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| "Comment s'appelle la fleur qui vole d'oiseau en oiseau ?" Pablo Neruda, Le Livre des questions |
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mardi 23 avril 2019
mardi 26 mars 2019
Promenades (16) - Embrasser Valparaiso, chanter Victor Jara
"Vous avez l'air triste et je crois que c'est de ma faute, j'ai dit.
Elle s'est redressée un peu.
Je suis moins triste que vous.
Mais non, je ne suis pas triste, j'ai protesté. Tenez, on pourrait aller à Valparaiso.
Maintenant ?
Non, pas maintenant, j'ai dit. Une autre fois. Je sais pas, dans une semaine ou deux. Qu'est-ce que vous en dites. C'est parce que j'ai envie d'embrasser Valparaiso.
Embrasser ? Mais oui, la prendre dans mes bras, la ville, et aussi toute la baie. Faire un grand tour, monter dans les collines depuis le nord, avec le Pacifique à portée de main, et puis redescendre jusqu'au port et rester un peu, à regarder les cargos.
Il y a eu un temps de silence et c'était comme si on commençait à les regarder, les cargos.
Décidément, vous aimez les grandes marches, elle a dit.
Ah, et je voudrais aussi revoir la maison de Neruda. Ça oui, j'aimerais bien la revoir. On pourra passer par là, si vous voulez."
"Vous êtes fâché contre moi ? a demandé Ema.
J'ai dit que j'étais pas fâché du tout, et encore moins contre elle.
À cause de mon rendez-vous d'aujourd'hui, elle a dit.
Mais non, j'ai fait. On a tous nos petites manies. Vous, c'est les rendez-vous.
Elle a ri.
Et vous, Ernesto, vous avez des manies ?
Plein, j'ai dit. Tenez, depuis qu'on s'est vus à Santiago, je chantonne Te recuerdo Amanda à chaque fois que je pense à vous. En me tenant droit comme un i. Je me demande d'où ça peut venir.
C'est drôle, elle a dit. Vous aimez Victor Jara ?
Bien sûr que je l'aime. Regardez, la pluie s'arrête. Alors, vous voulez bien marcher ?
Oui.
Si nous parcourons tous les escaliers de Valparaiso, nous aurons fait le tour du monde, j'ai dit joyeusement.
Tous les escaliers, ce ne sera pas facile, elle a dit. Mais quand même, on a une bonne matinée devant nous pour nous promener. On pourra déjeuner aussi, si vous voulez. Et après, je partirai.
On a traversé la place de la gare routière.
On va monter par Argentina Poniente, j'ai dit. Là-haut, on sera tranquilles. On ira d'une colline à l'autre en suivant Alemania. Vous voulez bien, Ema ?
Elle a dit oui.
Quelques rayons de soleil ont percé les nuages mais le ciel restait menaçant. On a commencé à grimper. Je marchais un peu devant, en me retournant régulièrement vers elle.
Vous savez, j'ai dit, cette histoire d'escaliers et de tour du monde, c'est pas moi qui l'ai inventée.
Je sais, elle a dit. Ne vous inquiétez pas, Ernesto."
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| "Si nous parcourons tous les escaliers de Valparaiso, nous aurons fait le tour du monde." Pablo Neruda, J’avoue que j’ai vécu |
On se souviendra que Victor Jara, chanteur chilien très populaire et fidèle soutien du président Salvador Allende, fut arrêté, torturé et assassiné par la junte militaire quelques jours après le coup d'état du 11 septembre 1973.
On a trouvé beaucoup de choses dans ce court roman sensible et délicat d’Antoine Choplin, Partiellement nuageux, paru très récemment aux éditions La fosse aux ours. De Santiago à Valparaiso, du Musée de la Mémoire à un petit observatoire astronomique installé en territoire mapuche, de Neruda à Jara, des très sombres heures de la dictature aux souvenirs douloureux et confidences difficiles : la possibilité d'un amour.
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mercredi 5 septembre 2018
Les trois maisons du poète (1) - La Sebastiana
A « La Sebastiana »
C'est moi qui ai construit la maison.
Je l'ai faite d’abord d'air.
Puis dans l'air j'ai hissé le drapeau
et je l'ai laissé suspendu
au firmament, à l'étoile, à
la clarté et à l'obscurité.
Ciment, fer, verre
étaient la fable,
plus précieux que le blé et comme l'or,
il fallait les chercher et les vendre,
et ainsi vint un camion :
ils déchargèrent des sacs
et encore des sacs,
la tour s'agrippa à la terre dure,
- mais pas assez, dit le constructeur,
elle manque de ciment, de verre, de fer, de portes -,
et je n'ai pas dormi de la nuit.
Mais elle grandissait,
grandissaient les fenêtres,
et sous peu,
en lui collant le papier, en travaillant,
en s'y attaquant du genou et de l'épaule,
elle allait grandir jusqu'à exister,
jusqu'à ce qu’on puisse regarder par la fenêtre,
et avec autant de sacs, il semblait
qu'elle pourrait soutenir un toit et s'élèverait,
et elle s'accrocherait finalement au drapeau
qui suspendait encore au ciel ses couleurs.
J’ai rassemblé les portes les moins chères,
celles qui étaient mortes
et qu'on avait jetées de chez elles,
des portes sans murs, cassées,
débris entassés,
des portes sans mémoire,
sans souvenir de clé,
et j'ai dit: « Venez
à moi, portes perdues :
je vous donnerai une maison et un mur
et une main qui frappe,
vous battrez de nouveau en ouvrant l’âme,
vous veillerez sur le sommeil de Matilde
avec vos ailes qui volèrent tant ».
