lundi 26 janvier 2015

Le jour où...(11)

Giotto, Saint François chasse les démons d'Arezzo, 1297-1299 (détail)
Eglise supérieure d'Assise

Le jour où, au lieu de "Visualisez nos démos", j'ai lu "Visualisez vos démons", je me suis demandé si j'avais besoin de nouvelles lunettes ou bien d'une psychanalyse.

Ambrogio Lorenzetti, Effets du mauvais gouvernement, 1337-1340 (détail)
Palazzo Pubblico, Sienne

A moins que ce ne soit d'une relecture de Ada ou l'ardeur... ?

samedi 24 janvier 2015

mercredi 21 janvier 2015

lundi 19 janvier 2015

Livres en feu - Générique


 
Qu’ils soient cités, promis au bûcher, brûlés, ou incarnés par les hommes-livres, les livres sont les principaux personnages de Fahrenheit 451. Alors comment François Truffaut a-t-il fait son casting ?

« Je voulais éviter de faire un petit catalogue, je ne voulais pas qu'on dise : "Voilà les livres qu'il aime", alors j'ai laissé beaucoup faire le hasard. Et puis, quelquefois, je les ai choisis pour d'autres raisons que le titre. Par exemple, j'ai recherché des vieilles éditions comme Le Livre de demain chez Arthème Fayard, parce que pour beaucoup de gens, c'est une émotion : un livre avec ses bois gravés, tout Colette, tout Cocteau, ça vous rappelle l'avant-guerre. Alors j'ai essayé de retrouver l'équivalent pour les Anglais, les premières éditions Penguin de 1935. Il y a aussi des auteurs que je ne pouvais pas ne pas citer, parce que je les adore, comme Audiberti ou Genet. D'ailleurs, si j'étais parti dans la forêt avec les hommes-livres, j'aurais appris par cœur pour le sauver le roman de Jacques Audiberti qui s'appelle Marie Dubois.

Naturellement, j'ai eu besoin de plusieurs centaines de livres et le hasard des manipulations ou des prises de vue à plusieurs caméras a mis tel ou tel livre en évidence. Donc, la part de choix personnel était mince. Par ailleurs, certains livres ont brûlé mieux que d'autres et se sont révélés plus photogéniques ou même plus adroits à "trouver le créneau", comme on dit des acteurs qui, dans les plans généraux, parviennent le mieux à faire voir leur tête par-dessus les épaules des vedettes. »

François Truffaut (propos tirés de plusieurs entretiens, rapportés sur le site de la Cinémathèque "Truffaut par Truffaut").


Donc pas de catalogue, pas de « bibliothèque idéale », mais un mélange de choix et de hasard...
Par un froid dimanche de janvier, il m’a paru soudain impératif de dresser une liste de ces héros de papier, même si ça ne sert strictement à rien...

Au générique donc, par ordre d’apparition à l’écran :

Les livres brûlés :

