mardi 30 août 2016
samedi 27 août 2016
Rencontre (9) - Les deux pigeons de la rue Sainte-Anne
Au 53 de la rue Sainte-Anne, j'ai rencontré les deux pigeons. Drôle de hasard, c'est sur un mur jouxtant une enseigne au nom qui semble prédestiné que l'on peut les voir.
Car certes il y a les pigeons voyageurs, et les meilleurs d'entre eux, mais il y a aussi ceux qui s'aimaient d'amour tendre, et dont le couple faillit être mis à mal par le désir de voyage de l'un...
Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'eux s'ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage.
Encor si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
Ce discours ébranla le cœur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ;
Vous y croirez être vous-même.
À ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las,
Les menteurs et traîtres appas.
Le las était usé ! si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
Crut, pour ce coup, que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié,
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile et tirant le pié,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ?
Jean de La Fontaine, Les deux Pigeons
Et bien sûr, nostalgie sixties et souvenirs obligent, suivons Charles Aznavour dans la subtile et poignante variation qu'il proposa de cette fable en 1963, sur le chemin de l'absence, de l'attente et du temps perdu.
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre
Mais l'un d'eux a quitté leur toit
Qu'ils sont longs les jours de l'attente
Et longues sont les nuits sans toi
Un pigeon regrettait son frère
Moi je regrette mon bel amour
Comme lui j'attends un bruit d'ailes
Le doux bruit d'ailes de son retour
J'ai laissé partir avec elle
Le bonheur qui nous était dû
Sur le chemin du temps perdu
Amant, heureux amant
Redites-le souvent
Une absence est toujours trop longue
Rien ne sert de courir le monde
L'amour passe et les feuilles tombent
Quand tourne la rose des vents
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre
Mais l'un d'eux a quitté leur toit
Qu'ils sont longs les jours de l'attente
Et longues sont les nuits sans toi
Un pigeon regrettait son frère
Moi je regrette mon bel amour
Comme lui j'attends un bruit d'ailes
Le doux bruit d'ailes de son retour
J'ai laissé partir avec elle
Le bonheur qui nous était dû
Sur le chemin du temps perdu
Finalement, ce qu'auraient dû faire les deux pigeons, les deux âmes soeurs, c'est de partir en voyage ensemble...
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Baudelaire, L'Invitation au voyage
Car, dernière coïncidence, ou hasard objectif, mes deux pigeons ne sont également qu'à quelques pas de l'Hôtel Baudelaire...
jeudi 25 août 2016
Onze heures de la nuit
"Des bruits de baisers claquent sous ma fenêtre. Il est onze heures de la nuit, l’horloge a sonné il y a peu. Des voix montent, de femme, de petites filles et de vieillard. « Bonne nuit, il fait froid, ne restez pas dans la rue et tâchez de bien dormir – Oui, à demain soir, grand-père. » De petits pas trottinent sur la terre dure. Le sol doit être gelé. Le bruit s’atténue comme un grignotis de souris puis cesse. Un long silence, la lune bleue, une aile de vent passe."
mardi 23 août 2016
Rencontre (8)
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| Rue Scipion |
"Do you know, I always thought Unicorns were fabulous monsters, too? I never saw one alive before!"
"Well, now that we have seen each other," said the Unicorn, "if you'll believe in me, I'll believe in you."
Lewis Carroll
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dimanche 21 août 2016
L'été du renard
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| Close encounter of the third kind |
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| Maître Renard, par l'eau du bassin alléché |
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| Toi aussi, entre chien et loup, danse avec les renards |
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| See you, Fantastic Mr Fox! Take care of Felicity, Ash and Kristofferson |
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wes anderson
vendredi 19 août 2016
mercredi 17 août 2016
Reprise
Après une journée de reprise cauchemardesque, prendre quelques instants pour rêver à cette matière étrange dont sont, peut-être, faits les anges.
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lundi 15 août 2016
Ferragosto
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jeudi 4 août 2016
Souvenir paisible
"Et il y a les mâts qui s'obstinent
à mesurer les étoiles
avec le secours du souvenir paisible
- une gerbe de mouettes dans la sérénité de l'aube."
