lundi 23 septembre 2013

Un été violent



Parce que c'est aujourd’hui l'automne, et pour dire au revoir à l'été
Parce que c'est aujourd'hui l'anniversaire de naissance d'Eleonora Rossi Drago
Parce que dans une vie rêvée des anges on pourrait être la fiancée de Trintignant
Parce qu'on a grandi dans le cinéma italien
Parce que le bouleversant et sublime Estate violenta est un de nos films préférés

On regardera une fois de plus ces moments de grâce et de sensualité infinies


dimanche 22 septembre 2013

Le petit Balthus

Thérèse rêvant - Met - Eté 2012

Christine : Tiens, prends le petit Balthus.
Antoine : Ah, le petit Balthus, je te l'ai offert, il est à toi, garde-le.
Domicile Conjugal, François Truffaut




jeudi 19 septembre 2013

Les grands chemins

Lure, la « montagne magique »

« Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route. »




mercredi 18 septembre 2013

Le jour où...(2)


Le jour où j’ai fait le rêve étrange que Jean-Pierre Léaud et Louis Garrel ne faisaient qu’un, je ne savais pas encore que six mois plus tard, j’apprendrais par hasard que l’un était le parrain de l’autre.

lundi 16 septembre 2013

Secrets et chuchotements

Jeune lavandière songeuse - Ernest Hébert

« Forcalquier digérait le scandale, l’assimilait, bientôt il n’y paraîtrait plus. Cette ville possédait un pouvoir d’absorption et d’oubli. Elle était fuyante et légère comme de l’eau tenue en main. Des sérénades muettes s’y jouaient devant des persiennes closes. Un pas rapide, mais qui ralentissait, signifiait : « je t’aime ». Une crémone qui grinçait, chantait : « je t’attends », mieux qu’un menuet de Mozart. Elle grinçait plusieurs fois pour dire : « à samedi » ou : « à dimanche ». Le coin d’un tablier de lavandière hardiment corné à la ceinture par une épingle à linge valait un télégramme-réponse payé pour quelque nonchalant qui musait le nez au vent et feignait de s’intéresser à quelque partie de boules. « Espère dix minutes et suis-moi », chuchotait ce tablier laborieux. »
Pierre Magnan, Les charbonniers de la mort

Forcalquier

mardi 10 septembre 2013

Le jour où...(1)



Le jour où je suis tombée par hasard, dans le cadre professionnel, sur une liste contenant un Frédéric Mouret, je suis restée rêveuse et perplexe jusqu’à ce que je réalise que ce nom m’évoquait comme une synthèse de Frédéric Moreau et Emmanuel Mouret. J’attends maintenant la Frédérique, Virginie ou Judith Arnoux.



lundi 9 septembre 2013

Une piste de mon passé

Rome, janvier 2012

"- Et vous, Guy, qu'est-ce que vous allez devenir ? me demanda-t-il après avoir bu une gorgée de fine à l'eau.
- Moi, je suis sur une piste.
- Une piste ?
- Oui, une piste de mon passé..."
Patrick Modiano, Rue des Boutiques Obscures

dimanche 8 septembre 2013

Voir Syracuse (53), peindre Syracuse (54), mourir (55)

Plage de Syracuse - 1954




"Moi, je suis corps et âme devenu un fantôme qui peint des temples grecs et un nu si adorablement obsédant sans modèle, qu'il se répète et finit par se brouiller de larmes. Ce n'est pas atroce, mais on touche souvent sa limite. Quand je pense à la Sicile, qui est elle-même un pays de vrais fantômes, où les conquérants seuls ont laissé quelques traces, je me dis que je suis dans un cercle d'étrangetés dont on ne se sort jamais."
(Nicolas de Staël, lettre à René Char, novembre 1953)

"Entre la réalité et moi, il s'est bâti un mur opaque, lourd, pesant. Il faut que je vous décrive ce mur. A droite, plus d'ouverture. A gauche, un peu de lumière. Pour arriver à passer par là, pour trouver la lumière, je dois me débarrasser de ma carcasse d'homme... Peignez ce mur, mon obsession. Peignez-le si vous pouvez."
(Nicolas de Staël, lettre à une amie peintre, 1954)