Don Quichotte, Cervantès
L’Envoûté, Somerset Maugham
Lewis et Irène, Paul Morand
Othello, Shakespeare
Vanity Fair, Thackeray
Alice au pays des merveilles, et De l’autre côté du miroir, Lewis Carroll
Madame Bovary, Gustave Flaubert
Le Monde à côté, Gyp
My Life in Art, Constantin Stanislavski
Gaspard Hauser
Robinson Crusoé, Daniel Defoe
L’Ethique, Aristote
Mein Kampf, Adolf Hitler (eh oui, le prenant spécialement dans un rayonnage, le capitaine de Montag explique à ce dernier qu’il faut brûler tous les livres)
The world of Salvador Dali, Robert Descharnes (beau livre illustré longuement feuilleté à la faveur du courant d’air créé par les pompiers pyromanes pour attiser le feu)
Interglossa, Lancelot Hogben
Pantagruel et Gargantua, Rabelais
Les Nègres, Jean Genet
My life and loves, Franck Harris
Nadja, André Breton
My autobiography, Charlie Chaplin
Roberte ce soir, Pierre Klossowski
Confession d’un rebelle irlandais, Brendan Behan
The Ginger Man, J.P. Donleavy
Les Cahiers du Cinéma (numéro 103, janvier 1960, avec en couverture Jean Seberg dans A bout de souffle)
Deux Anglaises et le Continent, Pierre-Henri Roché
Balzac et l’argent, Pierre Lachenay (malicieux clin d’œil d’auto-référence de la part de Truffaut, car il s’agit du livre écrit par Pierre Lachenay, personnage principal spécialiste de Balzac dans La Peau douce)
Métaphysique, Aristote
Le Brave Soldat Schweik, Jaroslav Hasek
Une Histoire de la torture
Livre sur Cocteau ou de Cocteau, donc on ne voit pas le titre
Moby Dick, Herman Melville
Lolita, Nabokov
Les Aventures de Tom Sawyer, Mark Twain
Le Procès, Franz Kafka
Marie Dubois, Jacques Audiberti
La Ferme des animaux, George Orwell
Sermons and Soda Water (La fille sur le coffre à bagages), John O’Hara
La Peau de chagrin, Balzac
Dom Juan, Molière
The Mystery of Jack the Ripper, Leonard Matters
Pères et fils, Tourgueniev
Journal du voleur, Jean Genet
Plexus, Henry Miller
Jane Eyre, Charlotte Brontë
Justine ou les Malheurs de la vertu, Sade
Rébus, Paul Gégauff
L’Attrape-cœurs, J.D. Salinger
Les Secrets de la princesse de Cadignan, Balzac
Zazie dans le métro, Raymond Queneau
Journal de l’année de la peste, Daniel Defoe
Les Aventures de Pinocchio, Carlo Collodi
In ze pocket, Walter S. Tavis
Les Frères Karamazov, Dostoïevski
Pas d’orchidées pour Miss Blandish, James Hardley Chase




Les livres incarnés par les hommes-livres dans la scène finale :

Vie de Henri Brulard, Stendhal
La République, Platon
Les Hauts de Hurlevents, Emily Brontë
Le Corsaire, Byron
Alice au Pays des Merveilles, Lewis Carroll
Le Voyage du Pèlerin, John Bunyan
En attendant Godot, Samuel Beckett
Réflexions sur la question juive, Jean-Paul Sartre
Chroniques Martiennes, Ray Bradbury
Les Aventures de Monsieur Pickwick, Charles Dickens
David Copperfield, Charles Dickens (special guest du film, en quelque sorte, puisque c’est le premier roman que Montag dérobe pour le lire en cachette, livre d’initiation donc, et dont il lit des extraits à sa femme Linda et à ses amies consternées)
Le Prince, Machiavel
Orgueil et préjugés, Jane Austen
Histoires extraordinaires, Edgar Allan Poe
Mémoires, Saint-Simon
Le Barrage d’Hermiston, Stevenson

Et aussi :

Marcel Proust, dont on distingue une couverture dans un des brasiers, et qui revient en écho quelques plans plus loin dans la phrase de Montag à sa femme : « Je dois partir à la recherche du temps perdu ».

Sont également cités Nietszche (le capitaine explique à Montag pourquoi il faut spécialement brûler les livres des philosophes), ainsi que Tolstoï, Walt Withman, Faulkner, Schopenhauer...

Sans oublier tous les autres livres, figurants anonymes, dont on ne parvient pas à lire la couverture.




Si François Truffaut avait été un homme-livre, il aurait donc été Marie Dubois (rappelons que c’est en référence à ce roman de Jacques Audiberti que Truffaut a trouvé son nom de scène à son actrice de Tirez sur le pianiste). Quant à moi, j’ai donné un début de réponse ici...

Hommes-livres qui sont l’objet de ce beau quiproquo entre Clarisse et Montag :
Clarisse : Longez la rivière jusqu’à l’ancienne voie ferrée. Suivez-la, et vous trouverez les hommes-livres.
Montag : Les hommes libres ?
Clarisse : Non, les hommes-livres !
(rendu, dans la version anglaise originale, par book people / good people)

samedi 17 janvier 2015

Life out of balance (2)







Décembre 2014, ce paysage sur 1000 kilomètres entre Pékin et Xi'an, niveau de pollution "hazardous".




lundi 5 janvier 2015

Où, cette nuit, m'éveillerai-je après l'ivresse ?


