samedi 25 mars 2017

mercredi 22 mars 2017

Gobelins (18)


Soir de printemps, paraît-il.
Le doute et l'espoir.
Ou bien l'espoir et le doute, allez savoir...


dimanche 19 mars 2017

Tombe neige




"Ah! tombe neige
Tombe et que n’ai-je
Ma bien-aimée entre mes bras"


Guillaume Apollinaire, La blanche neige, in Alcools
 

mercredi 15 mars 2017

Garder la trace


Un destin solitaire

Nous fûmes deux, je le maintiens

lundi 13 mars 2017

La voix d'or (2) - Dédicace spéciale



Elle est ratée, cette photo. On ne voit même pas son visage. Et pourtant...
Et pourtant, je n'ai pas essayé de faire mieux. Pas besoin. Parce que la voix, la présence, la prestance magnifique du petit grand homme suffisaient à remplir l'espace, le cœur et les futurs souvenirs.
En rappel, il vient de réciter un ultime poème, Le Déserteur de Boris Vian, avec sa fin originelle :
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer.
Magistral.
C'était Jean-Louis Trintignant, mardi dernier, à la salle Pleyel. 


Il était entouré de cinq excellents musiciens, la formation de Daniel Mille (trois violoncelles, une contrebasse et un accordéon). Une heure et demie de poésie sublimée par la voix d'or de Trintignant et la musique d'Astor Piazzolla, mots et notes mêlés de façon sobre, sensuelle, émouvante, élégante, intense.
Il fut bien sûr beaucoup question d'amour, et de mort aussi, la mélancolie en trait d'union. Jacques Prévert était à l'honneur, ainsi que, entre autres, Robert Desnos, Boris Vian, Guillaume Apollinaire, Raymond Carver, et aussi Gaston Miron, que je ne connaissais pas, avec une bouleversante Marche à l'amour :

Tu as les yeux pers des champs de rosées
Tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
La douceur du fond des brises au mois de mai [...]

D'Apollinaire ce fut la Scène nocturne du 22 avril 1915 (in Poèmes à Lou) :

Mon ptit Lou adoré Je voudrais mourir un jour que tu m’aimes
Je voudrais être beau pour que tu m’aimes
Je voudrais être fort pour que tu m’aimes
Je voudrais être jeune jeune pour que tu m’aimes
[...]


De Desnos, Aujourd'hui je me suis promené (in État de veille) :

Aujourd’hui je me suis promené avec mon camarade,
Même s’il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.

Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.
Avec mon camarade je me suis promené [...]

enchaîné, en écho, avec l'hommage rendu par Prévert :

Aujourd'hui

comme en 1925 comme en 1936 comme en 1943 dans la rue
Dauphine quand il allait chercher à manger pour ses chats de la rue
Mazarine avant d'être cravaté emporté déporté

tué

par la guerre la police la vacherie le typhus

je me suis promené avec
Robert
Desnos

oui je me suis promené avec lui
[...]



Une grande soirée. Merci Jean-Louis Trintignant. C'était bien.

* * *

Caro Papa, je te dédie ces quelques lignes, et ma soirée du 7 mars. Car tu aurais aimé, toi aussi, être là, j'en suis sûre. Tu adorais l'accordéon, Piazzolla, le tango. Tu aimais Vian, Prévert, d'ailleurs dans ma bibliothèque, ces traces très présentes de tes lectures de jeune homme...



Et puis Trintignant aussi, évidemment, tu l'aimais. Le Fanfaron, Le Conformiste, tu te souviens ? Trintignant, c'est ta génération, et si tu n'étais pas parti ce 13 mars, il y a quatorze ans, tu aurais à peu près son âge, à peine quelques années de moins. Alors, mardi soir, c'était aussi un peu toi que je regardais, que j'écoutais...



Jardin des Plantes (à quatre pas de ta maison), 12 mars 2017.
Comme il y a quatorze ans, un temps de printemps.
Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.

lundi 6 mars 2017

vendredi 3 mars 2017

Un croisement entre un renard et un nuage



"Est-il possible qu’il n’existe que dix exemplaires au monde de ces comics ?
Bien que Kirsten en ait pris grand soin, ils sont maintenant cornés et usés sur les bords. Le premier numéro s’ouvre sur un dessin en double page. Le Dr Eleven est perché sur de sombres rochers dominant une mer indigo au crépuscule. Des bateaux naviguent entre les îles, des éoliennes tournent à l’horizon. Il tient son chapeau de feutre à la main. Un petit animal blanc est assis à côté de lui. (Plusieurs membres de la Symphonie, parmi les plus anciens, ont confirmé qu’il s’agissait d’un chien, mais Kirsten n’en a jamais vu de semblable. Il s’appelle Luli. On dirait un croisement entre un renard et un nuage.) Au bas de l’image, il y a une ligne de texte : Je parcourus du regard mon domaine endommagé, essayant d’oublier la douceur de la vie sur la Terre."