"... Nicolas de Staël, nous laissant entrevoir son bateau imprécis et bleu, repartit pour les mers froides, celles dont il s’était approché, enfant de l’étoile polaire."
(René Char, Excursion au village, dans Aromates chasseurs, 1976)

Quant à Aragon, il exprimera en rimes ses regrets d'avoir volontairement ignoré Nicolas de Staël :

"J’ai connu Gris et je connais Chagall
J’ai connu Miró Max Ernst André Masson Fernand Léger
J’ai passé sans le voir Nicolas de Staël
On ne prend pas à coup sûr la modulation de fréquence qu’il faudrait"
(Écrits sur l’art moderne, 1981)

samedi 7 septembre 2013

Autre chose qu'un playboy ou un G-Man



"Vous êtes un très grand acteur, l’acteur poétique dont le cinéma actuel avait besoin depuis que Hollywood est devenu incapable de recruter autre chose que des playboys ou des G. Men." 
François Truffaut, lettre à Terence Stamp, 1965


mercredi 4 septembre 2013

Explosion



"Une prophétie du désastre atomique qui punira la société de consommation pour avoir permis que Thanatos l'emportât sur Eros, que la fin, à savoir l'homme, devînt le moyen et que le moyen, à savoir le profit, devînt la fin".

Alberto Moravia (cité par Aldo Tassone, dans Antonioni), à propos de l'explosion hallucinante et magistrale qui conclut Zabriskie Point.

 

mardi 3 septembre 2013

Mort d'une actrice


On apprend le décès hier de Valérie Benguigui, à 47 ans.
Je ne crois pas l’avoir vue dans beaucoup de films, mais je l’avais trouvée magnifique et extrêmement émouvante dans le film d’Axelle Ropert « La famille Wolberg ». Chronique sensible et nostalgique non dénuée d’une belle fantaisie, sur fond de musique soul déchirante, où elle joue le rôle de la mère, aux côtés de François Damiens.
Pour lui rendre hommage, ce sublime « Let me down easy », qui est « sa » chanson dans le film. Par un de ces étranges faits du hasard, cette chanson est de 1965, année de naissance de Valérie Benguigui.

dimanche 1 septembre 2013

"Tout était différent Rue Campagne Première..."

Aujourd'hui, je suis allée me promener rue Campagne Première. C'est connu, presque chaque numéro a une histoire. Je n'en ai gardé que quelques-uns, les plus emblématiques - pour moi, en tous cas. Et puis ce sera peut-être l'occasion d'y revenir une autre fois.



Le 11, c'est l'immeuble où est Michel Poiccard dans A bout de souffle, d'où il sort pour sa mortelle course finale au bout de la rue. 
Au 13 bis, juste à côté, a séjourné Nicolas de Staël en 1945 et 1946, dans un minuscule studio. Années de vaches très maigres.


Au rez-de-chaussée du 11, cette Rose de Java, encore un de ces antres que ne renieraient pas nos amis de la Librairie Entropie.











Partant de la rue Campagne Première, ce Passage d'Enfer... qui semble bien mal porter son nom, tant on a l'impression d'être dans une paisible rue de province. C'est une ancienne cité ouvrière.




Et puis on a fait un détour par la Rue des Artistes. Est-on vraiment à Paris ?




Et le 7 de la rue Gauguet, où Nicolas de Staël emménage à partir de 1947.



samedi 31 août 2013

Le mauvais garçon et la jeune fille effarouchée

Dans La Sirène du Mississipi, film splendide et bouleversant de François Truffaut adapté de Waltz into Darkness, de William Irish, Belmondo est magnifique et émouvant dans le rôle à contre-emploi de Louis Mahé, lui qui incarnait à l'époque la "virilité rigolarde et flamboyante". (Jean-Marc Lalanne) 
"Catherine Deneuve était un mauvais garçon, un voyou qui en avait vu de toutes les couleurs, et Jean-Paul Belmondo, une jeune fille effarouchée qui attend tout de son mariage." (F. Truffaut, 1975)
"Les films américains n'ont jamais été meilleurs que lorsque James Stewart s'y accouplait avec Katherine Hepburn, Cary Grant avec Grace Kelly, Bogart avec Bacall. Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux." (F. Truffaut, 1968, lettre à C. Deneuve).
C'est dans ce film de 1969 que seront échangées pour la première fois, entre Marion-Deneuve et Louis-Belmondo, ces répliques sublimes et éternelles, lors de la scène finale :
- Tu es si belle, quand je te regarde, c'est une souffrance. 
- Pourtant, hier tu disais que c'était une joie. 
- C'est une joie et une souffrance. 