Alors la peinture
arriva aussi en léchant les murs,
les parant de bleu ciel et de rose
pour qu'ils se mettent à danser.
Ainsi la tour danse,
chantent les escaliers et les portes,
et la maison grimpe jusqu'à toucher le mât,
mais l'argent manque,
les clous manquent, les serrures, le marbre.
Cependant, la maison
continue de grimper
et quelque chose se passe, un battement
parcourt ses veines :
c'est peut-être une scie qui navigue
comme un poisson dans l'eau des rêves,
ou un marteau qui pique
comme un fourbe condor charpentier
les tables de la pinède que nous piétinerons.
Quelque chose se passe et la vie continue.
La maison grandit et parle,
elle se maintient debout,
des vêtements sont suspendus à un échafaudage,
et comme en mer, le printemps
nageant comme une naïade marine
embrasse le sable de Valparaiso,
cessons d'imaginer : voici la maison :
tout ce qui manque sera bleu,
il ne lui reste plus qu'à fleurir.
Ce sera le travail du printemps.
Pablo Neruda, in Plenos poderes, 1962
(traduction François M., 2018)
(traduction François M., 2018)
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« Je ressens la fatigue de Santiago. Je veux trouver à Valparaiso une petite maison où vivre et écrire tranquille. Elle devra répondre à certaines conditions. Elle ne doit être située ni trop haut ni trop bas. Elle doit être solitaire, mais pas trop. Avec des voisins qu’on peut espérer invisibles. Il ne faudrait ni les voir ni les entendre. Originale, mais non dénuée de confort. Avec de nombreuses ailes, mais solide. Ni trop grosse, ni trop petite. Loin de tout, mais proche des transports publics. Indépendante, mais proche des commerces. De plus, elle doit être très bon marché. Pensez-vous que je peux trouver une maison comme ça à Valparaiso? »
Elles découvrent alors sur le mont Florida, une des collines de Valparaiso, le chantier d'une grande maison, dont le propriétaire, un architecte prénommé Sebastián, est mort plusieurs années auparavant sans pouvoir achever les travaux. Pablo Neruda la trouve à son goût, mais trop grande pour lui seul ; il l'achète donc en commun avec son amie sculptrice Marie Martner et son mari le docteur Francisco Velasco.
La maison, baptisée La Sebastiana en l’honneur du propriétaire précédent, fut inaugurée en 1961 lors d’une fête mémorable, et à cette occasion Neruda écrivit le poème ci-dessus.
Pillée après le coup d’état de 1973, La Sebastiana a été restaurée à partir de 1991. Charme et originalité de la structure tout en escaliers, terrasses et fenêtres, vue sublime sur la baie de Valparaiso, décoration foisonnante d'un goût exquis (Neruda était un grand collectionneur, notamment de cartes anciennes, de peintures, d'instruments de navigation), c'est peu de dire que, comme les autres maisons chiliennes du poète (Isla Negra, et, à Santiago, La Chascona), La Sebastiana semble avoir une âme... Elle méritait bien un poème.
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jeudi 9 août 2018
A nos amours
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lundi 21 mai 2018
Pensons à toute la terre
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| Patagonie, mars 2018 |
"Je prends congé, je rentre
chez moi, dedans mes rêves,
je retourne à cette Patagonie
où le vent frappe les étables
et où l'Océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là, oui, que je veux mourir,
si je devais naître cent fois,
c'est là aussi que je veux naître,
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du Sud,
des cloches depuis peu acquises.
Qu’aucun ne pense à moi. Pensons
à toute la terre, frappons
amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
que nous allions au cinéma, que nous sortions
boire le plus rouge des vins.
vendredi 2 février 2018
Oui comme le temps est un ami...
... il colore mon pays.
"Où se termine l'arc-en-ciel ?
Dans ton âme ou à l'horizon ?"
Pablo Neruda, Le Livre des questions
Lorsque vient le temps du départ,
"Nous emportons avec nous des villages dorés comme des navires de rois."
Jean Giono, Les Vraies Richesses
Et à Paris, dans le gris, dans la pluie, garder en mémoire "un azur fin et lisse comme le bassin des claires fontaines"
Jean Giono, Que ma joie demeure
* * *
jeudi 29 juin 2017
Des phrases éblouissantes
"Je conserve un autre souvenir de cette malle : le premier roman d'amour qui me passionna. C'étaient des centaines de cartes postales envoyées par quelqu'un qui signait Enrique ou peut-être Alberto et qui toutes étaient adressées à Maria Thielman. Ces cartes étaient merveilleuses. Elles reproduisaient les portraits des grandes actrices de l'époque, sertis de paillettes et sur lesquels on avait collé parfois une poignée de cheveux. Il y avait aussi des châteaux, des villes et des paysages lointains. Durant des années, je ne m'intéressai qu'aux images. Mais devenu plus grand, je me mis à lire ces doux messages parfaitement calligraphiés. Je me suis toujours imaginé que le galant en question portait un chapeau melon, avec une canne et un brillant épinglé à sa cravate. Pourtant les lignes que le voyageur écrivait et envoyait de tous les coins du globe enthousiasmaient par leur passion. C'étaient des phrases éblouissantes et pleines d'audace amoureuse. Je commençai à m'éprendre à mon tour de Maria Thielman que je me représentais comme une actrice dédaigneuse sous son diadème de perles. Comment ces lettres étaient-elles arrivées jusqu'à la malle de ma mère ? Je n'ai jamais pu le savoir."
Pablo Neruda, J'avoue que j'ai vécu
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