Le Bund, Shanghai - décembre 2014

"- Merci beaucoup... Juste une dernière question, ajouta-t-elle impulsivement. Hier soir, en regardant le Bund, j'ai pensé à un poème chinois de l'époque classique, dont j'avais étudié la traduction anglaise, il y a quelques années, au cours de mes études. Il parle du regret qu’éprouve le poète de ne pouvoir partager la contemplation d'un merveilleux paysage avec son amie. Je ne suis pas arrivée à me souvenir exactement des vers. Vous ne connaîtriez pas ce poème, par hasard ?
- Euh... (Il la regarda avec surprise.). Je crois que c'est un poème de Liu Yong, un poète de la dynastie des Song.

Où, cette nuit, m'éveillerai-je après l'ivresse ?
Près de la berge aux saules,
Sous la brise de l'aube et la lune au déclin.
Pendant l’année d'absence,
Les jours sereins et les beaux paysages viendront s'offrir en vain.
Même si je sentais mille ardeurs m'inspirer
à qui me confierais-je ?

- C'est ça, oui !
La soudaine métamorphose de son interlocuteur la stupéfia. Son visage s'était illuminé en récitant les vers. Les informations de la CIA devaient être exactes, il était inspecteur principal de la police criminelle, mais aussi poète. Ou, du moins, il connaissait et Liu Yong et T.S. Eliot. Elle en fut intriguée."

Qiu Xiaolong, Visa pour Shanghai

Liu Yong (987-1053)

mercredi 31 décembre 2014

Tout ce que tu veux

Arbres (1953)
A Ciska Grillet
Ménerbes, fin décembre 1953

Ciska,

Merci pour cet amour de petite lettre droite.
Je te souhaite tout ce que tu veux, surtout dans la mesure où je puis consciemment ou pas y jeter un peu de feu vif.

Nicolas

* * *

Voilà, c'est exactement ça, pour 2015 je vous souhaite tout ce que vous voulez, chers amis et lecteurs, et si, en plus, Noël 69 à Clermont Ferrand peut y ajouter quelques étincelles...

Et en attendant, pour terminer 2014 en douceur, la magie des notes de ce Tokyo encore...


samedi 20 décembre 2014

Charmant Noël

 

C'est avec cette belle et malicieuse chanson de Barbara que Noël 69 à Clermont Ferrand, qui s'apprête à partir quelque temps loin, à l'est, au froid, souhaite à ses amis, ses lecteurs fidèles, ses visiteurs passagers mais toujours bienvenus, avec quelques jours d'anticipation, de belles fêtes de Noël. A bientôt...




dimanche 14 décembre 2014

Dimanche 14 décembre 1941 - 2014


"Il faudrait savoir s'il faisait beau ce 14 décembre, jour de la fugue de Dora. Peut-être l'un de ces dimanches doux et ensoleillés d'hiver où vous éprouvez un sentiment de vacance et d'éternité - le sentiment illusoire que le cours du temps est suspendu, et qu'il suffit de se laisser glisser par cette brèche pour échapper à l'étau qui va se refermer sur vous."

Patrick Modiano, Dora Bruder

vendredi 12 décembre 2014

Grand écran


"En été, quand la mode douce des bras nus
Donne aux yeux la fraîcheur de son aumône égale,
Au fond d'un cinéma de faubourg inconnu
Aller s'asseoir parmi ces bras blancs dans la salle
Obscure, et seul et se livrant dans la noirceur
A l'art d'aimer ces nudités mélancoliques,
Pendant qu'un piano fait des accords danseurs
Voir passer sur l'écran les grands transatlantiques."

Marcel Thiry, L'Enfant prodigue (1927)

Forcalquier

"Nous irons nous aimer dans les grands cinémas."

Marcel Thiry, Plongeantes proues (1925)

mercredi 10 décembre 2014

Ne pas dormir (3) - Avenue de l'Opéra

L'Ange de feu (Reds)

Le Crépuscule des dieux

La Promesse de l'aube

Stairway to Heaven... ?