Onze ans plus tard, dans Le dernier métro, en une autocitation aux effets de miroir, c'est entre Marion-Deneuve, toujours, et Bernard-Depardieu qu'au cours d'une représentation théâtrale seront prononcées presque mot pour mot les mêmes répliques : 

- Tu es belle, Héléna, si belle que te regarder est une souffrance.
- Hier vous disiez que c'était une joie.
- C'est une joie... et une souffrance. 

Déclaration d'amour immuable d'un réalisateur à son actrice.

vendredi 30 août 2013

Bogie and the plastic skunk



Allan: Here, I got you a present, because I know it's your birthday.
Linda: How'd you know?
Allan: You mentioned the date, and I remembered it. It's the same date my mother had her hysterectomy.
Linda: It's lovely. It's beautiful. A plastic skunk…
Allan: It's so cute and I heard you say skunks are your favourite animals.
Linda: I'm so touched.
Allan: You like it?
Linda: I love it.
Allan: It doesn't do anything, it's just a skunk.


(Woody Allen et Diane Keaton dans “Play it again, Sam”-1972)



mercredi 28 août 2013

De Rouen à Ardis

"La CPE m'a donc emmenée avec elle chez le proviseur adjoint, et comme le lycée Corneille date vraiment du monde d'avant, il y a encore une plaque dorée marquée "Censeur" sur la porte en bois bien cirée."
Jérôme Leroy, La Grande Môme
 


Il y a quelques mois paraissait Norlande, de Jérôme Leroy. Roman a a priori destiné aux adolescents, mais certainement pas que, dont je recommande vivement la lecture à tous.

Norlande, c'est l'histoire de Clara, jeune scandinave rescapée d'un cauchemar inspiré de la tragédie d'Utoya. Récit sensible et saisissant qui, et ce n'est pas le moindre de ses attraits, donne envie de relire la merveille de Nabokov, Ada ou l'ardeur... En fait, je ne saurais mieux dire que la quatrième de couverture : "Magistral et bouleversant".





Norlande fait d'ailleurs partie des livres à l'honneur du salon "Les Mots Doubs" qui se tiendra à Besançon du 20 au 22 septembre, puisqu'il a été sélectionné pour le Prix des collégiens du Doubs qui sera remis à cette occasion. Sélection bien méritée, on croise les doigts pour Norlande !



Quant à ceux qui n'ont jamais lu La Grande Môme, ils sont doublement chanceux : les éditions Syros ont eu la bonne idée de ressortir ce roman, qui était épuisé, et le bonheur de découvrir l'histoire d'Emilie, l'amie rouennaise et quasi sœur de Clara, est encore devant eux.

L'écriture de Jérôme Leroy a la grâce naturelle, évidente, irradiante de ses jeunes héroïnes, fragiles, fortes, terriblement attachantes. Comme elles, elle nous touche au plus profond.


lundi 26 août 2013

Le lit idéal

"Les nuages, quelques fumées neigeuses
Sont là tellement sur le bleu
Qu'on ne peut les imaginer autres
On dirait des anges
Dans ce lit là, il a dormi celui

Dont le regard s'éveille au hasard
De ce ciel dans l'oubli"

Le lit idéal, poème de François (Louis Garrel) dans Les amants réguliers, de Philippe Garrel 


samedi 24 août 2013

Le poète et le peintre

Eté 2013

"Bien Cher Nicolas,
Le jour est ici presque comme la nuit
du Parc des Princes, mais le sol et le ciel sont
peu animés !
Je suis dans un drôle d’état.
J’aperçois quelquefois la folie à l’horizon
comme la cime rompue du mont Ventoux.
Ce n’est pas désagréable du tout, mais il faut
y aller…
Là le vent ne vous pousse pas !
Toute ma pensée affectueuse

R. C."

jeudi 22 août 2013

La cape de mousquetaire


Monique : C'est vrai que tu es sorti dans la rue avec une cape de mousquetaire ?
Ismaël : Ecoute, ça va avec cette histoire. Ne me dis pas que ça t'arrive jamais de porter des trucs un peu étranges ?
Monique : Non.
Ismaël : T'as jamais eu envie de mettre des vêtements dans certaines occasions ? Papa ?
Monique : Tu penses à quoi ?...
Ismaël : Je sais pas, ça dépend : une cape, un poncho.
Monique : Non.