* * *

"En fin d'après-midi, elle trouva dans sa poche un bout de papier plié en deux. Elle reconnut l'écriture d’August.

Un fragment pour mon amie...
Si ton âme quittait cette terre, je la suivrais pour te rejoindre
Silencieux, mon vaisseau spatial suspendu dans la nuit

Elle lisait un de ses poèmes pour la première fois et en fut prodigieusement émue. « Merci », lui dit-elle quand elle le revit. Il se borna à hocher la tête."

* * *

"Ils passèrent la nuit sous un arbre, à proximité du pont, allongés côte à côte sur le plastique d'August. Kirsten dormit d'un sommeil agité ; chaque fois qu'elle se réveillait, elle avait conscience du paysage désertique, du manque de gens, d'animaux et de caravanes autour d'elle. L'enfer, c'est l'absence de ceux qu'on voudrait tant avoir auprès de soi."

dimanche 26 février 2017

Adresses



"Il me semble qu’en passant, comme Frédéric Moreau, sous les fenêtres du deuxième étage du 24 bis de la rue de Choiseul, j’en saurai plus sur Mme Arnoux, par ces coulisses de sa vie que Flaubert a laissées en blanc."

Même si... même si l’appartement de Mme Arnoux a laissé la place au siège du Crédit Lyonnais...

* * *

"Chaque fois que je rencontre dans un roman l’adresse d’un personnage, troublé, j’hésite, suspends ma lecture, m’arrête. J’examine dans tous les sens cette carte de visite qui m’est présentée, l’air de rien, comme une invitation. L’auteur me fait signe, c’est là qu’il me donne rendez-vous, il faut que j’aille y voir."

Voilà, c’est exactement ça. 



Et pour une promenade Rue de la Lune, on ira voir ici... 
 

mardi 21 février 2017

A Séléné



Bonjour, ma toute belle. De ton sourire, tu briseras les mailles du filet d'hiver. De ton éclat, tu échapperas aux griffes de l'étrange marionnettiste. Enfin libre, tu iras faire ta révolution tout en douceur. Ou, préférant retourner à tes rêveries de pâle jeune fille, tu t'éclipseras.

vendredi 10 février 2017

Fragments de Rome en hiver


"Je vous écris d'Italie..."

Matin romain

C'est toujours un plaisir d'être ici.
"A ce lieu se rattache toute l'histoire du monde et je compte comme un second jour de naissance, une véritable renaissance le jour où je suis arrivé à Rome."
Goethe, Voyage en Italie


Rencontre (1) - Impérial, comme il se doit

Ponte Sisto - Impressions nocturnes,
comme une radiographie du passé


Chez Nanni
 
Rencontre(2) - Les mauvais garçons de l'Aventin

Ciao, Antonio ! Avec Gianni et Nicola, vous vouliez changer le monde, sans doute est-ce le monde qui vous a changés, mais que de bonheurs et d'émotions vous nous avez donnés...

A toi, cher Flâneur des deux rives...

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon
Voilà, je n'ai pas vu de néflier du Japon, mais Guillaume j'y suis,
à l'endroit même où tu es né.
 

vendredi 3 février 2017

Tous les soirs du monde



"Un soir précautionneux montait du Tage avec des allures de souvenirs baudelairiens, et tu murmurais en souriant sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille, tu réclamais le soir, cependant que tous les soirs du monde, nous voulions le croire à n’importe quel prix, tous les grands soirs aventureux et vagabonds s’étendaient devant nous, prêts à nous appartenir."

Jean-Claude Pirotte, Boléro

samedi 28 janvier 2017

Solitude (12)


Santiago, par notre envoyé spécial au Chili

Là-bas. Avoir la tête en bas et au sud n'exclut pas l'indifférence et la solitude de la ville. Les deux serpents de lumière se dédaignent l'un l'autre avec superbe.

jeudi 26 janvier 2017

Rien, pas un poème



« Je suis tellement fatigué.
Par la fenêtre passe le mauve du ciel lourd. Les arbres à de rares moments s’ébouriffent. Qu'est-ce que cela peut me faire ? Le paysage, je l'abandonne à lui-même comme je m'abandonne à l'absence. On entend soudain un coup de vent brutal.
Et je m'enfonce dans un brouillard d'angoisse diffuse. Pour y échapper, le "moyen" serait d'écrire des poèmes. Or, depuis notre retour ici, et en attendant le départ, rien, pas un poème. »

Nicolas de Staël, Arbres (1953)

« Je pense à Dhôtel pour qui le roman, la vie (c'est pareil), c'est "d'aller de proche en proche", et à de Staël qui, lui, déclare "aller d'accident en accident". »



mardi 24 janvier 2017

Life out of balance (3)


Santiago, par notre envoyé spécial au Chili

Une semaine qu'en raison des incendies, les montagnes ne sont plus visibles.

