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mercredi 22 juin 2016

D'un dos à l'autre




Je te tourne le dos
Je ne voulais pas que tu partes
Mon ange blond, ma sublime aventure

Je te tourne le dos
Je voulais te garder
Toi ma nuit, ma chère et tendre nuit

Je te tourne le dos
Je voulais notre paradis sarde
Tu as choisi l'éclipse

Je te tourne le dos
Le Temps t'a rendue floue
Reste à jamais mon désert.
Mais rouge.

* * *

Ces quelques lignes m'ont été inspirées par la photo ci-dessus, dont je n'ai pas trouvé quand ni à quelle occasion elle avait été prise, et par l'anecdote suivante. J'ai lu que lors de leur rencontre en 1957 sur le tournage du Cri, Michelangelo Antonioni a dit à Monica Vitti (qui effectuait le doublage en post-synchronisation de l'actrice italienne Dorian Gray) : "Vous avez une belle nuque. Vous pourriez faire du cinéma." Ce à quoi elle a répondu : "De dos, seulement ?".


Trois fois Monica

dimanche 15 mai 2016

Des sentiments encore, de l'Italie toujours




"En nous adaptant à l'époque dans laquelle nous vivons, ou en reniant de vieux sentiments pour en accepter de nouveaux, sommes-nous pires ou meilleurs ? N'aurions-nous pas simplement oublié de prendre soin de nous-mêmes" ?

On pourra lire ces phrases dans le recueil Je commence à comprendre, ensemble de courts textes, réflexions, aphorismes d'Antonioni, traduit et préfacé par Jean-Pierre Ferrini.


Et bien sûr, à lire ce recueil et à regarder cette photo de L'Eclipse, on ne peut pas ne pas penser aussi à la sublime phrase d'Antonioni à propos de La Notte, citée dans Un voyage en Italie de Jean-Pierre Ferrini (chez arlea également) et déjà évoquée ici :

"Au fond, il faut protéger nos sentiments avec beaucoup de soin, car les sentiments qu'une femme et un homme réussissent à éprouver l'un envers l'autre sont des choses auxquelles il est vraiment nécessaire de s'accrocher pour rester en vie aujourd'hui."

mardi 28 janvier 2014

"Distraire mon entourage"


Château en Suède, Roger Vadim,1963

"J'entamai ma carrière théâtrale pour la raison la plus naturelle et la plus modeste qui soit : distraire mon entourage. J'avais loué une charmante maison cet-hiver là, à soixante kilomètres de Paris, pour y traverser une de mes périodes anti-frivolité : foin de la vie parisienne, foin des night-clubs, du whisky, des aventures, de la nouba. Vive la lecture, les feux de bois, la grande musique et les discussions philosophiques. A intervalles réguliers, ces crises sont toujours venues et viennent toujours secouer ma vie, ou plutôt en ralentir provisoirement les secousses. Celle-là s'était produite pendant la rédaction de mon troisième livre, et fort égoïstement, je m'étais enfouie avec mes personnages dans ses dernières pages, je n'avais pas vu tomber les dernières feuilles de l'automne, ni même la neige. Je n'avais pas vu s'écourter les jours ni s'allonger le visage de mes amis. Quand je repris connaissance, si je peux dire, après le mot "Fin" de Dans un mois, dans un an, je ne vis autour de moi que dépressions nerveuses, chagrins d'amour, désordres mystiques et autres désagréments propres à tous les âges de la vie, mais spécialement réservés aux citadins exilés à la campagne. La vue d'un papier et d'une plume stimulant encore ma main et mon cerveau, j'écrivis la scène 1 de l'Acte I d'une pièce de théâtre, et commençai ainsi un dialogue entre un frère et une sœur, coincés par l'hiver dans un château en Suède. J’espérais sans doute confusément que la comparaison entre ce destin et le leur rendrait quelque optimisme à mes amis. En tous cas, ce début d'acte les fit rire. [...]

Première distribution au Théâtre de l'Atelier, 1960
La suite tient du hasard. Jacques Brenner, qui dirigeait le cahier des saisons, me demanda un texte inédit un an plus tard, et par pure paresse je lui envoyai ve que j'avais sous la main, c'est-à-dire le début de cet acte suédois. Il en publia les quelques pages dans sa revue et André Barsacq, qui dirigeait alors le Théâtre de l'Atelier, tomba dessus par hasard dans un train. [...]


Bref, j'écrivis Château en Suède, Barsacq le mit en scène, et ce fut un succès. J'allais plusieurs fois aux répétitions, tous les jours d'ailleurs, à la fin, fascinée que j'étais d'entendre mes mots, mes réflexions ou mes répliques dites par des voix humaines. Je voyais naître "Sébastien" dans Claude Rich, "Hugo" chez Philippe Noiret, "Eléonore" chez Françoise Brion, etc. Je regardais, émerveillée, ces gens que je ne connaissais pas, qui ne me devaient rien, et qui, pour moi, se pliaient aux caprices de mon imagination : je leur en avais une grande gratitude."

Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir

Janvier 2014

samedi 2 novembre 2013

"Ho proprio il dubbio di finire male"


Et aussi le plaisir, comme pour un Rivage des Syrtes ou un Château d’Argol, de couper les pages avant de lire…


« Quand j’entends Mastroianni – avec cette voix plus basse, plus grasse, plus grenue que ce qu’induit son apparence physique assez fragile de séducteur un peu trop beau (l’avatar d’après-guerre et non gominé de Rudolf Valentino) – répondre auto-ironiquement à son ami hospitalisé qui lui prédit que son dernier roman aura du succès : "Ho proprio il dubbio di finire male" (Je sens que je vais finir mal), ou Monica Vitti soupirer à la fin de la nuit, de sa voix un peu rauque, à Giovanni et Lidia (Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau) quelque chose comme "Me avete tutta distrutta voi due, stanotte !" (Vous m’avez anéantie tous les deux, cette nuit !), comment ne tomberais-je pas amoureux de la langue italienne, comment, en tous cas, ne serais-je pas fasciné par l’irréductible spécificité rythmique et vocale de ces phrases dont les sous-titres me livrent la signification mais, surtout, dont la VO me restitue l’épaisseur signifiante ? »

Dominique Noguez, Ce que le cinéma nous donne à désirer – Où l’on passe au Japon une nuit avec La Notte et les clartés qui s’ensuivent


mardi 13 août 2013

Des sentiments et de l'Italie



"Au fond, il faut protéger nos sentiments avec beaucoup de soin, car les sentiments qu'une femme et un homme réussissent à éprouver l'un envers l'autre sont des choses auxquelles il est vraiment nécessaire de s'accrocher pour rester en vie aujourd'hui."

Michelangelo Antonioni, à propos de La notte


On peut lire cette citation dans le subtil roman Un voyage en Italie de Jean-Pierre Ferrini.