(Rois et reine, Arnaud Desplechin)

Poétique, attachant, fantasque, poignant. C'est Ismaël, c'est Mathieu. 

Moi aussi j'aimerais bien sortir dans la rue avec une cape de mousquetaire. Mais évidemment, je n'ose pas.

mercredi 21 août 2013

Rue de Seine



"Moi j'avais peur de retourner de l'autre côté de la Seine vers ce VIe arrondissement de mon enfance. Tant de souvenirs douloureux... Mais à quoi bon en parler puisque cet arrondissement n'existe plus aujourd'hui que pour ceux qui y tiennent des boutiques de luxe et les riches étrangers qui y achètent des appartements... A l'époque, j'y trouvais encore des vestiges de mon enfance : les hôtels délabrés de la rue Dauphine, le hangar du catéchisme, le café du carrefour de l'Odéon où trafiquaient quelques déserteurs des bases américaines, l'escalier obscur du Vert-Galant, et cette inscription sur le mur crasseux de la rue Mazarine, que je lisais chaque fois que j'allais à l'école : NE TRAVAILLEZ JAMAIS.
Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue

Mars 2013

lundi 19 août 2013

Deux ou trois choses


« Jean-Luc Godard n’est pas seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. […] Godard a pulvérisé le système, il a fichu la pagaille dans le cinéma, ainsi que l’a fait Picasso dans la peinture, et comme lui il a rendu tout possible… »
François Truffaut, Deux ou trois choses que je sais de lui (1966)


Et il fait des bandes-annonces et des génériques comme Godard, c'est-à-dire mieux que personne.


dimanche 18 août 2013

Ces beaux et grands navires...


"Ces beaux et grands navires, imperceptiblement balancés (dandinés) sur les eaux tranquilles, ces robustes navires, à l’air désœuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas dans une langue muette : Quand partons-nous pour le bonheur?"
Charles Baudelaire, Fusées

jeudi 15 août 2013

Série Noire

« - Mais tu lis quoi ? a demandé Jean D.
Je lui ai répondu la Bibliothèque verte : Jules Verne, Le dernier des Mohicans… mais je préférais Les Trois Mousquetaires à cause de la fleur de lys imprimée sur l’épaule de Milady.
- Tu devrais lire des série noire, a dit Jean D.
- Tu es fou, Jean… a dit Annie en riant. Patoche est encore trop jeune pour les série noire…
- Il a bien le temps pour lire des série noire, a dit la petite Hélène.
Apparemment, ni Mathilde ni Blanche-Neige ne savaient la signification du mot série noire. Elles gardaient le silence.
Quelques jours plus tard, il est revenu à la maison dans la quatre-chevaux d’Annie. Il pleuvait, cette fin d’après-midi-là, et Jean D. portait une canadienne. Nous écoutions, mon frère et moi, une émission de radio, assis tous les deux à la table de la salle à manger, et quand nous l’avons vu entrer avec Annie, nous nous sommes levés pour lui dire bonjour.
- Tiens, a dit Jean D., je t’ai apporté une série noire...
Il a sorti de la poche de sa canadienne un livre jaune et noir qu’il m’a tendu.
- Ne fais pas attention, Patoche… a dit Annie. C’est une blague… Ce n’est pas un livre pour toi…
Jean D. me regardait avec ses yeux un peu écarquillés, son regard tendre et triste. A certains moments, j’avais l’impression que c’était un enfant, comme nous. Annie lui parlait souvent du même ton qu’elle lui parlait à nous.
- Mais si… a dit Jean D. Je suis sûr que ce livre t’intéressera.
Je l’ai pris pour ne pas lui faire de peine et, aujourd’hui encore, chaque fois que je tombe sur l’une de ces couvertures cartonnées jaune et noir, une voix basse un peu traînante me revient en écho, la voix de Jean D. qui nous répétait le soir, à mon frère et à moi, le titre inscrit sur le titre qu’il m’avait donné : Touchez pas au grisbi. »
Patrick Modiano, Remise de peine


Et juste pour le plaisir :