il y est même à l'honneur dans la bande-annonce.
Camilleri, Risi, avec eux aussi, même en automne, tout à coup le printemps est là...



jeudi 24 septembre 2015

Dix presque riens



(24.08)
J'ai rêvé cette nuit d'un chat qui disait "Non, ce n'est pas moi."  


* * *

(27.08)
Encore un tour de l'esprit et du temps : recevoir un mail d'un Philippe Chéreau, et l'espace de quelques instants lire Patrice Chéreau, comme si depuis presque un an ceux qui l'aimaient n'avaient pas pris le train...

* * *

(18.09) 
Je me souviens du jour où j'ai vu Jean-Claude Brialy dans une voiture décapotable, dans une station essence du sud de la France.


* * *

(30.09)
- Qu'est-ce que tu regardes ?
- Le son qui sort de cet iPhone.
- ?
- Oui, je préfère regarder le son qui sort de cet iPhone plutôt que toucher ce parfum, comme elle voudrait que je le fasse.

* * *

(10.10) 
Je reçois un message signé "Le Directeur Exécutif Capital Humain". Et là, soudain, je prends peur.

* * *

(21.09)
Quand, dans la même journée, je reçois un spam venant de "Homère, société d'avocats", je croise dans la rue un affreux caniche répondant au nom de Hermès, et je reçois un courrier publicitaire vantant un projet immobilier de luxe nommé "Esprit Sagan"...


* * *

(21.10) 
Merveille des noms. Cette fois-ci, c'est faire un courrier à un Monsieur Teppaz qui me plonge dans une douce rêverie...

* * *

(23.10)
Et la petite musique des noms continue. Le même P. Chéreau, dont le message m’avait il y a quelque temps fait croire l’espace d’un instant à la résurrection des morts, m’écrit maintenant à propos d’un Monsieur Escudero…

* * *

(01.11)
J'ai encore rêvé d'un chat qui parlait (et qui, assez énigmatiquement, disait "Je veux jouer avec Mélanie"). Mais après avoir visité le College où Lewis Carroll a été élève puis professeur, c'est finalement assez logique.

* * *

(31.12)
Quand, dans un train filant vers l'Ouest, le contrôleur a de sérieux airs de Bernard Menez dans Maine Océan...


mardi 31 mars 2015

Le jour où...(13)


Le jour où, lors de son trajet sur la ligne 6, feuilletant le petit catalogue de l'exposition qu'elle avait vue récemment, elle s'attardait sur la page représentant le tableau de Godward Absence makes the heart grow fonder qu'elle avait annotée selon la traduction donnée par sa petite-fille oxonienne, le jeune homme assis à côté d'elle lui demanda avec émotion s'il pouvait photographier la page avec son smartphone pour l'envoyer tout de suite à son amie qu'il venait de laisser sur un quai de la gare Montparnasse.


"L'absence n'est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ?"
Marcel Proust, La confession d'une jeune fille, in Les Plaisirs et les Jours 

mardi 10 février 2015

Marcel au téléphone


Shanghai, décembre 2014

”Le téléphone n’était pas encore à cette époque d’un usage aussi courant qu’aujourd’hui.”
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes
 

jeudi 20 février 2014

Voir si le coeur de la ville bat en toi

Norman Parkinson - 1959


"New York est une ville de plein air, coupée au cordeau, venteuse et saine, où s'allongent deux fleuves étincelants : l'Hudson et l'East River. New York vibre nuit et jour sous des coups de vents marins, odorants, chargés de sel et d'essence - le jour -, et d'alcool renversé - la nuit. New York est une grande jeune femme blonde, éclatante et provocante au soleil, belle comme ce "rêve de pierre" dont parlait Baudelaire, New York qui cache aussi, comme certaines de ces grandes femmes trop blondes, des zones sombres et noires, touffues et ravagées. Bref, si le lecteur veut bien me passer ce lieu commun - et d'ailleurs que peut-il faire d'autre - New York est une ville fascinante."
Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir

Été 2012

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, La Beauté (Les Fleurs du mal)