A container of ashes might one day be thrown from the sky which could burn the land and boil the oceans.
(3ème prophétie Hopi, Koyaanisqatsi)

jeudi 19 janvier 2017

Un chat français



"De toutes les villes que j'ai visitées, je n'aime véritablement que Paris ; le moindre détail y est raffiné et précieux et élégant et chacun en tire ce qui lui correspond."
(Lettre de Sylvia Plath à sa mère, août 1956)



Magnifique ouvrage publié aux Éditions de La Table Ronde.

mardi 17 janvier 2017

Mulholland Drive (5)


Santiago, par notre envoyé spécial au Chili

lundi 16 janvier 2017

vendredi 13 janvier 2017

Rencontre (10) - Solitude (11)


- C'est par ici, indiqua l'Animal solitaire dans la lumière déclinante
 de ce jour d'hiver, alors que je lui demandais mon chemin.


mercredi 11 janvier 2017

Gobelins (17) - Elle aime bien le quartier



"Pourtant, elle habite Paris maintenant, au 10 de la rue Le Brun, dans le 13ème arrondissement. Une rue discrète qui donne d'un côté sur l'avenue d'Italie et de l'autre sur le boulevard Saint-Marcel, dans le cinquième. Elle aime bien le quartier, la proximité de Mouffetard, de la place d'Italie."

Laurent Mauvignier, Continuer (Les Editions de Minuit, 2016)

Face à la Manufacture des Gobelins

En fait, Laurent Mauvignier se trompe légèrement : la rue Le Brun donne sur l'avenue des Gobelins, et non sur l'avenue d'Italie (qui continue l'avenue des Gobelins au-delà de la place d'Italie). Mais qu'importe, attribuons cette erreur à la licence artistique. Et puis après tout, qui a dit que la littérature devait être une science exacte, et un roman aussi précis qu'un traité de topographie ?

La rue doit son nom au peintre Charles Le Brun. Élève de Nicolas Poussin, il fut notamment chargé de la décoration du château de Vaux-le-Vicomte par Nicolas Fouquet, puis de celle du château de Versailles par Louis XIV, après avoir été nommé par celui-ci "Premier peintre du Roi". Il participa aussi à la création de l'Académie royale de peinture et de sculpture et de la Manufacture des Gobelins, dont il fut le directeur. Lorsque son protecteur Colbert mourut, Le Brun se retira peu à peu de la vie publique, tomba dans un oubli relatif, et mourut d'une maladie de langueur aux Gobelins.

Charles Le Brun, Jeune fille en buste, 1660-1661, Musée du Louvre

Il n'est en fait que très peu question de la rue Le Brun dans le magnifique roman de Laurent Mauvignier. L'auteur nous emmène au coeur des relations et des sentiments entre une mère et son fils, de l'amour et de l'énergie inouïe dont fait preuve celle-ci pour sauver celui-là de l'abîme d'enfermement et de violence dans lequel il est en train de sombrer, du retour à sa propre vie de cette femme meurtrie, et d'une fantastique chevauchée initiatique à deux dans les paysages âpres et grandioses des steppes et des montagnes du Kirghizistan.

Continuer, une devise pour 2017 ?

vendredi 6 janvier 2017

Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire (Guillaume et le Canard)


Dans cette machine à remonter le temps qu'est
Le Canard enchaîné, 100 ans, Un siècle d'articles et de dessins (Editions Seuil) 

La jolie rousse

Me voici devant tous un homme plein de sens
Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître
Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
Ayant su quelquefois imposer ses idées
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
pourrait des deux savoir
Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
Entre nous et pour nous mes amis
Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention
             De l'Ordre de l'Aventure

Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
Bouche qui est l'ordre même
Soyez indulgents quand vous nous comparez
A ceux qui furent la perfection de l'ordre
Nous qui quêtons partout l'aventure
Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons nous donner de vastes et d'étranges domaines
Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
Mille phantasmes impondérables
Auxquels il faut donner de la réalité

Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l'illimité et de l'avenir
Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés

Voici que vient l'été la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
O Soleil c'est le temps de la Raison ardente
                      Et j'attends
Pour la suivre toujours la forme noble et douce
Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
           Elle a l'aspect charmant
           D'une adorable rousse

Ses cheveux sont d'or on dirait
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui se fanent

Mais riez riez de moi
Hommes de partout surtout gens d'ici
Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi

Guillaume Apollinaire, in Calligrammes 



samedi 31 décembre 2016

Closing




Noël 69 à Clermont-Ferrand souhaite à ses chers amis, fidèles lecteurs, visiteurs bienveillants et passants occasionnels une fin d'année en douceur. Et que 2017 soit à la hauteur de vos rêves, de vos envies, de vos fantaisies, de vos folies.




L'astre bizarre, dans l'an qui décline

samedi 24 décembre 2016