mercredi 3 décembre 2014

Promenades (6) - Tout au fond du XIIIe arrondissement


"A Paris, à la même époque, je vais déjeuner chez Raymond Queneau, le samedi. Souvent, au début de l'après-midi, nous prenons ensemble un taxi, et de Neuilly nous revenons tous deux sur la rive Gauche.
Il me parle d'une promenade qu'il avait faite avec Boris Vian dans une petite rue que presque personne ne connaît, tout au fond du XIIIe arrondissement, entre le quai de la Gare et la voie ferrée d'Austerlitz: rue de la Croix-Jarry. Il me conseille d'y aller.
Plus tard, chaque fois que nous nous verrons, nous parlerons de cette rue de la Croix-Jarry. Il y a quelque temps, j'ai lu que les moments où Queneau avait été le plus heureux, c'était quand il devait écrire des articles sur Paris pour L’Intransigeant et qu'il se promenait l'après-midi à travers les rues.
Je me demande si ces années mortes en valaient vraiment la peine : les seuls instants où j'étais vraiment moi-même : ceux où je me retrouvais seul dans les rues, comme Queneau, à la recherche des chiens d'Asnières."
Patrick Modiano, Ephéméride
 

La rue de la Croix-Jarry tire son nom d'une affaire un peu inquiétante : en 1430, un homme nommé Jarry y fut assassiné, et l'emplacement du meurtre a longtemps été marqué par une croix.
Ce dernier dimanche de novembre, jour froid et blanc où subitement l'automne s'est souvenu que l'hiver n'était plus très loin, j'ai suivi le conseil que Raymond Queneau avait donné à Patrick Modiano. J'y suis allée. Petite rue tout au fond du XIIIe arrondissement en effet, entre la rue Watt et le boulevard Masséna.


En 2014, la rue de la Croix-Jarry, ou du moins la rue telle que Patrick Modiano a pu la voir vers 1962, n'est plus. On peut tout de même avoir une idée de ce qu'elle était en regardant Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville. Jef Costello, le personnage de tueur à gages mutique joué par Alain Delon, émerge en courant dans la rue de la Croix-Jarry, à la poursuite de l'homme qui a essayé de le tuer sur la passerelle métallique enjambant les voies ferrées venant de la gare d'Austerlitz (détruite en 2004) et reliant la gare d'Orléans-Ceinture (devenue la gare du boulevard Masséna, puis désaffectée depuis 2001), accessible depuis la rue du Loiret.



Plus rien à voir, donc, avec la rue de la Croix-Jarry aujourd'hui...


... même si la modernité n'exclut pas la mémoire.


Suivant la trace de Jef Costello, mais aussi de Nestor Burma dans Brouillard au Pont de Tolbiac, on a étendu la promenade aux rues alentour, qui ont elles aussi subi des changements radicaux, mais où l'on arrive à parfois à détecter des vestiges du passé, comme si ce dernier, pris entre temps révolu et modernité avait choisi de faire œuvre de résistance avec quelques clins d’œil...

 On s'engage dans la rue Watt...


... et on croise même l'ombre de Nestor Burma :


Rue du Loiret, la fameuse gare, avec Malet/Tardi, Melville, et en novembre 2014 :



 Rue du Loiret encore :


Fresque de Tristan Eaton

vendredi 28 novembre 2014

vendredi 21 novembre 2014

Novembre




"Et l'arbre est réuni au brouillard par novembre."
Marcel Thiry, Usine à penser des choses tristes



lundi 17 novembre 2014

Kinda blue (mille bleuités)



"Tu peins en bleu des chameaux délicats
Sur le fond bleu d'un souvenir d'Asie,
Car tu vois bleu grâce aux bleutés micas
Du souvenir et de la fantaisie.

Tendres joueurs de bleus harmonicas
Pour enchanter mes soirs de bourgeoisie,
Bleus tons sur tons d'Asie et délicats
Dessins de seins d'azur en Malaisie,

Ces souvenirs de mille bleuités
C'est ton trésor d'esclaves rapportés
Des îles de vanille et de gingembre ;

Peindrais-tu en bleu par ce triste Novembre
Si ne posaient doucement dans la chambre
Les corps captifs de tes bleues vanités ?"

Marcel Thiry, L'Enfant prodigue (1927)

vendredi 14 novembre 2014

Gobelins (4)



"Les phares prennent leur long-cours comme des voiles
Et se fondent en vous, grandes années-lumière."

Marcel Thiry, La Mer de la Tranquillité

mardi 4 novembre 2014

Civilisation



- Et alors, tu fais quoi là-bas ?
- Plein de choses, je fais de l'aviron, du yoga, j'écris des dissertations sur les présocratiques... Et ici on peut même voir des pièces en grec ancien.
- ?!
- Oui oui, ça existe, et c'est trop bien !