Yannis Ritsos, La Marche de l'océan (Editions Bruno Doucey)
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mardi 2 août 2016
entre, lune
"entre, lune, par la soupente
entrouverte car il est temps
d'écrire ensemble la romance
de ton reflet dans les étangs
entre poser sur ma main blanche
et ma page tout aussi pâle
ton regard avant que le temps
nous sépare d'un coup d'épaule
viens murmurer à mon oreille
ce que ne dit pas le soleil
viens partager ma longue attente
et me dicter les mots de craie
sur l'ardoise de mon enfance"
Jean-Claude Pirotte, exercices de lune, in Plein emploi (Editions Le Castor Astral)
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lundi 1 août 2016
Au hasard joyeux des enseignes
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| La reconversion |
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| Et pourtant Bérénice, souviens-toi de Titus : "Je voulais qu'à mes yeux rien ne fût invincible, Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible." |
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lundi 25 juillet 2016
samedi 23 juillet 2016
Le soleil des loups
"Conrad Mur est coutumier de telles rêveries qui ne laissent en lui nuls ou d'insignifiants vestiges, dès qu'il a fini de s'y abandonner. Des fois, il a même observé que son esprit s'y reposait, en sortait avec une disponibilité beaucoup plus grande que celle qu'il y avait apportée. Pâlit donc et puis s'efface entièrement dans sa mémoire le détail de tout ce que lui a fait contempler sa plongée imaginaire, mais parce que l'heure a tourné pendant qu'il était absent, parce que le soleil s'est rapproché du bleu énorme qui va bientôt l'engouffrer, parce que les rochers gris ont pris des nuances d'iris et de violettes, parce que les ombres des poteaux télégraphiques s'allongent en travers de la route et sabrent le flanc de la montagne, parce que les pics jaillissent entre tourterelle et feuille de rose sur le ciel fouetté de petites mouchetures, Conrad ameute autour de lui des souvenirs pour se défendre contre la mélancolie qui est près de l'assaillir et à laquelle il ne veut pas céder."
"La lune, un peu au-delà de son troisième quartier, cernait d'un feu étrange les bords de quelques vapeurs soufflées en queues de renard sur le brillant du ciel, et sa lumière ruisselait sur les coteaux de Blanchemont qui font entre les deux lacs une presqu'île calcaire, où s'étagent, avec de petits bois chétifs, des carrés de vigne autour de chalets tout seuls et d'abris pointus comme les paillotes d'un village malais. Nous fussions-nous retournés que nous aurions pu voir, mais à très grande distance, errer des points obscurs : couples ainsi que le nôtre blasés de presse et de vacarme. Devant nous, aussi loin que portât le regard, il n'y avait personne."
André Pieyre de Mandiargues, L'Archéologue, in Soleil des loups
| 19 juillet 2016 - En attendant le soleil des loups |
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mardi 19 juillet 2016
lundi 11 juillet 2016
samedi 9 juillet 2016
mardi 5 juillet 2016
dimanche 3 juillet 2016
jeudi 30 juin 2016
Les figures de la Grâce
30 juin, ce n'est aujourd'hui ni la Sainte-Delphine, ni la Saint-Alain, mais en ce début d'été qui n'en est pas un, Noël 69 à Clermont-Ferrand a juste envie de célébrer la beauté et l'intelligence.
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une joie et une souffrance
mercredi 29 juin 2016
dimanche 26 juin 2016
Gelati (4)
vendredi 24 juin 2016
mercredi 22 juin 2016
D'un dos à l'autre
Je te tourne le dos
Je ne voulais pas que tu partes
Mon ange blond, ma sublime aventure
Je te tourne le dos
Je voulais te garder
Toi ma nuit, ma chère et tendre nuit
Je te tourne le dos
Je voulais notre paradis sarde
Tu as choisi l'éclipse
Je te tourne le dos
Le Temps t'a rendue floue
Reste à jamais mon désert.
Mais rouge.
* * *
Ces quelques lignes m'ont été inspirées par la photo ci-dessus, dont je n'ai pas trouvé quand ni à quelle occasion elle avait été prise, et par l'anecdote suivante. J'ai lu que lors de leur rencontre en 1957 sur le tournage du Cri, Michelangelo Antonioni a dit à Monica Vitti (qui effectuait le doublage en post-synchronisation de l'actrice italienne Dorian Gray) : "Vous avez une belle nuque. Vous pourriez faire du cinéma." Ce à quoi elle a répondu : "De dos, seulement ?".
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| Trois fois Monica |
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lundi 20 juin 2016
Corne d'Ammon
| La dalle aux ammonites, à Digne |
"En arrière à partir de l'homme
Le temps pourrait s'enrouler
Comme une corne d'Ammon,
Le charbon retrouverait
La verte aurore des forêts,
Dans le tournement des eaux
Renaîtrait l'éternité."
André Pieyre de Mandiargues, in Le point où j'en suis
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dimanche 19 juin 2016
Frayer
- Tu as essayé de frayer avec Rosette ?
- Non.
- Pourquoi ? Elle te plaît pas ?
- Si.
- L'autre jour j'aurais pu aller au ciné avec elle. Tu essaierais de frayer, toi, si tu allais au ciné avec elle ?
- Oui.
- Moi je voudrais bien, mais je sais pas comment attaquer. On la connaît trop, maintenant.
- Je ferais un scandale. Je lui dirais : "Je te paie le cinéma, et tu veux pas frayer ?"
"Le père Noël a les yeux bleus", Jean Eustache
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